QUINZE DÉPARTS DE TEXTES FULMINANTS 7 à 11

7

CE QUON NE PEUT METTRE SUR DU PAPIER

Mais quoi, nos grands rêves oniriques ou cauchemardesques, on ne peut les mettre sur du papier, ils ny contiennent pas. Ils naviguent intangibles dans linconnu ; ils dérivent

8

SARNAILLES ET LÉZARDS SANS QUEUE

Sarnailles de lenfance (les petits lézards qui sortaient des murs en cailloux de rivière 1 du jardin). Ils étaient souvent esquétats (ils avaient perdu leur queue). Mais ne demeuraient pas longtemps infirmes (elle repoussait).

1 Elle s’appelle l’Arize. (lire son entrée dans Le dictionnaire à part moi Dorio 2022)

https://www.leseditionsdunet.com/livre/un-dictionnaire-part-moi

9

DE PROUST À MAROT

Être un lecteur acharné et patient donne des atouts majeurs sur lamour et la haine, la servitude et la liberté, le corps en dérive ou dictant à lesprit ses quatre volontés. Et surtout de Proust à Marot court un même leitmotive : La mort ny mord.

10

UNE PHRASE INCONNUE

De pleines pages se réduisent parfois en une phrase inconnue dont la main qui écrit a taillé ses coupes sombres.

11

MON ABSENTE AUGMENTÉESur la page « mon absente » dépossédée de tout, entrée dans sa nuit végétale depuis tantôt huit longues années, est, au risque de la choquer, de plus en plus riche, augmentée de mes saisons d’écriture, qui tant que vyvrai en toute connaissance, je renouvellerai

TROIS NOUVEAUX TEXTES ÉCRITS COUCHÉ

LONGTEMPS JE ME SUIS COUCHÉ

Je me souviens qu’un jour j’écrivis Longtemps je me suis couché de bonne heure. Jamais je n’aurais imaginé que ça allait devenir l’incipit le plus célèbre de la littérature française. Je peux témoigner que j’ai cherché bien d’autre phrases premières, de celles qui accrochent ou non le lecteur. Et d’ailleurs, les manuscrits déposés à la BNF en attestent, je la trouvais si banale et proche du degré zéro de l’écriture, que je l’ai souvent barrée, biffée, exécrée. Mais bon, un jour pressé par l’éditeur, j’ai remis ainsi mon manuscrit. J’avais perdu assez de temps et j’avais hâte de confronter mes lecteurs à la présence d’un narrateur qui s’éveillant au milieu de la nuit, ignore où il se trouve et ne sait même plus au premier abord qui il est.

EXERCICES

Sans exercices il n’est nul art. Exercices quotidiens s’entend et de tout type et en tous lieux. Jeux d’enfants dans Broadway, entrées de clowns à l’asile, vouvoiement à quelqu’un que l’on tutoie (et vice versa), exercices d’attrapages de mouches sur les vaches sacrées, de tutage de grillon que l’on apporte dans le fournil du boulanger, et des grenouilles de l’étang que l’on leurre avec un chiffon cédé par Monnet, invention d’une langue commune aux Babéleux, etc

Sans exercices il n’est nul art mais l’art n’est pas exercice.

PAPIERS D’IDENTITÉ

Étrangeté jamais démentie, relire ses « papiers d’identité », ses multiples carnets d’instants rapportés plus d’un demi-siècle durant, de dessins à la plume ou au pinceau, de pincées de poèmes inachevés (ils le sont tous). Milliers de pages de tout format, de toute forme essayée. Blablas, babels, exercices sans style, mais au stylo sur ce papier qui parfois est devenu muet et d’autrefois continue étrangement « à nous parler ».

https://www.leseditionsdunet.com/livre/un-dictionnaire-part-moi

PH֠ŒNIX DE PAPIER

Ainsi toute ma vie jusqu’à ce jour aurait pu et n’aurait pas pu être résumée sous le titre : une vocation.

Marcel Proust (Le temps retrouvé)

Il est un jour proche où je vais fermer la porte à toute poésie nouvelle dûment estampillée par les revues « à l’ancienne », qui continuent ici et là à paraître, telles des phœnix de papier, contre vents et marées.

J’en ai assez
J’en ai trop
Dans mes tiroirs
Mes abris de jardins
Mes planches de hêtre
(et mes anciens frigos)

Il est un temps pour cueillir 
(lire vient de legere :
cueillir par les yeux)
il est un temps pour faire le tri
brûler, jeter, donner, oublier

et faire le départ
entre les lectures qui nous maintiennent dans les ténèbres
et celles, à la différence de l’amour,
qui sont plus fortes que la mort.


Phœnix n° 37 vient de paraître

PARLER AU PAPIER et toujours dans l’inachevé




Je me bats chaque jour -pacifiquement- avec mes pages d’écriture

	(différentes selon les formats de mes carnets, cahiers, 
livres mêmes sur lesquels dans les marges
j’écris)

Je parle comme disait Montaigne au papier
Ou, autrement dit,
Je confonds feuilles de l’être et feuilles de papier

Je voyage dans les mots que ne savais pas 
(cette nuit c’est berloque et talharpa)


Et me frotte aux passages qui me fécondent :
sur la mémoire et l’oubli,
la guerre et la paix,
la dispersion et l’identité,
les exercices de style
et le livre de l’intranquillité

Et toujours dans l’inachevé


Mardi 22 mars 2022


SUR LE PAPIER EN SILENCE





Sur le papier en silence
Sur les minuits passés de
deux Sur un air dans ma tête
(inventé Que nul ne sait)
Sur la nuit et sa béance
Sur E égal MC2
Sur ma plume qui s’entête
Sur Montaigne et ses Essais
Sur la montagne Sainte Geneviève
Sur le Panthéon de Soufflot
Sur le souffle de Voltaire et d’Hugo
Sur Jean-Jacques citoyen de Genève
Sur Jean Jacques dont le nom est Dorio
Sur le loriot et ses sept plumettes
Sur le carnaval de Rio
Sur la petite marchande d’allumettes
(Je laisse au lecteur le dernier mot)