DE COUPS EN COUPS : LA VIE EST UN COMBAT SINGULIER

Hay golpes en la vida ! Cesar Vallejo Los heraldos negros

Coup de raccroc, de Jarnac, coup sur le nez, la vie est un combat singulier. Coup de ha(z)ard (le jeu de dés), roulent les chiffres des casinos, rien ne va plus, les jeux sont faits. Coup malheureux sur le tapis, sur le billard des insomnies. Zéro, le chiffre te poursuit. Coup sur la tête du philosophe au marteau devenu fou en voyant un cheval mourir sous les coups de son cocher. Coup de tonnerre dans un ciel serein ; la guerre, que l’on croyait objet exclusif des historiens, reprend ce 24 février 2022 dans l’Ukraine pro-européenne que veut anéantir la puissance militaro-fasciste russe. Coup sur les rêves kantiens de Paix Universelle. Coup sur les signes ascendants de l’Utopie d’une poésie qui devait être faite par tous non par un. 1

Coup de raccroc : Juste ou faux par hasardLart ne me connait pas Je ne connais pas lart 2   Coup de Jarnac, coup dépée dun duel, porté à larrière du genou de son adversaire par Gut Chabot Saint Gelais, baron de Jarnac. Coup sur le nez à ne pas confondre avec avoir un coup dans le nez. Coup de al-azahar : le jeu de dés sur lequel était dessiné el azahar, la fleur doranger. Coup sur la suite dun texte tordu, touffu, écrit en lan soixante-sixième de mon âge, repris dix ans plus tard en tournant les feuillets blancs et noirs dun livre 3 voué à sa disparition.

1 Lautréamont 2 Tristan Corbière 3 JE T’RÊVE Editions Rafaël de Surtis Cordes/Ciel 2011)

https://www.leseditionsdunet.com/livre/un-dictionnaire-part-moi

ÂME EN PEINE

D’ailleurs, ne soyez pas offensée de ce que je dis de la Russie. Même en laissant de côté le point, trop long à discuter, de sa politique actuelle, vous savez que je resterai toujours fidèle à la Russie de Tolstoï, de Dostoïevski, de Borodine. lettre de Marcel Proust à Mme Scheikévitch

Âme en peine 
A trop de mou
Dans ses idées
Même en mai
Le temps du mu
Guet passe très mal
Cette année

Âme en peine
La coupe est pleine
Des vies brisées
Par la guerre livrée
Depuis son palais d’or
Par l’anachronique tsar
De toutes les Russies

Âme en peine pense :
J’avais entendu parler de guerre
Dans les romans
Ou les campagnes d’Austerlitz
Ou de Waterloo 1
Je l’avais contemplée dans les tableaux
De Picasso ou du douanier Rousseau

Âme en peine
A peine à concevoir
Que cet imaginaire
Est devenu l’horrible réalité

Le front couché sur son papier
Âme en peine boucle sa complainte
Nulle paix dans ses idées
Tant qu’il y aura la guerre

1 Brassens

16 mai 2020








TOUS CES MORTS INUTILES

Tous ces morts inutiles t’affaiblissent, car tu as part à l’Humanité entière.

Aussi n’envoie personne demander pour qui sonne le glas.

Car il sonne pour toi.

John Donne

Ça fait de plus en plus mal au ventre d’assister impuissant au massacre des Innocents sur la terre d’Ukraine,

De voir les gares, les théâtres, les écoles, les maisons et bâtiments, explosés par les missiles russes,

D’entendre les boniments du dictateur sanguinaire qui dans son bredouillement ubuesque se lave les mains de tout ce sang versé en vain.

Ça fait toujours mal au cœur. Mais c’est terrible, on s’habitue, on décroche, on voudrait tant qu’avec ce malheureux peuple martyrisé, on puisse passer à autre chose…

L’ART DE LA DESTRUCTION


Aucun pays n’a mieux maîtrisé l’art de la destruction de l’âme de ses citoyens que la Russie.

Joseph Brodsky 1


Les bonnes raisons de faire la guerre sont toujours mauvaises.

Dans la tête du petit fonctionnaire soviétique du KGB devenu Espion en Chef et Maître Sans Vergogne de la Russie,
C’était le moment de déclencher son « opération spéciale » : une bonne petite guerre pour purger les voisins ukrainiens de leur passion démocratique tournée vers l’Union Européenne.


Et à la fin, on éventre les immeubles, on détruit théâtres, hôpitaux et maternités, on affame et on prive d’eau les villes assiégés, on tue et massacre, et les enfants ont autant de valeur que des chiots que l’on jette à l’eau.


1 Joseph Brodsky (1940-1990)

Arrêté pour « parasitisme social », (lire : « activité d’un poète récalcitrant »).
Exfiltré aux Etats Unis, prix Nobel de Littérature en 1987.
 

Quel lecteur de poésie n’a pas gardé en mémoire le fameux dialogue, devant la cour, à Leningrad, entre le juge et Iossip Brodski, lors de son procès pour «fainéantise », « parasitisme » en octobre 1964 ? À la déclaration de Brodski, qui rappela qu’il était « poète, traducteur poète », le juge eut cette répartie : « Et qui t’a reconnu comme poète ? Qui t’a fait entrer dans les rangs des poètes ? » À quoi l’auteur des Collines répondit : « Personne. Et qui m’a fait entrer dans les rangs de l’espèce humaine ? »









CONTRE POUTINE IL FAUT Y ALLER FRANCO


J’aime la peur, je la vénère. Quand je suis avec elle, je n’ai pas peur !

Ossip Mandelstam
Poète sans bâillon
Que Staline fit taire
Cruellement

Peur des mots Mots interdits
Si tu dis à Moscou
Poutine fait la guerre !
Tu te retrouves au trou

Je me souviens de l’Espagne des sixties
Où dans les bars à tapas
Tu pouvais te marrer
Faire des blagues et le clown
À condition que ta langue ne fourche pas
Comme dans la Russie d’aujourd’hui
Il était interdit d’y aller franco

Estamos tocando el fondo
(Nous touchons le fond)
écrivait durant ces années de plomb
le poète Gabriel Celaya 1

En Russie je n’entends aujourd’hui
Que la voix d’Alexeï Navalny 2
Qui depuis sa geôle est capable de tirer à vue
sur le tsar de pacotille
détruisant l’Ukraine
et (à terme) son pays

1 La poesia es un arma cargada de futuro
(poème culte mis en musique
et chanté par Paco Ibañez)

2 Ne devenons pas une nation de sans-voix apeurés
Qui font semblant de ne pas voir la guerre brutale
Déclenchée par notre petit tsar
Complètement fou

Alexeï Navalny