SALLE DES POÈMES PERDUS

Tu grignotes dans la nuit ce biscuit inactuel
que l’on appelle encor – semble-t-il ? – un poème

Avec la craie qui le traça sur le tableau noir
de l’enfance

Avec le stylo feutre fin qui enjambe
les ponts et les refrains présents

Avec tes doigts de vieux copiste
aimant les lettres illuminées

Ensuite c’est la grande inconnue
Dans les pas d’une voix
Qui n’y voit que du bleu

Salle des poèmes perdus


30 hypnographies sur fond bleu (scannées le 26 septembre 2022 à 01:38)

L’EMPLOI DU TEMPS DES NUITS

L’emploi du temps des nuits où nous veillons solitaires Chacun et chacune devant les rumeurs du monde les collectes de phrases les phares des calligraphes les encres et les couleurs projetés sur la toile les musiques tissant l’étoffe de nos rêves

Lemploi du temps à travers le temps présent où la foule est coupée de la voie des poèmes qui vont et viennent sur nos peines et nos joies les silences de tout ce qui est trop difficile en paroles

Lemploi du temps à lécart à lécoute de nos cocons de mots où lon puise lénergie qui font nos manuscrits toujours inachevés Ondulations arborescences brouillons épars sans ratures ni repentirs

Et tout le reste est littérature

Ainsi se termine la série commencée le 26 juin 2022 sous le titre POUR OUBLIER MAUX ET VIEILLESSE et terminée cette nuit du 17 septembre 2022

SONRIENTE PUDOR

LUnique en nous qui sait où il est ? Les cris, lécrit dun instant en suspens, en présence des quatre horizons et des cinq sens inapaisables. LUnique en nous qui se manifeste en un souffle de vent soudaine 1, la goualante dun gabian 2 des Martigues, linflexion des voix chères qui se sont tues. 3 Ce vers familier, « étrange » qui soudain pénètre notre vie présente, pour « Une minute déternité » Et maintenant cest sonriente pudor 5, traduisant le stoïcisme mélancolique dun auteur dramatique né « indien » (cest-à-dire dans les « Indes » du Mexique actuel). « Une pudeur souriante » qui occupe cet instant présent, marqué par le chant dun bouvreuil coloré sautant de branche à branche sur une haie de pittosporum. La voix de la factrice nommant ce retraité non factice, cet écrivant suspendu au désir et au plaisir délaborer au mieux, et dans un temps qui nest jamais compté, ces écrits paradoxaux quil se donne parfois lillusion dappeler « poèmes ».

1 Brassens (Dans leau de la claire fontaine) 2  Nom local du goéland. 3 Paul Verlaine Mon rêve familier 4 Jean Jacques Dorio Une minute déternité Librairie-Galerie Racine Paris 2008 5 Juan Ruiz de Alarcon (1581-1639)

https://www.leseditionsdunet.com/livre/un-dictionnaire-part-moi

DORIO JJ (un dictionnaire à part moi)

UN DICTIONNAIRE À PART MOI
Jean Jacques Dorio
Les Editions du Net

Le livre vient de paraître : il est disponible sur tous les sites internet de vente de livres (exemple La Fnac) et sur demande chez votre libraire 


Des fragments autobio-sémantiques, un abécédaire singulier où le plaisir de l'écriture ne nous quitte pas. On déambule aux détours des lettres et des mots et on découvre des alcôves lyriques, géographiques et poétiques. Prose ou poésie ? Abécédaire ou Autobiographie ? Provence ou Ariège? Tout n'est qu'hybridité pour le plus grand plaisir du lecteur. 

Camille Blancher  

DORIO JJ

Qu’importe mon nom or ou cuivre
Perle ou goutte d’eau dans la mer
Victor Hugo
 
La folle de Chaillot je ne sais plus qui c’est
Tayaut tayaut tayaut
Le roi de la Pampa ça je connais bien mieux
Queneau Queneau Queneau
Fabliaux sur les parvis poèmes in-folio
Mon dictionnaire de rimes ne connaît pas Dorio
Yoyo yoyo yoyo 

Mes poèmes ne racontent pas d’histoires,
mais mes histoires y figurent,
fragmentées, mouvantes,
miscellanées cousues d’un fil d’or (io),
que je m’efforce de rendre invisible.

voix Dorio JJ sur une musique de Gato Barbiéri « Le roi de la pampa »

SUR LE COURS MIRABEAU

J'ai souvent écrit sur le cours Mirabeau
Mais jamais à califourchon dans les platanes 1

J’ai écrit sur des ronds de bière
Et sur l’écorce des mêmes arbres

(et au retour dans l’atelier sur des planches
où j’avais passé préalablement le rabot)

J’ai écrit au célèbre café des 2 G
Mais jamais à mes chers G.Perec et G.Perros

J’ai écrit en haut du Cours au Roy René
Pour l’informer que les pigeons
Ornaient sa couronne de déjections

Mais il n’a pas compris 
Mon langage (trop) fleuri

Sous le pont Mirabeau coule la Seine
Sur le cours Mirabeau roulez poèmes


1	Pierre Lartigue (1936-2008)

voix jj dorio 7 juin 2022 4h00