ADIEU À LAUJOURDHUI

J’ai du mal certaines fois à dire adieu à l’aujourd’hui J’aimerais le prolonger revivre encore au ralenti tous ses petits moments d’insouciance : rires et larmes d’une gaieté partagée pour un bon mot, une galéjade (de galer se réjouir), Braises de phrases sur lesquelles on souffle en toute innocence Souviens-toi, se dit-on ensuite lorsqu’on se retrouve seul ou seule Souviens-toi du poème que tu écrivis plus tard (dans l’aujournuit), pour le plaisir de recroiser sur le papier les images et les visages de cette journée particulière L’encre brillait, vibrait d’un lyrisme contenu, la page évoquait cette lumière d’une étoile éteinte depuis des milliers d’années mais qui continuait à nous parvenir comme ce viatique pour l’éternité, que l’on peut lire gravé sur une pierre blanche, sur l’immeuble donnant sur le Quai aux Fleurs et qu’occupa le philosophe doux dingue qui avait pour nom Jankélévitch et que les étudiants des amphis occupés en Mai 68 appelaient affectueusement Janké Adieu donc à l’aujourd’hui, à sa sereine intranquillité, que l’on annote sur notre partition d’un ppp (pianossissimo)

https://www.leseditionsdunet.com/livre/un-dictionnaire-part-moi

DIALOGUES TYPOGRAPHIQUES





– Toi qui écris cette série de dialogues intérieurs, connais-tu « Dialogues Typographiques » ?

– Tout juste. Je viens de les relire.

–  L’auteur a imaginé dans le coin à gauche et en haut de la page…une foule immobile

qui regarde et qui se tait.

– Oui et il a situé la scène…sur les bords de la Seine.

Une nuit d’encre filant la métaphore coule sous les ponts.

– « Sous les ponts de Paris coule… la merde » chantait Béranger (François) dans une très longue

chanson prolongeant l’enragement de Mai 68 et baptisée par antiphrase « Paris Lumière ».

– Un chant tendre et pathétique qui me tire la nuit hors du sommeil. La foule qui entendait le bruit des sabots de fiacre sur les quais a disparu.

– Ai-je bien payé ma dette à tous ces flots d’hommes et de femmes se demande en bouclant sa page ce poète toujours en mouvement qui signait du nom énigmatique de Jean Tardieu.





Dialogues intérieurs IX

POÈTES D’ENCRE





poètes d’encres n’oubliez pas la voix




Poètes d’encre n’oubliez pas la voix

Menus propos Joyeux devis

Vos grains de voix





Les voix se croisent comme les fils

Chaîne et trame tissant le drame

Ou l’espérance d’en sortir





Poètes de paroles ne perdez pas vos encres

Blessures de pages

Jusqu’à l’effacement

Celui qui gratte sa vieille peau

Remet à zéro son palimpseste

Mais comme par magie

Un peu de texte

qu’il est en train de faire disparaître

Reste en lui





Encres et paroles en même temps

Cherchant la Voie

Les unes s’allument en noir brillant

Les autres nous quittent

Comme elles nous viennent





Joyeux devis Menus propos

Nos grains de voix





04/02/2021

LE TEXTE VA





Désirable ou indésirable le texte va

La main l’agite dans tous les sens

Toutes les nuits cherchant l’ouverture

Comme l’acteur sur le plateau

Qui se confronte à Alceste ou Galilée.





Indésirable ou désirable le texte coule

Il passe il ne fait que passer

Dans l’encre et dans cette plume

Qui se perd dans sa page

Ou bien saisit l’occasion

d’une trouvaille inespérée.





Cette nuit c’est repos et répit

Les fantômes se lassent de tourmenter

la personne écrivant

qui ne revendique pas l’ « être »,

mais le passage,

d’un texte à l’autre,

ouvrant ainsi son singulier chemin.





24/01/2021