LA NUIT EN DIX QUATRAINS

La nuit
comme rencontre
du sommeil
sans sommeil

La nuit
comme l’écart
du Corps
et de l’Esprit

La nuit
comme ton âme
en allée
dans ta nuit

La nuit
comme ta grâce
ignorée
des miroirs

La nuit
comme les flaques
de la mer
sur le sable

La nuit
comme une écharde
dans la main
du silence

La nuit
comme un sentier
dans la voie lactée
des indiens morts

La nuit
comme les clefs
qui n’ouvrent
aucune porte

La nuit
comme la perte
des songes
et des promesses

La nuit 
comme l’encre noire
qui a tracé
cette page
























CHANTS D’HIVER FIN D’ANNÉE





Trois poèmes embrouillés
Chants d’hiver Fin de l’année
Ne leur jetez pas d’anathèmes
Faites plutôt grandir leurs thèmes :

Ne pas vieillir
Ne pas haïr
Et toujours à contre-courant
Dire ses quatre vérités

1

Comme pour s’empêcher de vieillir
Troubadour chantait à sa dame Amour
Mais par crainte de se faire occire
Le nom de sa dona restait secret

(C’était comme une énigme
Proche du chant des Sirènes
Qui perdait les navigateurs
Exceptés ceux dont les oreilles 
Sentaient la cire)

Comme pour m’empêcher de vieillir
Je prose ces vers maladroits
Pour celle qui me fit connaître la Joie
Et qui cent fois hélas
N’est plus 

2

Même Juive ou Sarrazine
Un vers traduit de la langue d’oc
Dit bien que le désir
Transcende les préjugés

Ab atraich d’amor doussana
Par l’attrait de douce amour
La plume d’un troubadour
Élève la voix vers la beauté
À contre-courant des malédictions
Sources des guerres de religions

3

Chant d’amour pareil au cœur d’un jeune enfant
Qui attend pour s’endormir
Le baiser de Maman

Chant de mort
La douleur sans espoir que nul ne peut conter

Et toi ô cher Esprit
Tu chantes l’un et l’autre
Joie et Tristesse Tristesse et Joie

L’ÉTHIQUE D’UN POÈME

Os antiguos invocavam as Musas
Nós invocamo-nos a nós mesmos.

Alvaro de Campos alias Fernando Pessoa

Les Anciens invoquaient les Muses
Nous, c’est nous-mêmes que nous invoquons.


de la vie de la mort
de l’esprit et du corps
naissance d’un poème

de Rimbaud ma Bohème
un pied près de mon cœur

de Baudelaire aimer à loisir
au pays qui n’existe que sur la page
de l’Invitation au voyage

Aimer et mourir 
Subsumer notre mort
Dans la maison où souffle
L’Éthique d’un poème :

les mots pour le dire
le sujet et ses hétéronymes
le monde qui s’imagine




NOTRE ESPRIT VAGABONDE

page écrite « tel quel »




Notre esprit vagabonde
Notre plume vague abonde
Court s’arrête repart
Amusements à part

En retrait des occupations communes
Nous voilà exerçant ces petits airs
Qui les gens sérieux importunent
Jaillissements Geysers

Notre esprit chancelant
Notre plume celant 
Le secret des pages intimes
Sous nos noms hétéronymes

Lecteurs qui passez sur ces pages
Goûtez sans modération leurs cépages


hypnographiies dorio 13/10/2016

SPINO ET LE PASSAGE D’UN GOÉLAND (reprise du poème 6)





Si l’Esprit veut pouvoir comprendre, nulle partie du Corps ne doit souffrir de malnutrition, ni non plus de suralimentation.

Bernard Pautrat (Ethica sexualis Spinoza et l’amour)





Si l’on ne sait quoi faire

Autant lire et relire Spino(za)

(Annoté ici par son traducteur

entre Corps et Esprit)





Autant faire le compte de nos désirs immodérés 

de gloriole (ambitio)

de mangeaille (luxuria)

de bouteille (ebrietas)

et d’argent (avaritia)





Avec en sus le mystère de la libido

que notre professeur traduit « lubricité »





À cet instant curieusement un « gabian » au vol lourd

passe devant sa fenêtre ouverte sur la nuit

et se met à goaler :

La vie bonne ! la vie bonne !





Oui se dit-on elle est secouée de toute part

Et telle cette poésie contrariée

Elle n’est jamais gagnée