MAI 68 : L’ENCHANTEMENT LUCIDE

MAI 68 Peut-être que nous ne sommes plus beaucoup à garder en soi « l’enchantement lucide » que nous vécûmes dans l’écume et la profondeur de Mai 68.

Il revient parfois sans que l’on s’y attende, un demi-siècle après, dans une marche solitaire au milieu d’une ville où l’inattendu nous éclaire, nous hypnotise, réveille en nous, ce à quoi, les gens qui circulent alentour semblent ne plus croire :

le mariage, entre humour et gravité, de l’espérance intime, avec l’Utopie politique d’une révolution permanente partagée, mais sans violence aucune.

MICHAUX : Attention à ne pas être saisi par l’opaque

Je lis un peu de Michaux

avant de me lever matin

de mon pucier

Repos dans le malheur

Je l’assieds sur ma page

Et en fait mon bonheur

Emportez-moi

Çuila je l’ai dit bien des fois

Et même je l’ai mis en une chanson

De vieille et douce caravelle

L’âge héroïque

Où Henri Michaux tout en jouant

démantibule une à une

les parties du corps

des deux géants

devenus frères ennemis

Mais c’est gai comme Rabelais

et presque pépère

au contraire d’Homère

(C’est Poumapi et Barabo

Au cas où vous auriez oublié

Le nom de nos deux héros)

Voilà mon exercice terminé

Il est temps que je me secoue les puces

Pour entamer ma nouvelle journée

Michaux c’est bon un peu pour la plume

Mais pas trop

Car alors on risque d’être attrapé

par l’Opaque



L’opaque…mais pas que

Dorio 17/07/2026

blanc sur noir

MON PETIT MÉTIER

« Voilà ces lignes 
qui à peine le temps d’y penser
Sont au cœur

de mon petit métier »

Écrites avec une main

apparentée à celle
de Tchouang Tseu
(si l’on veut)

Je connais en effet
toutes les histoires

du philosophe poète
ayant vécu en Chine
au temps de Socrate
(à peu près)

Celles du boucher
du charron
de l’empereur jaune
et les autres
Illustrants tous les artisans
qui excellent
dans leur métier

Le mien en revanche
est tout petit
mais j’en ai fait
un recueil publié
qu’heureusement
personne ne lit

Sauf ceux et celles
qui savent
que poèmes partagés
permettent de supporter
nos découvertes verbales
et nos vulnérabilités

de la mémoire

la mémoire est un puits sans fond 
illusoire est le regret de ne pas retenir
les mille et un mots qui ont tissé nos vies
les visages et les voix et le grain enfoui
.
la mémoire du chat sous mes yeux
qui saute à qui mieux mieux
vers les mouches de nuit
.
la mémoire du coq
la mémoire des morts
la mémoire d’un spectacle qui nous enchanta
la vie rêvée le rêve d’une vie
.
la mémoire des mains dans la grotte de Gargas
la mémoire d’un air de jazz à Châteauvallon
les volutes du cigare de Mingus
et le pin sous la lune d’Antibes
.
la mémoire auditive répétée des indiens panaré
la mémoire des enfants psalmodiant du Prévert
du Villon et du Jules Supervielle
.
la mémoire absente des têtes sans passé ni avenir
la mémoire des lunes successives
la mémoire enfin que coupe la faucille du long temps