L’ÉTHIQUE D’UN POÈME

Os antiguos invocavam as Musas
Nós invocamo-nos a nós mesmos.

Alvaro de Campos alias Fernando Pessoa

Les Anciens invoquaient les Muses
Nous, c’est nous-mêmes que nous invoquons.


de la vie de la mort
de l’esprit et du corps
naissance d’un poème

de Rimbaud ma Bohème
un pied près de mon cœur

de Baudelaire aimer à loisir
au pays qui n’existe que sur la page
de l’Invitation au voyage

Aimer et mourir 
Subsumer notre mort
Dans la maison où souffle
L’Éthique d’un poème :

les mots pour le dire
le sujet et ses hétéronymes
le monde qui s’imagine




NOTRE ESPRIT VAGABONDE

page écrite « tel quel »




Notre esprit vagabonde
Notre plume vague abonde
Court s’arrête repart
Amusements à part

En retrait des occupations communes
Nous voilà exerçant ces petits airs
Qui les gens sérieux importunent
Jaillissements Geysers

Notre esprit chancelant
Notre plume celant 
Le secret des pages intimes
Sous nos noms hétéronymes

Lecteurs qui passez sur ces pages
Goûtez sans modération leurs cépages


hypnographiies dorio 13/10/2016

SPINO ET LE PASSAGE D’UN GOÉLAND (reprise du poème 6)





Si l’Esprit veut pouvoir comprendre, nulle partie du Corps ne doit souffrir de malnutrition, ni non plus de suralimentation.

Bernard Pautrat (Ethica sexualis Spinoza et l’amour)





Si l’on ne sait quoi faire

Autant lire et relire Spino(za)

(Annoté ici par son traducteur

entre Corps et Esprit)





Autant faire le compte de nos désirs immodérés 

de gloriole (ambitio)

de mangeaille (luxuria)

de bouteille (ebrietas)

et d’argent (avaritia)





Avec en sus le mystère de la libido

que notre professeur traduit « lubricité »





À cet instant curieusement un « gabian » au vol lourd

passe devant sa fenêtre ouverte sur la nuit

et se met à goaler :

La vie bonne ! la vie bonne !





Oui se dit-on elle est secouée de toute part

Et telle cette poésie contrariée

Elle n’est jamais gagnée


	

J’ÉCRIS opus 11





J’écris en m’aidant d’une corde reliée à mes origines
...toujours à venir

J’écris avec le cordon qui relie les enfants d’une sortie pédagogique

J’écris depuis un temps zéro
Passé néant
Futur inexistant

J’écris sur le pont d’un navire
Où peu de voyageurs écrivent le français

J’écris pour une répétition générale
Qui laisse la place à des variations
Indiquées à tel et tel endroit 
Comme le fait Phil Glass sur ses partitions

J’écris l’endroit et l’envers d’un décor
Qui s’estompe dans la brume de mon inconscient

J’écris sans faire d’histoire,
de contingence, de survivance,
de désir de faire briller mon étoile
dans la constellation des rêveurs éveillés

J’écris attentif à reprendre certains termes de vieille coutume
dont le lecteur inattentif ne mesure pas toujours l’arrière plan historique

J’écris malgré les plaies et les bosses,
les boss qui fanfaronnent
devant les peuples de la Grande Garabagne
imaginés par Henri Michaux

J’écris fuyant les genres littéraires
et le sommeil cousu de fil blanc

J’écris avec la terre et l’eau
les courants en feu
le naturel qui plonge le corps humain
dans un apprentissage sans fin

J’écris par Jupiter ! par Confucius !
par Nobles Messieurs et Gentes Dames
Chers et Chères amies

J’écris Tao Tao

J’écris sur le temps qui n’existe pas
selon le cours dicté par Norbert Elias
alors qu’il entrait dans le royaume borgésien
des non-voyant 

J’écris en refusant de me laisser prendre aux mots

J’écris Arrêt en cours
en perdant le mélange de toutes ces choses
que je viens d’écrire 

J’écris pour me désencombrer l’esprit











J’AI ÉCRIT BIEN DES POÈMES ÉTERNELS





J’ai écrit bien des poèmes éternels

Qui occupent astheure mes pages vides

Je les feuillette mélancoliquement

J’imagine comment la page blanche

Naguère les fit chanter





Une ruse que m’apprit une chamane de Goajira

Que je vis dialoguant avec un arbre tóluichi

Comme s’il s’agissait d’une personne :

-Ça parle dans ma tête, me disait-elle.

Toi qui sais écrire tu le fais sur ton papier,

Mais c’est comme un acte manqué, non ?





-Mais non, tu sais, le papier comme un esprit

de ton Monde Autre,

parfois me répond…





C’est ce que naïvement je disais à Setuuma Püshaina

Avant que ne s’effacent les pages

De mes poèmes éternels





évocations :

une chamane de Goajira : Venezuela (1970)

l’arbre « tóluichi » : voir « pithecellobium »





06/02/2021