COME DI LE CHANT SOUS LE TEXTE

Comédie
La comédie d’un jour
« come di » Paolo Conte
Tragédie 
Paroles démentes du roi Lear

Ire ou ivresse
Tu n’emporteras icelle en paradis
dit le manuscrit
issu de quelque encrier sans nuit 1
ou bien du retour de la lumière absconse 2


Lire des Poésies
Cette pratique que les contemporains
Camelots activés par la pression de l’instant1
Savent de moins en moins exercer

Incapables d’apprendre à déceler
L’air ou le chant sous le texte1

1 Mallarmé 2 Marot

LE TEXTE ET SES LECTEURS





Le texte grandit avec ses lecteurs.

Il a été écrit loin d’eux, sans penser à personne, pour ce qu’on cherche en soi d’essentiel, mais le texte achevé, sans l’épreuve d’une lecture accomplie par les autres, il reste lettre morte, un jeu solitaire et stérile.

Ainsi, merci chère Marie et cher Jean-Marie, chère Esther et cher Marcel, […] par vos lectures bienveillantes de le raviver.

AUTREMENT DIT

Je passe toute la journée à ne pas écrire, mais ici et là en lisant je recopie de brefs passages sur un carnet noir à spirales papier kraft 18×13 cm Je passe la journée dans les bois et les arbres du baron perché, vicomte pourfendu et chevalier inexistant.

Mais la nuit, le moi qui a attendu pendant qu’on était avec les autres, 2 le moi se déploie : ni ego (niego je nie l’ego), ni cogito (je ne pense pas l’être, je peins le passage 3), ni poèmes colligés des revues mortes…

Mais la nuit je tisse avec obstination et persévérance les petites pièces d’un puzzle personnel qui en dépit des apparences, n’est pas un jeu solitaire. 3

1 Italo Calvino 2 Marcel Proust 3 Montaigne 4 Georges Perec

UN TEXTE TISSÉ DE BELLE INSOMNIE

Le charme d’un texte
Tout une nuit d’insomnie
Taillée au crayon

Taillée au crayon
Qui trace sur le papier
Les mots de l’oubli

Les mots de l’oubli
Les maux que la mer efface
Mémoire pillée

Mémoire pillée
Souvenirs à pile ou face
Rimes des chansons

Rimes des chansons
Sur la mer recommencée
Chants et contrechants

Chants et contrechants
Sonorités du ressac
Entre deux silences

Entre deux silences
Bienfaits d’une longue trêve
Et du charme d’un texte

Le charme d’un texte
Tissé de belle insomnie
Clap de fin : JE T’RÊVE

PHONAISONS FENAISONS





Quand on a souffert sur un texte-poème qui se faisant sans cesse se défaisait, c’est un vrai plaisir de s’abandonner à la voix qui lève, tel un vent léger qui accouche de ses phonèmes.

Phonaisons, fenaisons, corps à cœur sans histoires à s’aimer debout, à semer le doute sur nos arguments, à ôter d’Argus les mille zyeux (un à un).

Théorèmes, théorimes, Dieu est mort (signé Nietzsche), Nietzsche est mort (signé Dieu).

Tu rupines, tu phosphores, eurékâtes ton Écate, tu files la métaphore, mets à la voile la métonymie.

Tu m’étonnes, tu me dis : Ôte-toi de mon soleil !

Je te demande : Ton thé a-t-il ôté ta toux ?

On se tait (d’oreiller).

J’ÉCRIS opus 21





J’écris un peu gribouillis beaucoup gribouilla

J’écris avec Gribouille dont on me disait

Quand je faisais l’andouille

Qu’il était caché au grenier prêt à me punir

pour mes bêtises





J’écris sur un tapis Boukhara

J’écris nom d’une pipe en bois





J’écris plutôt deux fois qu’une

J’écris de temps en temps

En regardant les Unes





J’écris blague à part

avec la huitième condition de Fourier

en tête :

celle qui dans une liste échappe à tout classement





J’écris collectionnant les bourdes et les pataquès

J’écris un incipit aux bifurcations infinies





J’écris brique après brique

Une maison ouverte à tous les compagnons

& compagnes d’écriture





J’écris bilboquet

Bouquet de phrases à venir

et qui s’étalent comme la confiture d’abricot de Tatie Popo

Ou bien se refusent aux caprices de ma plume





J’écris comme les chauve-souris

Dont la température s’abaisse

À mesure qu’elles remuent leurs ailes





J’écris comme Marguerite Duras

Pseudo de Marguerite Donnadieu

Sans Maître ni Dieu





J’écris faisant ces longues tresses de textes

Que je tape à deux doigts

Sur la Valentine rouge d’Olivetti





J’écris avec une gomme comme font

Tous les compositeurs de musique

De Bach à Phil Glass





J’écris ces séries sans fin

à l’encre sortie d’un stabilo OH Pen Universal





J’écris très propre

N’aimant ni les ratures ni les Stals





J’écris comme on traverse le désert

En pensant au Jardin d’Acclimatation





J’écris comme une toupie qui se donne l’illusion

De niner toute une vie

Sans jamais retomber sur le tapis





J’écris aussi des poèmes

Mais là je ne peux dire comme