CE QUE JE ME DIS





Ce que je me dis…
je l’écris

Ou plutôt ce n’est qu’en écrivant
Que je me dis certaines choses

Seul j’évite de me parler
Et de me regarder dans une glace
(sauf nécessité)

Ce que je me dis souvent
C’est dans une chanson que j’écoute et anticipe
la connaissant par cœur
(Oncle Archibald de Brassens
dernière en date)

Ce que je me dis alors
(mais c’est mentalement)
-Tiens tu devrais reprendre ta guitare et la chanter
pour de vrai

Manière, coquin de sort, 
de faire de Sa Majesté la Mort
la rencon-ontre (bis)


biographème : j’appartiens à la confrérie qui apprit la guitare
en usant ses phalanges
sur les chouettes accords du père Jojo

oncle Archibald 6 couplets/11 dorio 25/11/2021

J’ÉCRIS POUR LEVER DES LIÈVRES

En définitive à quoi écrire sert-il sinon à vivre ?
 Toutes les pénibles élucubrations sur « écrire et vivre » - écrire comme renoncement à la vie – sur « la chambre aux murs de liège » - avec attendrissement. « Il n’a pas vécu le pauvre » – ne sont que pitoyables défenses d’envieux, de toute façon sans importance. 
Mais ici, la chose est dite.

Jacqueline Bisset


J’écris pour lever des lièvres
lever le pied
lever au cœur les expressions

J’écris dans la discrétion
le silence et l’effacement

J’écris dans l’exubérance
la profusion et l’effervescence

J’écris résistant au vertige de l’écriture
mais non à sa folie passagère

J’écris le passage
en attaché
en cursive

J’écris en courant sur la page
dans la rumeur des vagues

J’écris dans le mutisme des nuits
la lumière des poètes de l’exil

J’écris en lisant
flux et reflux qui soulèvent mes livres
de sable et d’écume

J’écris à califourchon
à dada
sur la bicyclette grammée garnie de grelot 1

J’écris comme un cochon
un apache ou un apparatchik
(au choix)

J’écris en voyant de ma fenêtre une portion de méditerranée

J’écris je n’oublie pas
entre Charybde et Scylla
cette intensité de l’instant
où ça passe ou ça casse
(dit trivialement)

J’écris 
puis je laisse reposer
dans des carnets signés de noms
qui n’apparaissent sur aucune carte d’identité

1 George Grosz (1893-1959)

MON PETIT MÉTIER

manuscrit avec hypnographies Dorio 6/12/2018
Art d'écrire. 
J'ai écrit des centaines de poèmes presque sans ratures.
J'en ai gardé quelques-uns, j'ai brûlé les autres.
Et voilà tout mon pauvre métier.

Pierre Reverdy (Le livre de mon bord)
J’écris sans ratures
   la Plupart du temps
    -ce titre blason de Pierre
               Reverdy-
    dans le calme des nuits

Autant de pierres blanches
Que j’échange en chemin
      Avec je-ne-sais-qui
      Qui lit je-ne-sais-quoi

        Seul.e un.e ami.e
              parfois
      Me rend la monnaie
             de la pièce
           Au centuple 

       Voilà une à une 
         ces lignes qui
 à peine le temps d’y penser
          sont au cœur
     de mon petit métier






ENCRES VIVES 2019

ÉTRANGE FAÇON DE VIVRE





Étranges façons de vivre
Passant un temps jamais compté
À laisser courir la plume
Sur le papier
Sans jamais savoir à l’avance
Ce qui va se présenter

Étrange façon d’écrire
En tournant sept fois son stylo
Dans sa tête
En préparant son bouquet de fleurs
De rhétorique
Ainsi que des reliques
Restes d’un culte athée

Étrange façon de s’en aller
Sur la pointe d’un pied
Dansant la gigue
De ce poème juste ébauché

J’AI CRIS & FIRMAMENTS









J’écris dans l’éphémère cherchant le permanent

J’écris de thébaïdes et d’archipels ancrés dans l’irréel

J’écris glanant éclisses et firmament

J’écris brindilles et branches charpentières

J’écris dans l’espace que m’octroie le temps intemporel

J’écris à l’épreuve de maints coups de martels

J’écris Orion de Bételgeuse et de Rigel

J’écris dans les pas d’un chasseur des Vigies

Qui ne sait jamais d’où va venir

Le mot qui tue ou régénère