ON VA Y ARRIVER

On va y arriver dit lératépiste sorti tout de go dun roman de Queneau On va bien voir si le chemin nous mène jusquà ce petit coin de lœcoumène où figuraient dans les premiers temps Adam et Ève On va tenter de franchir les cercles maudits pour arriver -peuchère- jusquau Paradis Une fable confirmée par une chiée d’auteurs vénérables dont Bède (suivi du même adjectif) qui aurait dicté cinq vers sur son lit de mort Mais aussi (la liste détient le record de la poésie des noms) Ephren de Philotorgios à qui lon doit la description la plus crédible de la montagne de lEden Et Jean Damascène de Damas comme son nom lindique qui mourut un 4 décembre le jour de Sainte Barbe (comme mon père qui sappelait Noël) Et Mosès Bar Céphas plus connu, selon Wikipédia, comme Moïse Bar Képha qui fut « périodente » (non périodiste) du siège de Tikrit Et Isidore de Séville pourtant né à Carthagène Et pour finir (momentanément) le plus célèbre dentre eux Augustin qui bien que persuadé quun ptit coin dParadis existait sur Terre expliquait dans ces célèbres apories du Temps que léternité ne pouvait quéchapper aux humains bornés Voilà on y est arrivé Raymond la Science (le surnom de Queneau, né des capacités dun Encyclopédiste toujours en quête de ses ignorances) aura pardonné ce parcours tortueux lui qui affirmait que LHistoire était la science du malheur des hommes.

https://www.leseditionsdunet.com/livre/un-dictionnaire-part-moi

ECCE HOMO ses mots de Joie ses maux atroces

À écrire on s’expose décidément à l’excès.

Henri Michaux

Que c’était bien bon dieu
Ces vaches de poèmes
Écrits à la va vite
Sur un bout de papier
Une nappe de restau
Ou l’écorce d’un chêne

Enchaînés enrythmés
Enlyrés et légèrement
(pour rire) empapaoutés

C’était vachement chouette
La tournée des grands ducs
Sur la page nocturne
L’impro des normaliens
de la rue d’Ulm, la turne
de Queneau ou Tardieu
Ces rémouleurs sublimes
De rimes jouissives


C’était (faut-il qu’il m’en souvienne)
La Li-Bé-Ra-Tion
C’était après la guerre
(La seconde qui succéda 
Allez savoir pourquoi
à la der-des-ders)

Mais putain d’empire russe
Avec son chien Poutine
Aux babines sanglantes
Voilà qu’ça recommence
Fini de rigoler
Il nous fait une Michaux
Ces villes de loques
Et son Ecce Homo

Je n’ai pas vu l’homme répandant autour de lui l’heureuse conscience de la vie
Mais j’ai vu l’homme comme un bon bimoteur de combat
Répandant la terreur et les maux atroces

Ecce homo (1943)

À PAS DE MOUCHE





C’est encore une drôle d’histoire ça, dit Saturnin.
On se crée avec le temps et le bouquin vous happe aussitôt avec ses petites paches de moutte.

Queneau


à pas de mouche je fais ma page
distrait par les présences d’êtres
qui ont depuis longtemps disparus

je fais ma page en les revoyant
dire leurs vers préférés
appris par cœur en leur enfance

petites graines de poésie
qui germent croit-on
des siècles après

après avoir rencontré une page
où, comme c’est étrange, 
un étranger, un maladroit,1
à pas de mouche
traça ces vers

en souvenir d’Une qui disait
avec ferveur
ses poésies aimées
depuis l’enfance

à pas de mouche je fais ma page
à pas de mouche la page me fait*

*Je n'ai pas plus fait mon livre que mon livre m'a fait.
Michel de Montaigne


1 Léo Ferré
La vie d’artiste




à pas de mouche 28/11/2021 9h06

SI ON NE SAIT Y RÉPONDRE ON PEUT ZAPPER CET ÉCRIT

on ne cesse jamais de répondre à ce qui a été écrit hors de toute réponse :
 affirmés puis mis en rivalité, puis remplacés, les sens passent, la question demeure…

Roland Barthes


le cri l’écrit
sur le papier
et dans la nuit

le cran l’écran
ça va cranter
dit le mécréant

tout en créant
cette variation
digne de Rabelais

de Perec de Queneau
et de tous les dicos
d’onomatopées

c’est du blabla
mais c’est d’un clic
que dame souris

envoie cet écrit
apparaître sur l’écran
énigmatiquement

SONNET DES PETITES FLEURS BLEUES





Une couche de vase couvrait encore la terre.
Mais, ici et là, s’épanouissaient déjà de petites Fleurs Bleues.

Raymond Queneau


Rêver, faire des calembours, 
des canulars et des calembredaines.
Rêver, faire des exercices de style et de pensée, 
où chaque rêve rend inutile les clefs du rêve précédent.

Rêver, en s’oubliant sous les ailes d’un papillon,
dans les pas perdus du hall de la gare
Saint-Lazare,
dans les eaux fortes d’André Masson.

 Rêver dans les livres d’images 
qui nous échappent des mains 
avant de nous en aller
au royaume des quatre sans cous.

Rêver, et dans la boue des histoires embrouillées,
faire pousser pour nous régénérer,
les petites fleurs bleues.