CETTE LANGUE ÉCRITE





Cette langue écrite qui tamise, raffine, épure…
Nathalie Sarraute Les fruits d’or


Cette langue écrite qui se fraie (ou se fraye) un chemin de traverse dans le maquis du langage qui nous étouffe

Cette langue mon dieu auquel je ne crois qui dévie et jubile avec sa plume qui parle sans barguigner au papier

Cette langue écrite destinée aux lecteurs et lectrices solitaires qui la prolongent dans leur tête ou la recopient sur leurs carnets secrets

Cette langue miroir tendu par l’écrit sur cet écran qui incite les lecteurs et lectrices de passage à devenir les lecteurs d’eux-mêmes*


*Paul Ricœur


SONNET ÉCRIT SOUS L’ARBRE DE GODOT

-Qui est Godot ?
-Godot ?
-Vous m’avez pris pour Godot.
-Pas un seul instant Monsieur.

Samuel Beckett



-Comment écrivez-vous ?
Debout ? Couché ?
En parlant au papier ?
Au galop de votre plume ?

-J’attends avant d’écrire.
-Et quoi ?
-J’attends une image.
-Un arbre qui cache la forêt ?

-Un arbre qui produit
Ce grain à moudre
Une suite sans mots

Pour écarter les maux
Qui hantent les péquenauds
En attendant Godot.

UNE FOIS N’EST PAS COUTUME





Une fois n’est pas coutume

La nuit ne m’a pas donné son poème rituel

La page au réveil me reluque

et demande son dû

Mais je n’ai que ces mots de travers

a lui donner comme perruque





(C’est un peu comme la chanson

Que l’artiste doit ajouter

Pour que son album

Tienne la distance)





Une fois n’est pas coutume

La brume l’écume la plume

écrit machinalement ses rimes

L’expression (répétée) vient de ma mère

Qui me disait aussi

« Chante chante petit oiseau ! »

C’était pour dire qu’elle ne croyait pas

En mes sornettes

Nous en riions bien sûr





Il pleut il pleut bergère !

La page qui a eu son dû

À présent me libère





une fois n’est pas coutume : voix

30/01/2021

*

PLAISIR D’ÉCRIRE ?

premier jet




PLAISIR D’ÉCRIRE ?

                Sans le plaisir d’écrire, d’abord avec la main tenant ce stylo bleu ou noir, avec sa pointe plus ou moins fine, nul texte chez moi ne naît.

                Nul texte ne s’enfante.

                Mais cependant,  ce premier jet réalisé, la plupart du temps, je m’arrête.

Plaisir d’écrire conduit trop aisément au bavardage. Le bas vardage c’est pour le pépiement, les clichés, les lettres moribondes

L’écriture, tout au contraire, se fait dans « la plume en absence » du bruit autour de soi, des certitudes, des évidences désuètes.

Cette page, par exemple, a accepté le vide, l’attente de cette voie sans personne, dont j’ignore, à cet instant précis, si elle va m’ouvrir un chemin nouveau ou me conduire à une impasse.

Soumettre ce texte au « grand  ordinateur » me permettra, de le modifier « à la marge », avec le désir d’y voir un peu plus clair.

01/02/2021

ON N'ÉCRIT PAS SANS Y LAISSER DE PLUMES




On n’écrit pas sans y laisser des plumes

Plumes d’écolier

plumes gauloises

ou sergent major

que l’on mouillait

sur son poignet

avant de suivre la ligne

des pleins et des déliés

Lundi 14 mai 2018

Morale :

il faut s’appliquer et persévérer.

On n’écrit pas sans y laisser ses plumes

de jeune oiseau piailleur

puis de vieil oiseau gouailleur

emmêlé à la fable du monde

On n’écrit pas sans ses rêves d’enfant

oiseau de vie « oiseau secret qui nous picore »*

oiseau de mort qui disparaît avec nos corps





*Supervielle





Astoria dans le quartier du Queens

New York

14 05 2018