DICTIONNAIRE MA BABEL





Dictionnaire ma Babel
Ponge tournait et retournait
en tout sens
son Littré
Moi c'est Robert
alias Alain Rey

Dictionnaire agité
Telle l'argile du potier
Qu'il nous faut bien malaxer
Afin de la désaérer

Dictionnaire me voilà
Écumant tes signes émigrants
Épuçant une page manuscrite
de l'oncle Gustave (Flaubert)
à l'état brut, 
Écrite, disait-il, comme un ornement de marquèterie

Dictionnaire mon algèbre
Réduisant les fractures de la langue
Mon dico rebouteux, 
Boute en train qui me traîne,
me trouble et m'incarne,
Me fait subir, article après article,
ses coups de marteau spirituel

Dictionnaire labyrinthe
Impasses et fausses pistes
Chemins qui bifurquent
Où l'on exerce ses yeux fertiles
Tâchant toujours d'y persévérer




LE POÈME GRATUIT

 le poème gratuit

ça n’existe pas

   il faut payer sa vie

sur le boulevard du crime

   – avec ou sans rime –

il faut payer son dû

   su deber son décime

à l’entrée du grand dictionnaire

   qui fait l’article

poème silencieux

   ou déclamatoire

sonnant et trébuchant

   sur quelque méprise

que l’on rature et que l’on offre

   maintenant et ici

en ce poème vraiment gratuit

L’ART DES DIGRESSIONS





hypnographie 3/8




On n’en finit pas de remplir des carnets

Où l’art des digressions nous fait marner

Passer de bourrasque à bonace

De sournois et retors à bonasse





On n’en finit pas d’épucer ses dictionnaires

De rimes de synonymes d’antonymes

De mots d’argot de poissonnières

De pages où l’on décline ses hétéronymes





On n’en finit pas de passer pompons les carillons

Depuis la cour d’école des farandoles

Ouverte aux filles et aux garçons

Jusqu’aux derniers adieux

Après la grande cabriole





On n’en finit pas on n’en finit plus

Plume qui passe douant d’imaginaire

Ce corps de nuit traversé de soleils

Et de vers écrits sur des livres

Ou laissés comme ici

En suspens


	

UN DICTIONNAIRE DU NOUVEAU MONDE





J’ai encore rêvé d’un dictionnaire du Nouveau Monde

où les murmures du fils d’Hypnos (Morphée)

m’entraînaient en ces sentiers créés

de toute pièce (d’ écriture)

par la plume d’or

du grand Hugo





un frais parfum sortait des touffes d’asphodèle





Un vers encore encore un vers

Beauté était aussi de la fête

Si la belleza sostiene una cabeza

Bien puede sostener el mundo

Ce que ma petit monnaie d’apprenti traducteur

transforme en :

« Si Beauté maintient droit une tête

Elle peut, aussi bien, soutenir le monde »





Ce monde qui menace de s’écrouler,

Comme chacun sait,

(ou devrait savoir)

Depuis que l’on est passé dans le temps de l’Anthropocène

Une « prise de Terre » qui nous prend à revers

Avec sœur Chauve-Souris

Et frère Pangolin





(la suite manque…inévitablement)





Citations : Victor Hugo, Antonio Gamoneda