FAIRE UN NOUVEAU POÈME NAGER CONTRE LA MARÉE DES MÉDIAS

Mais cette parole qui se lève à travers les poèmes, quelle que soit leur apparence, serait-ce la plus fragile, que répète-t-elle, sinon que la nuit n’est pas tombée encore et que nous n’avons pas le droit de nous abandonner à la solitude et au désespoir. Pierre Dhainaut

Il faut du temps et personne n’a plus le temps Il faut du vent et toujours nager contra suberna – « contre la marée » disait le troubadour Arnaud Daniel – Il ne faut pas de tapage ni de publicité Il faut être plus résistant que le buis et l’olivier Il faut sans cesse apprendre les règles et les écarts de la métrique Il faut aimer réciter chanter et/ou ne rien dire Il faut apprendre à contempler une page de poème comme une expérience de pensée Il faut mesurer la détresse d’une société qui ne reconnaît pas ses poètes Mais il y a mieux à faire que de s’en prendre aux pouvoirs, à la presse et à Sainte Télévision, qui les ignorent Faire un nouveau poème la pulpe d’un fruit dont l’avenir est le noyau

AU LECTEUR

AU LECTEUR

Confidences d’un poète petit vieux

Je suis un petit vieux qui a cent cinquante ans
Employant certains mots que peu de gens comprennent
La lésine, les helminthes et les lices.

J’ai été ce qu’autrefois on appelait un poète
Fumant fier son houka
Offrant à ses lecteurs
Un pot de fleurs malignes
Pour faire passer l’Ennui
Ce monstre de tout temps
 
Mes lignes en sont témoin
Dont voici la première :
La sottise, l’erreur, le péché, la lésine…




Avec deux fidèles et stimulants lecteurs qui ont lu au moment où il fut « posté » pour la première fois ce poème sur le blog poésie mode d’emploi :

Parle encore Charles, ô, lecteur ! 
Michel Chalandon 24 août 2001à 6h42
J’inverse un mot de Marie-Paule Berranger que je crois qui te va bien, compadre:
« Insaisissable comme la libellule, la poésie montre le chemin de la liberté » 
Jorge Castro 24 août 2011 à 11h 19


UN TYPE BONHOMME INDIVIDU POÈTE PROSATEUR ET ARBRE QUI CACHE LA FORÊT

Où donc à quelle époque ai-je connu ce type
à la fois poète et prosateur et tout un
bonhomme À tout faire je m’aperçois alors
que cet individu n’est autre que moi-même
Oh dans quelle galère alors je me foutis
Raymond Queneau 
Les formes de ma vie sont ainsi entrées les unes dans les autres.
Chateaubriand

Je suis un juif en quête d’identité.
Je suis un sdf noir dans Lower Manhattan.
Je suis Dorio inscrit sur le mémorial des morts du Vietnam à Washington.
Je suis inscrit aussi au paradis artificiel des poètes que nul ne connaît.
Je suis l’arbre qui cache la forêt de la bibliothèque de Babel.
Je suis la salamandre gluante des sources de fer rouges du Moudang,
près des granges où les bergers du Haut Aragon surveillent las ouèillos.
Je suis le tourniquet du temps et la flèche de Zénon d’Élée
qui n’atteindra jamais son but en blanc. 

Je suis le dernier carré du champ de coquelicot
où tu t’es assise un soir de printemps
en me disant :
si je meurs avant toi, mon cœur,
c’est là que tu viendras me retrouver,
chaque dimanche en secret,
et que tu me feras entendre 
une chanson toujours renouvelée.

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RITUEL D’OUBLI

Retour aux poèmes que plus personne ne lit
Exceptés les prisonniers et leurs geôliers
Ceci dit sous forme de boutade chagrine
D’un auteur du passé qui écrivit Art poétique et Green


Retour aux livres de funestes augures
Encore non écrits -une gageure-
Ouverts par la main de l’ange de l’Apocalypse
Et mangé-littéralement- par le narrateur
De cette fable à mourir de rire

Retour à cette douce habitude
Du plus léger des cultes
Cette nuit du 3 septembre 2022
Ma pauvre main a encore prosé
Ces quelques vers…jusqu’à l’oubli

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