UKRAIN’SPLEEN

J’ai (encore) rêvé de Poutine, crapaud grotesque qu’un enfant ukrainien, traînait au bout d’une ficelle.

J’ai rêvé de cette potiche qui écrase les villes et les enfants comme s’ils n’existaient pas.

J’ai rêvé de cette merde que son peuple adule (à la télévision).

J’ai (aussi) rêvé de l’Idéal , qui avalait le crapaud, la potiche, et nous faisait oublier, l’espace d’une minute, l’Ukrain’Spleen.

TOUS CES MORTS INUTILES

Tous ces morts inutiles t’affaiblissent, car tu as part à l’Humanité entière.

Aussi n’envoie personne demander pour qui sonne le glas.

Car il sonne pour toi.

John Donne

Ça fait de plus en plus mal au ventre d’assister impuissant au massacre des Innocents sur la terre d’Ukraine,

De voir les gares, les théâtres, les écoles, les maisons et bâtiments, explosés par les missiles russes,

D’entendre les boniments du dictateur sanguinaire qui dans son bredouillement ubuesque se lave les mains de tout ce sang versé en vain.

Ça fait toujours mal au cœur. Mais c’est terrible, on s’habitue, on décroche, on voudrait tant qu’avec ce malheureux peuple martyrisé, on puisse passer à autre chose…

CARNET SECRET D’UN APPRENTI DICTATEUR



-	Quand tu seras dictateur, de quoi auras-tu peur ?
-	D’être visé par un coup d’état.
-	Qu’aimes-tu faire le dimanche après-midi à tes heures perdues ?
-	Faire des listes de gens à déporter.
-	Quand tu te retrouves au milieu de la foule, qu’elle est ta première réaction ? 
-	Ordonner une purge.
-	Si en discutant quelqu’un « te prend la tête », qu’elle est ta principale envie ?
-	Le faire exécuter.
-	Quand tu auras tous les pouvoirs à la tête de la Sainte Russie quel est ton rêve secret ?
-	Réduire le grenier à blé de l’Ukraine en un désert de bêton et de tanks rouillés.


Sous-texte ; Alors comme ça vous voulez devenir dictateur ? Fran Lebowitz



BOUTCHA


Les images des corps morts dans les rues de Boutcha
Je ne veux pas les voir
No quiero verlas

Mais ce que j’aurai voulu
C’est que pour chacun et chacune
L’on me racontât leur vie

Leurs songes et leurs paroles
Leurs noms et leurs prénoms
Leurs petites histoires qui font sourire
Ou qui embuent les yeux

Tous ces signes qui avant leur ignoble assassinat
Faisaient de ces personnes
Des sujets uniques et singuliers
Fragiles et vulnérables
Humains

L’ART DE LA DESTRUCTION


Aucun pays n’a mieux maîtrisé l’art de la destruction de l’âme de ses citoyens que la Russie.

Joseph Brodsky 1


Les bonnes raisons de faire la guerre sont toujours mauvaises.

Dans la tête du petit fonctionnaire soviétique du KGB devenu Espion en Chef et Maître Sans Vergogne de la Russie,
C’était le moment de déclencher son « opération spéciale » : une bonne petite guerre pour purger les voisins ukrainiens de leur passion démocratique tournée vers l’Union Européenne.


Et à la fin, on éventre les immeubles, on détruit théâtres, hôpitaux et maternités, on affame et on prive d’eau les villes assiégés, on tue et massacre, et les enfants ont autant de valeur que des chiots que l’on jette à l’eau.


1 Joseph Brodsky (1940-1990)

Arrêté pour « parasitisme social », (lire : « activité d’un poète récalcitrant »).
Exfiltré aux Etats Unis, prix Nobel de Littérature en 1987.
 

Quel lecteur de poésie n’a pas gardé en mémoire le fameux dialogue, devant la cour, à Leningrad, entre le juge et Iossip Brodski, lors de son procès pour «fainéantise », « parasitisme » en octobre 1964 ? À la déclaration de Brodski, qui rappela qu’il était « poète, traducteur poète », le juge eut cette répartie : « Et qui t’a reconnu comme poète ? Qui t’a fait entrer dans les rangs des poètes ? » À quoi l’auteur des Collines répondit : « Personne. Et qui m’a fait entrer dans les rangs de l’espèce humaine ? »