L’OUBLI DE LA TOUSSAINT

Je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert
Et de bruyère en fleur

Victor Hugo

J’ai cueilli ce brin de bruyère
L’automne est morte souviens-t-en
Nous ne nous verrons plus sur terre
Odeur du temps Temps de bruyère
Et souviens-toi que je t’attends

Guillaume Apollinaire


Cette année – allez savoir pourquoi –
J’ai oublié que le 1° novembre était le jour de Toussaint
Je l’ai décalé d’une semaine dans ma tête

Mes morts et ma morte
Ne m’en tiendront cure
Ils savent Elle sait
Que je prends soin d’eux
Et d’Elle chaque jour

Ils sont patients
Elle m’attend









VERS À REBOURS soumis aux aléas

à rebours




À rebours… mes vers boustrophédonnent

ce va et vient que trace mon stylo

et qui met à jour le vert du vocabulaire

que quelques oiseaux bergeronnettes

– encore nommés hochequeues –

viennent picorer





À rebours…ce roman dont le héros

déballe sa bibliothèque à l’esthétique

décadente…Amours jaunes

de Jean des Esseintes…reclus

à Fontenay-aux-Roses





À rebours…n’en jetons plus

Reprenons joyeux rires de la vie

Amarcord…io mi ricordo..

Je me souviens de Magali Noël

tenant le rôle de la Gradisca…

en Rouge et noir

soumise aux aléas





À rebours…de ce charabia

Je me promène en ce lieu rare

Où les fleurs de ma rhétorique

Sont neiges de printemps..

Flocons d’argent d’Apollinaire

Et que n’ai-je son gai savoir…





hypnographies 5/8

DÉFENSE À DIEU D’ENTRER





SURTOUT N’EN PARLONS PAS





Surtout n’en parlons pas

Mais de qui mais de quoi ?

Devinez écrivez

Faites appel à votre ange

On dit qu’il en a un





Relisez le sonnet

En X de Mallarmé

Avec ce seul objet

D’identité sonore

Pour mieux vous égarer





Ou plus trivialement

Enfourchez le solex

D’Alceste ou d’Alex

Pour aller au grand Rex

Voir un film rince l’œil





Défense à Dieu d’entrer

Seul Hugo put écrire en vain

Cet interdit divin

Dieu était dans la tombe

Et regardait Caïn





Défense d’en parler

Mais on peut à Orsay

Contempler ce Courbet

Acheté par Lacan

Au turco-égyptien

Appelé Khalil-Bey





Voie lactée ô sœur lumineuse

Des blancs ruisseaux de Chanaan

Chanson du Mal-Aimé

Guillaume Apollinaire

Nous fait voir les rondeurs

De dame damascène





Décidément nous digressons

Changeant de rythme et de rimes

Kss kss dit Flaubert à Emma

Couchée sur ses carnets intimes

Ainsi finit notre chanson


	

LA SEINE DE PARIS N’EST PAS LA SEINE DU HAVRE





La Seine de Paris n’est pas la Seine du Havre

L’une passe et se la coule douce

Devant les boîtes de livres

Amarrées sur les quais

L’autre a été mise en boîte

Par un fils de mer cière

Un Queneau

Qui loin du Pont Mirabeau

D’Apollinaire

Alla à l’école havraise

Apprendre bâtons chiffres et lettres

En se curant le nez.





Il était né un vingt et un février en mil neuf cent trois

Le pont Mirabeau parut en mil neuf cent treize

Noyé dans le recueil intitulé Alcools.

En mil neuf cent trente trois

Raymond Queneau raconta en vers sa sychanalyse

Moitié Chêne et moitié Chien.





La Seine de Paris qui finit au Havre

N’a pas fini de nous enfanter

DE L’ALMANACH DES MUSES (1789) À REMIREMOTS (1975)

agenda écrit à la main du premier au sept mars 2021 avec 8 calligraphies « à la chinoise »




Lundi premier mars 2021

7h33   Je vois les mots une fois posés Mais « je m’en vois » aussi, parfois, pour qu’ils adviennent. Et d’ailleurs, quelquefois, je ne peux les voir « en peinture ». Et à d’autres instants, par hasard (heureux ou malheureux), les mots font apparaître un monde disparu qui était dans la coulisse. Ainsi, ce premier mars, en ouvrant la fenêtre, j’aperçois trois mouettes, comme celles que Staël peignit à Antibes, avant de tomber lamentablement de son balcon.     7h58

Mardi 02/03/2021

4h12   C’est dans « l’Almanach des Muses » que Chateaubriand publie le 12 décembre 1789, ses premiers vers. Il a vingt et un ans. Deux ans plus tard, il prend le bateau pour le Nouveau Monde. Comme lui, à 23 ans, à l’automne 1968, j’ai connu l’Amérique. Mais la mienne était au sud (Caracas), quand la sienne fut au nord (Baltimore). Mes premières « pièces fugitives » furent publiées dans un recueil à quatre mains, appelé « Remiremots ». François, le vicomte breton, avait intitulé ses premiers essais poétiques, « Le cri du cœur ». J’intitulais les miens, publiés dans ce format dit « à l’italienne », « Papiers Hygiéniques ». Mais, plutôt que les rouleaux destinés à ce « lieu », prisé disait-on du poète Mallarmé, il s’agissait, on l’aura, je l’espère, compris, de ces papiers que l’on écrit en faveur de son hygiène mentale. « Le papier est doux, il endure tout. »      4h22

Mercredi 03/03/2021

6h06  Avant de passer sous la voûte du scanner, qu’un docteur m’a prescrit, j’ai photographié avec soin, mentalement, les 8 caractères chinois collés contre.   (voir leur reproduction sur mon agenda photographié)    6h10

Jeudi 04/03/2021

4h51     D’une nymphe macabre Baudelaire attiré (et choqué) fait rimer Eden et dédain. Pour ses sapins, Apollinaire, associe des « rangées de chérubins » avec « de grands rabbins ». À chacun ses soleils noirs ou vermeils.   4h59

Vendredi 05/03/2021

8h46      À Saint Tropez pas de BB, mais le musée de l’Annonciade, où nous aimions tous deux, flâner en amoureux,  sur « la place aux herbes » peinte par Camoin (1879-1965).     8h53

Samedi 06/03/2021

5h15    Un être qui m’était cher s’est éteint (éteinte). En pensant fort à elle, je puise dans une de ces phrases qui étoilent mes carnets de pensées singulières, « a parte » : « Mais l’autre amour que l’on dit « d’amistança »…parce qu’après la mort, sa grande force lui dure. »  Ramon Lull (traduit du catalan)     5h24

("pensando en ti"...j'écoute "Bachianas Brasileiras n° 5" d'Heitor Villa-Lobos)

Dimanche 07/03/2021

1h55     Comme la manne, les lettres sont tombées, non du ciel, mais de la seule main qui exerce ses capacités de « savoir écrire ». Écriture à sauts et gambades, éclaboussée de signes, à consulter sur place, au partage des encres noires et de nos secrets.    2h10

Papiers Hygiéniques Dorio 1975 in Remiremots