PARLER AU PAPIER et toujours dans l’inachevé




Je me bats chaque jour -pacifiquement- avec mes pages d’écriture

	(différentes selon les formats de mes carnets, cahiers, 
livres mêmes sur lesquels dans les marges
j’écris)

Je parle comme disait Montaigne au papier
Ou, autrement dit,
Je confonds feuilles de l’être et feuilles de papier

Je voyage dans les mots que ne savais pas 
(cette nuit c’est berloque et talharpa)


Et me frotte aux passages qui me fécondent :
sur la mémoire et l’oubli,
la guerre et la paix,
la dispersion et l’identité,
les exercices de style
et le livre de l’intranquillité

Et toujours dans l’inachevé


Mardi 22 mars 2022


SUR LE PAPIER EN SILENCE





Sur le papier en silence
Sur les minuits passés de
deux Sur un air dans ma tête
(inventé Que nul ne sait)
Sur la nuit et sa béance
Sur E égal MC2
Sur ma plume qui s’entête
Sur Montaigne et ses Essais
Sur la montagne Sainte Geneviève
Sur le Panthéon de Soufflot
Sur le souffle de Voltaire et d’Hugo
Sur Jean-Jacques citoyen de Genève
Sur Jean Jacques dont le nom est Dorio
Sur le loriot et ses sept plumettes
Sur le carnaval de Rio
Sur la petite marchande d’allumettes
(Je laisse au lecteur le dernier mot)

UN TEXTE TISSÉ DE BELLE INSOMNIE

Le charme d’un texte
Tout une nuit d’insomnie
Taillée au crayon

Taillée au crayon
Qui trace sur le papier
Les mots de l’oubli

Les mots de l’oubli
Les maux que la mer efface
Mémoire pillée

Mémoire pillée
Souvenirs à pile ou face
Rimes des chansons

Rimes des chansons
Sur la mer recommencée
Chants et contrechants

Chants et contrechants
Sonorités du ressac
Entre deux silences

Entre deux silences
Bienfaits d’une longue trêve
Et du charme d’un texte

Le charme d’un texte
Tissé de belle insomnie
Clap de fin : JE T’RÊVE

CETTE LANGUE ÉCRITE





Cette langue écrite qui tamise, raffine, épure…
Nathalie Sarraute Les fruits d’or


Cette langue écrite qui se fraie (ou se fraye) un chemin de traverse dans le maquis du langage qui nous étouffe

Cette langue mon dieu auquel je ne crois qui dévie et jubile avec sa plume qui parle sans barguigner au papier

Cette langue écrite destinée aux lecteurs et lectrices solitaires qui la prolongent dans leur tête ou la recopient sur leurs carnets secrets

Cette langue miroir tendu par l’écrit sur cet écran qui incite les lecteurs et lectrices de passage à devenir les lecteurs d’eux-mêmes*


*Paul Ricœur


JE PARLE AU PAPIER DES IMAGES PLEIN LES YEUX





JE PARLE AU PAPIER
Et tu bois cet alcool brûlant comme ta vie
Guillaume Apollinaire


Pastis pastiche
Ivre de nos alcools
De vers brisés
Notre eau de vie

Patchwork in progress
Travaux en cours
Pièces tissées
D’instants précieux

Je parle au papier
Des images plein les yeux
Tropes héliotropes
Soleils des nuits éveillées

Je vois beau front
Doux vis*
Visage d’un virelai

Chanson nous entraînant
En d’autres jongleries


Eustache Deschamps  (1340-1404)




après le papier je parle à l’appareil enregistreur