UN TEXTE TISSÉ DE BELLE INSOMNIE

Le charme d’un texte
Tout une nuit d’insomnie
Taillée au crayon

Taillée au crayon
Qui trace sur le papier
Les mots de l’oubli

Les mots de l’oubli
Les maux que la mer efface
Mémoire pillée

Mémoire pillée
Souvenirs à pile ou face
Rimes des chansons

Rimes des chansons
Sur la mer recommencée
Chants et contrechants

Chants et contrechants
Sonorités du ressac
Entre deux silences

Entre deux silences
Bienfaits d’une longue trêve
Et du charme d’un texte

Le charme d’un texte
Tissé de belle insomnie
Clap de fin : JE T’RÊVE

CETTE LANGUE ÉCRITE





Cette langue écrite qui tamise, raffine, épure…
Nathalie Sarraute Les fruits d’or


Cette langue écrite qui se fraie (ou se fraye) un chemin de traverse dans le maquis du langage qui nous étouffe

Cette langue mon dieu auquel je ne crois qui dévie et jubile avec sa plume qui parle sans barguigner au papier

Cette langue écrite destinée aux lecteurs et lectrices solitaires qui la prolongent dans leur tête ou la recopient sur leurs carnets secrets

Cette langue miroir tendu par l’écrit sur cet écran qui incite les lecteurs et lectrices de passage à devenir les lecteurs d’eux-mêmes*


*Paul Ricœur


JE PARLE AU PAPIER DES IMAGES PLEIN LES YEUX





JE PARLE AU PAPIER
Et tu bois cet alcool brûlant comme ta vie
Guillaume Apollinaire


Pastis pastiche
Ivre de nos alcools
De vers brisés
Notre eau de vie

Patchwork in progress
Travaux en cours
Pièces tissées
D’instants précieux

Je parle au papier
Des images plein les yeux
Tropes héliotropes
Soleils des nuits éveillées

Je vois beau front
Doux vis*
Visage d’un virelai

Chanson nous entraînant
En d’autres jongleries


Eustache Deschamps  (1340-1404)




après le papier je parle à l’appareil enregistreur

AUTOMNE NICHÉ SUR UNE FEUILLE DE PAPIER





À livre ouvert mais sans trop de pouvoir sur ses lignes qui se déroulent et s’échappent comme des serpents

À livre ouvert faisant crisser les mots gros-gras-grand-grain-d’orge qui nous remettent en tête nos années-théâtre

À livre ouvert tournant dans cette nuit d’équinoxe de l’automne les pages à l’envers lecture improvisée pour oiseaux migrateurs 

À livre ouvert pages arrachées et qui s’envolent capricieuses offertes à notre humaine condition qui en ces temps crépusculaires aiment plus que jamais partager l'esprit des couleurs des lumières et des sons 

Toute la part fragile de l’enfance de l’art posée sur cette feuille qui fit assaut de mémoire  

POÈMES leurs voix éclaboussées sur la mousse des murs





Poèmes ?

Rien de plus simple
et de plus difficile
À condition de les porter
toute une vie

Loin de la foule des bravos
et des grigris

Poèmes ?

Un peu de soi
Beaucoup des autres 
Qui les ont donnés à lire
Depuis belle lurette
Échos perdus dans la rumeur du monde
Voix éclaboussées sur la mousse des murs*

Poème ?

Parlant au papier
Son fil s’est dévidé

Il a fait cette page
Entre onze heures et minuit


*Pierre Reverdy