SALLE DES MOTS PERDUS

Salle des pas perdus Traversée du désert
C’est un mauvais début « Ça va pas le faire »

Ou bien tout au contraire On va persévérer
E caddi como corpo morte cade 1
« Et tombé comme tombe un corps mort »
Le facétieux Groucho va nous relever
« Ou bien cet homme est mort
Ou bien ma montre est arrêtée »

Salle des mots perdus Au terme de tant d’années
Vouées à la recherche d’images pour les yeux,
Ou pour la voix qui répète ce vers mystérieux :
Sunt lacrymæ rerum et mentem mortalia tangunt 2

« Les larmes coulent au spectacle du monde
Le destin des mortels touche les cœurs »


1 Dante La Nouvelle Comédie 2 Virgile (son grand aîné)


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SONRIENTE PUDOR

LUnique en nous qui sait où il est ? Les cris, lécrit dun instant en suspens, en présence des quatre horizons et des cinq sens inapaisables. LUnique en nous qui se manifeste en un souffle de vent soudaine 1, la goualante dun gabian 2 des Martigues, linflexion des voix chères qui se sont tues. 3 Ce vers familier, « étrange » qui soudain pénètre notre vie présente, pour « Une minute déternité » Et maintenant cest sonriente pudor 5, traduisant le stoïcisme mélancolique dun auteur dramatique né « indien » (cest-à-dire dans les « Indes » du Mexique actuel). « Une pudeur souriante » qui occupe cet instant présent, marqué par le chant dun bouvreuil coloré sautant de branche à branche sur une haie de pittosporum. La voix de la factrice nommant ce retraité non factice, cet écrivant suspendu au désir et au plaisir délaborer au mieux, et dans un temps qui nest jamais compté, ces écrits paradoxaux quil se donne parfois lillusion dappeler « poèmes ».

1 Brassens (Dans leau de la claire fontaine) 2  Nom local du goéland. 3 Paul Verlaine Mon rêve familier 4 Jean Jacques Dorio Une minute déternité Librairie-Galerie Racine Paris 2008 5 Juan Ruiz de Alarcon (1581-1639)

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POCHE (un dictionnaire à part moi)

POCHE 

Dans ma poche il y a de petits morceaux d’argile de la Goajira Une indienne au visage peint en noir nous fit ces petites formes à tête d’oiseau Sans mains sans pieds Mais avec une assise callipyge

Il y a aussi ces fragments d’os de seiche recueillis sur notre plage de Fos que j’ai recouverts de signes que tu appelais mes chinoiseries et que j’ai baptisées hypnographies

Il y a tes dernières paroles que tu m’écrivis les yeux humides sur le canapé un matin de ce printemps maudit

Il y a tout ce que je suis en train de rassembler pour te reconstruire Et qui m’échappe à jamais

Dans ma poche Sur ma page Dans ma tête ouverte à tous les sens Et qui brise les cadres de ce pauvre petit texte Sans voix Sans toi

Une entrée sur 222 d’un dictionnaire à part moi

à commander chez son libraire ou à se procurer sur le site de l’éditeur

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Vénus Goajira qui me fut donnée en 1970 posée sur mes hypnographies

UNE VOIX


 
Ainsi, qu’il laisse un nom ou devienne anonyme, qu’il ajoute un terme au langage ou qu’il s’éteigne dans un soupir, de toute façon le poète disparaît, trahi par son propre murmure et rien ne reste après lui qu’une voix, -sans personne.
Jean Tardieu

La voix, il suffit qu’on l’écrive, pour qu’elle se mette à exister.
Une voix perdue, mais qui en douce, remue et entraîne ma plume (plumplum tralala)
Une voix retrouvée et qui prend la forme…qui nous reste habituellement invisible, celle du Temps. 1
Une voix venue d’Homère, le Père du Grand Récit : Conte-moi Muse l’aventure de l’Inventif  2
Une voix qui parle d’abord au papier avant d’être libérée par l’inflexion des voix chères qui (hélas) se sont tues 3
Une voix dont le souvenir à la couleur du sable qui s’écoule grain à grain
Une voix sans personne qu’affectionnait le poète Jean Tardieu
Une voix unique que l’on lit la nuit au lit : Ô lit heureux l’unique secrétaire de mon plaisir 4 )
Une voix qui crissait sur l’ardoise et son alphabet
Une voix enfantine dont j’ai perdu la clé
Une voix collective jouissive dans la rue et sur les murs du Grand Mai
Une voix étouffée par les mots de la tribu
Une voix en allée sur les lèvres des trépassés

1 Marcel Proust 2 L’Odyssée (traduction Philippe Jaccottet) 3 Paul Verlaine 4 Rémi Belleau 

une voix que l’on lit au lit

LA VOIX DE L’ORDI

Depuis quelque temps je soumets mes légers écrits à la voix artificielle qui sort de l’Ordi. Eh ! ma foi, elle s’en sort plutôt pas mal. Elle trébuche, bien sûr, ou se noie, dans mes textes toujours pas très catholiques. Mais dans l’ensemble -disons- j’apprécie son allant, son souffle, ses inflexions, et sa manière, toute féminine, de me réinventer. 

Martigues 23 mai 2022

LA VOIX DE L’ORDI