COUPS DE CRAYONS DANS L’EAU





Ne chantez pas la Mort, c'est un sujet morbide
Le mot seul jette un froid, aussitôt qu'il est dit
Les gens du "show-business" vous prédiront le "bide"
C'est un sujet tabou... Pour poète maudit

Jean Roger Caussimon (musique de Ferré)

Coups de crayons dans l’eau
Dans l’eau de la claire fontaine
Fontaine à côté de qui
Je meurs de soif

La grande soif du pauvre Songe
Songe où s’abreuvent les cœurs purs
Les cœurs purs de Jean Roger Caussimon

Un poète camarade
Que je chante la nuit
Dans les caveaux
Où s’balade la Mort
Qu’il ne faut pas chanter



manuscrit orné d’un dessin dorio 23/11/2021

MOTS PRÉSENTS EN CE BOUQUET





Je dis : une fleur ! et hors de l’oubli où ma voix relègue aucune couleur, en tant que quelque chose d’autre que les calices sus, musicalement se lève, idée même et suave, l’absente de tous bouquets.

Mallarmé

Mot c’est presque mort
Air c’est un peu art
Un fourbis to be or not to be

Mort c’est presque mare
Art c’est un peu Pars !
C’est Dora Maar
La femme qui pleure
Pour ce cochon de Picasso

Moraine c’est presque ma reine
Mohair c’est un peu Hair
La scène où sur une bande-son rock and roll 
Faites l’amour pas la guerre

La guerre c’est une connerie
Rappelle-toi Barbara
Tout le barda tout le fourbis

To be or not to be

SOMMEIL

Ha ! Sommeil je t’entends, tu montres en ton silence
Que la mort, non pas toi, me doit fermer les yeux.
Etienne Durand (1586-1618)


Sommeil est un pays où l’on s’enfonce
sans coup férir 

C’est une succession d’images venue de souvenirs
Où se mêlent les personnages de nos lectures
Les fantômes de nos disparu.e.s
Les fragments de notre vie réelle revisitée

Sommeil est diaprure d’un roman de soi
Que Mort effacera


L’ÉTHIQUE D’UN POÈME

Os antiguos invocavam as Musas
Nós invocamo-nos a nós mesmos.

Alvaro de Campos alias Fernando Pessoa

Les Anciens invoquaient les Muses
Nous, c’est nous-mêmes que nous invoquons.


de la vie de la mort
de l’esprit et du corps
naissance d’un poème

de Rimbaud ma Bohème
un pied près de mon cœur

de Baudelaire aimer à loisir
au pays qui n’existe que sur la page
de l’Invitation au voyage

Aimer et mourir 
Subsumer notre mort
Dans la maison où souffle
L’Éthique d’un poème :

les mots pour le dire
le sujet et ses hétéronymes
le monde qui s’imagine




SONNET DE L’ÉTRANGER





Cette nuit maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas.

Albert Camus  (L’Étranger)





Plutôt que d’accepter le cours des événements

Je lis dans mon lit innocent

Cette nuit par exemple maman n’est pas morte

Devant son feu de cheminée.





Je lui ai dit dans mon rêve

Que j’allais lui ramener une orchidée en or.

Je lui ai dit de ne pas s’inquiéter.

Que le petit chat n’était pas mort.





Je lui ai dit que si la mort heureuse n’existait pas

Du moins le dernier livre que j’avais écrit

Lui ferait oublier la sienne.





– Et comment l’as-tu appelé, fils ? m’a-t-elle demandé.

L’étranger, maman.

L’extraordinaire étranger.