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ASSIS SUR LE PAVÉ DES VILLES
-Alors qu’est-ce que t’as écrit cette nuit ? -Ne m’en parle pas, j’ai côtoyé l’abîme des hommes, des femmes et quelquefois des enfants, qui vivent dans la rue. -Des SDF veux-tu dire ? -Encore un acronyme pour cacher la réalité. On crève sous les acronymes. -Alors quoi ? -C’est encore un de mes rares amis qui a eu l’audace de faire 15 lignes pensées et qui font réfléchir, au-dessus d’une photographie d’un pauvre diable assis sur le pavé des rues, adossé au portail rond d’une cathédrale, couché sur un matelas de mousse, (loin du trou de verdure où mousse une rivière), assise sur un bout de carton devant un titre du Courrier picard : Animaux sauvages en ville, ou cette autre, pliée en deux, cassée, claudiquant dans une galerie de marbre, tenant dans ses pinces un gobelet de carton, ou, plus lyriquement, jouant du rebec rue du Taur à Toulouse. Ou bien encore, on est devant le cimetière du Mont Parnasse, qui permet à nos mendiants, nos échoués, nos laissés pour compte du champ de bataille de l’hyperconsommation, nos cloches et nos quasimodos, « d’aller pisser chez les morts ». Jean-Louis rambour Pauvres de nous Gros texte 2020