POUR FAIRE DE MON ROMAN UNE ŒUVRE D’ART OUBLIEZ SON TITRE 50, 51, 52





cinquante

UN ARTISTE DE LA CITATION  doit savoir trouver en elles des solutions pour toutes les circonstances

de sa vie. Et, en particulier, durant ces moments où il écrit des pages et des pages d’essais, de romans, de récits, de poèmes ou de rien du tout d’identifiable.

Ce sont nos arts d’échouage, où l’on se tient à ras du sol, pour avoir, en nos moments où l’on ne sait plus

bien qui l’on est, la sensation de survivre.

« Artista citador », je me laisse guider dans ta langue tras los montes, qui m’indique cette nuit comment être en paix avec nos morts. « Tener un encuentro a pie de tumba y en sigiloso monólogo poder decirles, con cariño, lo que tendría que haberles dicho en vida. »

(Rencontrer nos morts au pied de leurs tombes, pour, en toute discrétion, pouvoir leur dire, affectueusement, ce qu’on aurait dû leur dire de leur vivant ». (ma traduction)

italiques Enrique Vila-Matas (Esta bruma insensata)





cinquante-et-un

JE N’AI JAMAIS ÉT֤É UN FAN DE L’ESPRIT DE L’ESCALIER et d’ailleurs je serais bien en peine d’expliquer à un enfant de quoi il s’agit. Dernièrement me trouvant au Moma devant la mariée descendant l’escalier, j’ai lu, sur le cartel attenant au célèbre tableau, les recommandations du maître du Ready Made : pour faire de mon tableau une œuvre d’art oubliez son titre. Et entre parenthèse suivait la phrase fatidique : (à moins que vous n’ayez l’esprit de l’escalier.)

Quand je sortis du Museum of Modern Art, je pris un bus à étage, comme par défi, qui me conduisit vers Times Square, où cent mariées planant au-dessus d’un escalier me sautèrent aux yeux.





cinquante-deux

ÇA DEVAIT ARRIVER, les Exercices de style du bon Queneau, utilisés comme matériau de remploi, cent ans plus tard, par un romancier en manque de métalepses. Voilà donc que le type au long cou, « chapeau mou avec cordon remplaçant le ruban », descend de la plate-forme de l’autobus S, et se fait tout de go, écrabouiller par un tramway venant en sens inverse.

Il paraît que c’est arrivé à l’architecte de la Sagrada Familia, un jour qu’il rêvait, plans en main, devant son édifice, en construction perpétuelle. Mais, le récit se corse, quand on apprend que la victime se relève et proteste devant cette fin non prévu dans le cahier des charges de notre romancier Oulipien.

D’où la métalepse.

J’ÉCRIS opus 16





J’écris en catimini

J’écris à Cathy Taquité

J’écris pour lui expliquer

Que ma tactique était toc

J’écris de tics et de TOCS





J’écris en aparté

J’écris À l’Écart

dans la maison de Michel Butor

J’écris a parte

J’écris sur un papier bon public

J’écris en regardant Arte





J’écris en me souvenant des petits bonhommes de Folon

Qui ouvraient et clôturaient les programmes d’Antenne 2

J’écris comme ces drôles d’oiseaux

Portant chapeau sur la tête

J’écris d’abord dans ma tête

J’écris comme on parle au papier





J’écris de ma main gauche

(la plus gauche des deux)

J’écris Sauve qui peut

J’écris mais je ne m’enfuis pas

J’écris que je mourrai à Paris au cours d’une averse

Un jour dont déjà je me souviens





J’écris I Remember

J’écris de remembrances en remembrances

J’écris en brassant des souvenirs plus ou moins inventés

J’écris faux Narcisse et vrai…

(le mot me manque)





J’écris en état de frayage

J’écris en cherchant le chemin qui n’existe qu’en le frayant

J’écris sans routine ni brouillon

J’écris dans les parages

J’écris l’enrage (de l’écriture)

L’an rage (le mois de Mai de 68)





J’écris sur une table qui avant d’avoir été installée dans le salon

a voyagé dans un wagon parti de la Forêt Noire





J’écris sur de petits carreaux d’écolier

J’écris sur une seule face

J’écris pile poil après minuit

(sauf si je m’endors pour un premier somme autour de minuit)





J’écris en imitant mon écriture au tableau

Quand je l’enseignais au CP

J’écris à grands coups d’épées

Sur mon carnet de citations

J’écris sans mon Mont Blanc

Que m’avait offert Nadège

Et que j’ai perdu connement dans la neige





J’écris -vous l’aurez reconnu- en écoutant Nougaro (le mont blanc)

et Thelonius Monk  (Round Midnight)

J’écris en lisant Cesar Vallejo

(Me moriré a Paris con aguacero)

J’écris avec Boby Lapointe (Ta Cathy t’a quitté)

J’écris avec Montaigne (comme il parlait au papier)

J’écris vivant heureux en attendant la mort

(selon le dérisoire projet de Desproges)





J’écris vie critique,

tissée d’expériences multiples

J’écris Liberté


	

UN PETIT RAPPEL





Un petit rappel comme disent les alpinistes

assurant leurs doigts sur un petit bec de pierre





Un rappel qui n’en finit pas

après le concert

exécuté de main de maître

par tel ou telle virtuose du piano

ou de la viole de gambe





Rappels et variations

Répétions et citations

Présentes sur les partitions des musiciens

les improvisations ou les vers des poètes d’antan





De la musique avant toute chose

Et pour cela préfère l’impair





Un rappel des mémoires résistantes

Des poètes assassinés

Et des fusillés de l’an 44





Celui qui croyait au ciel

Celui qui n’y croyait pas





Italiques Verlaine, Aragon.

CARNETS DE MAUX ET DE RÉJOUISSANCES





Carnets de mots de poèmes initiés par des citations

Carnets de confusions

Bons à jeter

Mais on y tient on y revient

On relit ce qu’un autre soi-même a écrit

Il y a dix ans vingt ans

Trente ans…cinquante peut-être

N’en jetez plus !





Carnets de vie

Pas celle qu’on a vraiment vécue

Mais celle dont on se souvient

« pour la raconter »





Vivir par contarla

Titre choisi par Gabriel García Marquez

pour son livre autobiographique

La vida no es la que uno vivió, sino la que uno recuerda

y como la recuerda para contarla

« La vie n’est pas celle qu’un être a vécu,

mais celle dont un être se souvient,

pour la raconter. »





Carnets de maux et de réjouissances

Écrits qui nous laissent indifférents

Ou qui peuplent nos jours et nos nuits

de cent ans de solitude





Cien años de soledad GG Marquez

vivir para contarla vivre pour la raconter