J’ÉCRIS À SHÉHÉRAZADE

J’ÉCRIS À SHÉHÉRAZADE croisée à la bibliothèque des Mille et une Nuits J’écris toutes les nuits ces fragments narratifs qui me maintiennent en vie J’écris au-delà de tout contexte historique, les épîtres d’un troubadour du siècle XXI dépourvu de langue occitane J’écris ou plutôt je réécris ces vers virtuels qui eurent leur heure de gloire mais qui se sont perdus J’écris pour les lecteurs qui passent leur nuit à se réinventer en se cognant à leur for intérieur J’écris comme un conteur qui n’entrera jamais dans les pages d’un livre J’écris en mélangeant pensée magique et pensée d’un célèbre chimiste : Rien ne se perd Rien ne se crée Tout se transforme J’écris en transformant cet essai

J’ÉCRIS L’AURORE AUX DOIGTS ROSES

J’ÉCRIS L’AURORE À MES DOIGTS ROSES J’écris ce début sans fin J’écris cette suite digressive dont je me fais un bouclier J’écris pour des lecteurs imaginaires qui n’y voient que du bleu J’écris pour Pierre Ménard inventeur de Don Quichotte polémiquant avec Paul Valéry refusant d’envisager que la marquise pût sortir à cinq heures J’écris avec la main gauche cette écriture en miroir qu’affectionnait Leonard J’écris à la lisière des ouvrages de démonomanies brûlés par les églises pontificales et littéraires sous prétexte que leurs démons jouxtaient de trop près leurs dieux J’écris pour faire sortir de leurs pages d’encre et de papier les personnages de fiction qui viennent à mon chevet me préparer à les rejoindre…le jour d’après

MES LECTEURS

Ils ne seraient pas, selon moi, mes lecteurs, mais les propres lecteurs d’eux-mêmes.

Marcel Proust


Oui, mais comment, chère lectrice, cher lecteur, lire en toi-même, 
si ce n’est en lisant ton « livre de signes inconnus », 
si ce n’est en écrivant  pour toi-même, à ta manière, 
après avoir été stimulé par le poème sous tes yeux,
dont tu t’évades pour t’adonner à « la vie enfin découverte et éclaircie, 
la seule vie par conséquent réellement vécue, (celle de) la littérature ».

guillemets Marcel Proust (Le Temps retrouvé)

Cette vie qui en un sens, habite à chaque instant chez tous les hommes aussi bien que chez « l’artiste ».
Mais ils ne la voient pas, parce qu’ils ne cherchent pas à l’éclaircir.
M.P.


PAGES D’ÉCRAN

Soyez prudent
Avec les pages
Qui sur l’écran
S’affichent
Virtuellement

Un simple clic
Et elles passent
À la trappe
À l’attrape nigaud
Des lecteurs solitaires
Et glacés

Soyez ouvert
Aux caractères qui flottent
À ces fragments d’existence
Que l’on se plaît
À partager
Entre lecteurs
Solidaires chaleureux


LE TEXTE ET SES LECTEURS





Le texte grandit avec ses lecteurs.

Il a été écrit loin d’eux, sans penser à personne, pour ce qu’on cherche en soi d’essentiel, mais le texte achevé, sans l’épreuve d’une lecture accomplie par les autres, il reste lettre morte, un jeu solitaire et stérile.

Ainsi, merci chère Marie et cher Jean-Marie, chère Esther et cher Marcel, […] par vos lectures bienveillantes de le raviver.

AUTREMENT DIT

Je passe toute la journée à ne pas écrire, mais ici et là en lisant je recopie de brefs passages sur un carnet noir à spirales papier kraft 18×13 cm Je passe la journée dans les bois et les arbres du baron perché, vicomte pourfendu et chevalier inexistant.

Mais la nuit, le moi qui a attendu pendant qu’on était avec les autres, 2 le moi se déploie : ni ego (niego je nie l’ego), ni cogito (je ne pense pas l’être, je peins le passage 3), ni poèmes colligés des revues mortes…

Mais la nuit je tisse avec obstination et persévérance les petites pièces d’un puzzle personnel qui en dépit des apparences, n’est pas un jeu solitaire. 3

1 Italo Calvino 2 Marcel Proust 3 Montaigne 4 Georges Perec