RÉMINISCENCES ANTICIPÉES

Les mots en guise de titres
je les choisis après coup

Après que de coups de dés
en coups de dés
les mots abolissent ma page

Elle est bleue ce matin
Et j’y fais des sauts de carpe

Je m’y prélasse aussi 
Quand le poisson doré
prend la forme d’un oiseau lyre

Celui d’un poème de paroles
que l’on avait composé
avec nos petits caractères en plomb
sur la presse de l’instituteur Freinet

Son titre tintinnabulant 
Nous avait excités
Mais je l’ai oublié


le titre est proustien




	

VISAGE N’EST PAS FIGURE

« Comme pour le mot visage qu’il substituait au mot figure et à qui il ajoutait un grand nombre de v, d’s, de g, qui semblaient tous exploser de sa main ouverte à ces moments. » Marcel Proust


Je l’écris ce poème comme on plante des clous
Pan pan pan pan 
Un pan de ce petit mur jaune
Devant lequel Bergotte cane
(en visitant Ver Meer)

Je l’écris sans scrupule
Au fil d’une plume obscure
(ou mordorée j’hésite)
Fractionnée en tout cas
Devant ce monde imaginé
Dont le personnage fait langage

Lents gages (vous aviez compris)
Qui semblent exploser
De la main ouverte
Sur les lettres et les sons
(comme Bergotte-Proust l’écrit quelque part)

Quelque part à présent
Ce poème qui n’en est pas un
Est fini 
N.I. N.I.

Notre sagesse commence où celle de l’auteur finit, et nous voudrions qu’il nous donnât des réponses quand tout ce qu’il peut faire est de nous donner des désirs Marcel PROUST






IL PLEUT DOUCEMENT SUR L’UKRAINE

A tous ceux, (à toutes celles), qui, de tout temps, sous un régime totalitaire,
Ont cherché refuge dans les livres, l’art, la beauté, 
Au péril de leur vie.


Ossip Mandelstam (1891-1938)
Mort en déportation pour avoir écrit 
Épigramme contre Staline

Il pleut doucement dans ma tête
Romances sans paroles comme écrivait Verlaine
Des mots pleins de stupeur
Pour apaiser ce cœur qui s’écœure
Devant l’invasion de l’Ukraine

Il pleut doucement sur ma page
Comme il pleure sur cette ville
Qui aspirait à vivre comme nous
À Paris Berlin ou à Vienne
Et qu’un autocrate sanguinaire
À la mode de Staline et d’Hitler
Veut rayer de l’Histoire

Il pleut doucement sur ma nuit
Sur la fureur et le bruit
De cette tragédie



Jean Jacques Dorio 26/02/2022





UKRAINE II Dorio 05/03/2022

À CONSOMMER NI TROP NI PEU



Faut pas en dire plus
Cacher les mots sous la cendre
Son crâne rempli de poèmes
(Une image de Maïakovski)

Faut dire adieu à la rime
À la vision crépusculaire
Rencontrée sur le boulevard du Crime

Faut dire Adieu à Nerval
Retrouvé pendu à un réverbère
Rue de la Vieille-Lanterne

Faut en finir avec la desdicha
-le mal/bonheur-
et le desassosego
-l’in/tranquillité-

Ou bien les consommer
Ni trop Ni peu


HUGO IX JANVIER DEUX MILLE VINGT DEUX

Ce que j’aime dans les textes anciens c’est leur nouveauté. 
 Ce que je déteste dans les textes nouveaux c’est la banalité de leurs clichés.

Rependre Hugo l’Inépuisable
Absent mais attentif Que diable !

Le rapiécer de neufs habits
Ce 9 janvier 2 mil 22

Lire Totor Signer Bibi
Pasticher l’esprit boutadeux

Passer ainsi d’un livre à l’autre
De griffonnages en gribouillis

Faire des farces sous les astres
Touiller ses crèmes et bouillies

Jouer avec ses taches d’encre
Ayant des aspects d’animaux

Faire des pieds et des dactyles
Donner au poème un style
D’improvisation -mot à mot-
Farfadet léger Lever l’ancre

Relire Hugo c’est pas pour dire
Mais ça fait pendant le Covid
Un bien fou C’est à l’écart vivre
De mille vers Rimes d’un vide
Où amusé je procrastine

Je suis au bois où l’on entend
Joyeux la flûte des Satyres
Et je fais des niches aux pédants
Parodies Pastiches Satires

Arrête-là me dit Victor
Referme à dessein mon livre

Ouvre ton cœur Prends ton essor
Enfantin, bucolique, ivre.

Italiques Victor Hugo