SONNET DE RIEN

Un sonnet ? Ça n'existe plus.
Deux sonnets ? Je vais essayer.
Sans rime, ni raison, ni tech
Nique. C'est mal parti, je sais.


Mais déjà c'est le quatrain d'eux.
Les premiers écrits en françois.
Clément Marot et Du Bellay.
Ronsard, la plume et la chandelle.


Le tercet, à présent, j'y pense
En marchant sur une longue plage.
Bercé par la rumeur bleue.

Puis assis sur un bois flotté
Je laisse aller ma main de sable.
Sonnet de rien. Fini, daté.



16h10
Plage du Cavaou
Fos sur Mer
10 décembre 2015
16h10

À PAS DE MOUCHE





C’est encore une drôle d’histoire ça, dit Saturnin.
On se crée avec le temps et le bouquin vous happe aussitôt avec ses petites paches de moutte.

Queneau


à pas de mouche je fais ma page
distrait par les présences d’êtres
qui ont depuis longtemps disparus

je fais ma page en les revoyant
dire leurs vers préférés
appris par cœur en leur enfance

petites graines de poésie
qui germent croit-on
des siècles après

après avoir rencontré une page
où, comme c’est étrange, 
un étranger, un maladroit,1
à pas de mouche
traça ces vers

en souvenir d’Une qui disait
avec ferveur
ses poésies aimées
depuis l’enfance

à pas de mouche je fais ma page
à pas de mouche la page me fait*

*Je n'ai pas plus fait mon livre que mon livre m'a fait.
Michel de Montaigne


1 Léo Ferré
La vie d’artiste




à pas de mouche 28/11/2021 9h06

J’ÉCRIS POUR LEVER DES LIÈVRES

En définitive à quoi écrire sert-il sinon à vivre ?
 Toutes les pénibles élucubrations sur « écrire et vivre » - écrire comme renoncement à la vie – sur « la chambre aux murs de liège » - avec attendrissement. « Il n’a pas vécu le pauvre » – ne sont que pitoyables défenses d’envieux, de toute façon sans importance. 
Mais ici, la chose est dite.

Jacqueline Bisset


J’écris pour lever des lièvres
lever le pied
lever au cœur les expressions

J’écris dans la discrétion
le silence et l’effacement

J’écris dans l’exubérance
la profusion et l’effervescence

J’écris résistant au vertige de l’écriture
mais non à sa folie passagère

J’écris le passage
en attaché
en cursive

J’écris en courant sur la page
dans la rumeur des vagues

J’écris dans le mutisme des nuits
la lumière des poètes de l’exil

J’écris en lisant
flux et reflux qui soulèvent mes livres
de sable et d’écume

J’écris à califourchon
à dada
sur la bicyclette grammée garnie de grelot 1

J’écris comme un cochon
un apache ou un apparatchik
(au choix)

J’écris en voyant de ma fenêtre une portion de méditerranée

J’écris je n’oublie pas
entre Charybde et Scylla
cette intensité de l’instant
où ça passe ou ça casse
(dit trivialement)

J’écris 
puis je laisse reposer
dans des carnets signés de noms
qui n’apparaissent sur aucune carte d’identité

1 George Grosz (1893-1959)

J’OUBLIE MON NOM





Sur mes cahiers d’écolier
Sur toutes les plages blanches
Eluard

J’oublie mon nom


Petits « mois » Petits pois
Que d’émois sur la page !

Écosser Égrener
Rimes et babillages

Sur ce papier si kraft
Qu’il te laisse marron

Petits noirs dégustés
La nuit où l’on noircit
Ses cahiers d’écolier

Où l’on oublie son nom
En lisant des poèmes
Où nous papillonnons