L’ANGELUS DU SOIR

L’ANGELUS Marcel Proust écrit dans Les Plaisirs et des Jours, À toutes les époques de sa vie, dès qu’il entendait le son lointain des cloches, il se rappelait malgré lui leur douceur dans l’air du soir, quand, petit enfant encore, il rentrait au château, par les champs…Moi qui suis fils de paysan, j’ai entendu aussi les cloches du soir sonnant l’angelus, alors, qu’enfant je ramenais de leur prairie, les deux ou trois vaches de mon père, vers l’étable où il m’attendait pour les « moudre », (les traire). Mais avant, c’était un plaisir que n’a pas connu ce cher Marcel, je les amenais s’abreuver à l’Arize, la rivière de mes douces rêveries.

L'ARIZE

La rivière de mon village
N’est dans aucune anthologie

Ni Nil
Garonne
Ni Don
Neckar
Tamise
Meuse
Ni Seine
Amazone

Mais c’est ma rivière
Où j’ai appris à nager
Pêcher Rêver
Où j’ai été sa forme changeante
Et ses couleurs

Elle sort cette nuit de mon lit
Et fait ses ricochets
Arize Arize Arize
De rive à rive
De berge à berge

Comme une gravure
Qui mord et creuse
Ce poème électrique
À contre-courant

Ni Nil
Ni Don
Mais de toutes les rivières du monde
Mon bel affluent

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SALLE DES POÈMES PERDUS

Tu grignotes dans la nuit ce biscuit inactuel
que l’on appelle encor – semble-t-il ? – un poème

Avec la craie qui le traça sur le tableau noir
de l’enfance

Avec le stylo feutre fin qui enjambe
les ponts et les refrains présents

Avec tes doigts de vieux copiste
aimant les lettres illuminées

Ensuite c’est la grande inconnue
Dans les pas d’une voix
Qui n’y voit que du bleu

Salle des poèmes perdus


30 hypnographies sur fond bleu (scannées le 26 septembre 2022 à 01:38)

PRÉSENTS POÉTIQUES


Estos días azules y el sol de la infancia 
Antonio Machado
Ces jours d’azur et le soleil de l’enfance


Poèmes ce matin
Sont ces présents
Dans l’œil

Bois de pins
Palmiers
Mistral léger

Et ce ciel bleu
Qui tant exaspère
           Les poètes nuageux          

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ON PEUT TOUJOURS RÊVER

lecture à haute voix d’un rêveur qui s’efforce de rester éveillé

On peut toujours rêver sur les rives de la mer noire sur les pages blanches d’un certain Monsieur Plume sur les rêves éveillés d’un autre que soi qui aurait pour nom Ovide ou Michaux

On peut toujours faire abondance d’images orageuses de propos de tavernes et de chercheurs d’étoiles qui peignent les comètes

On peut faire d’écriture mouvement et méditation sur le monde sans fin sur la langue que tel un fourmilier du grand llano l’on déplie sur le soi dont l’assise est à réinventer

On peut toujours faire l’écart de côté d’un haïku débridé être grenouille libellule papillon qui rêve de Tchouang Tseu faire plouf comme dans la cour d’une école où l’on jouait aux barres à la marelle et à passez pompom les carillons

On peut toujours ouvrir les portes ou les fermer être cette persona non grata dans la cité du poison des publicités

On peut toujours rêver avec Métis la Ruse avec Mathis et Alice les enfants de nos filles qui furent elles aussi enfants avant que d’être mères

On peut toujours se baigner dans les prophéties d’un vieil héros de l’Odyssée qu’aucun prétendant n’apprécie

On peut toujours boucler cette correspondance d’un autre âge en évoquant l’enfance de l’Art et les tables tournantes de personnages de romans qui alimentent nos belles rêveries

1° juillet 2022

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POÈTE & GÉOMÈTRE À LA PROUE





Mais ce violet qui s’avance
au cœur du carré magique
fait bouger le paysage
où tombe une pierre noire

« Les mots d’Alice »
Jacqueline Saint-Jean


Poète et géomètre à la proue
En avançant en inventant
au fur et à démesure
la fabula impromptue
ininterrompue.

Et sans te retourner !

- Mais qui a-t-il
dans cette barque ?

- Monsieur Personne-de-l’Odyssée
Déguisé en Alice.
Et ma pauvre morte
Qui chante à tue-tête
Tititi titi tireli !

Autrement dit

Poète et géomètre à la proue le révérend Dodgson
invente pour les trois demoiselles du docteur Liddell
une fable impromptue
au fur et à démesure.

Charles Lutwidge Dodgson  alias Lewis Carroll
Raconte son abracadabrantesque histoire
Par-dessus son épaule.
Alice Liddell faisant office de barreuse et d’Égérie.

La suite à la prochaine fois
Dit le révérend exténué
Dans la fournaise de ce 4 juillet 1862
Ah ! Mais on est la prochaine fois !
Crient les chipies

Il faut continuer
Il faut imaginer Lewis
Comme Ulysse l’Inventif

Jusqu’à ce que les rêves de l’Enfance
Reposent, lorsqu’ils ont pris fin
Comme des guirlandes fanées.















géomètre et poète à la proue