J’ÉCRIS EN TRAÇANT DANS L’AIR LA LANGUE DES SIGNES

J’écris en levant les lièvres d’un gîte
Où La Fontaine songe : cet animal est triste
                                        et la crainte le ronge
 
J’écris en écoutant les quatuors de Beethoven
devenu à cette époque sourd, sourd sublime
 
J’écris en traçant dans l’air la langue des signes
J’ai l’air d’un idiot (d’un idiot inutile ?)
 
J’écris en posant des questions à mon lecteur futile
Fût-il pervers polymorphe ou slameur insigne
 
J’écris sur les nuages qui passent ici
Et sur les pavés que se passèrent de main en main
les petits gars et les jeunes filles de Mai 68
 
J’écris sur l’océan qui bouge depuis le premier bain
de vagues et de houles avant mes premiers vagissements
 
J’écris sur l’estuaire, exutoire d’un fleuve
Qui baigne mon poème mystérieusement
lecture par la voix féminine de l’ordi

IL FAUT ÉCRIRE ET LIRE SIMULTANÉMENT

Les phrases du texte signifient hic et nunc. Alors le texte « actualisé » trouve une ambiance et une audience ; il reprend son mouvement, intercepté et suspendu, de référence vers un monde et ses sujets. Ce monde c’est celui du lecteur ; ce sujet, c’est le lecteur lui-même. Paul Ricœur

Il faut écrire sans penser une seconde à être lu

Il faut lire comme si c’était nous qui avions écrit la page sous nos yeux

Il faut écrire et lire en simultané

Il faut s’amuser à écrire en secret sans amuser la galerie

Il faut continuer à écrire à sa Muse en allée comme si sa nuit définitive était un phénomène relevant de Fiction & Cie

Il faut lire demain dès l’aube en portant un bouquet de roses de la vie

Il faut écrire en retenant ses cris

Il faut lire en direct ephemeride.com : jeudi 7 juillet 2022 188° jour de l’année 177 restants 27° semaine nouvelle lune premier quartier

Il faut écrire « sans y penser » (ni vouloir le vouloir) un titre musical de Clément Janequin (1547)

Il faut lire dit-on les Pensées de M. Pascal sur la Religion et sur quelques autres sujets qui ont été trouvées après sa mort parmi ses papiers

Ou bien il faut écrire durant sa mort anthume sur des papiers qui fleurent bon l’éternité

Il faut lire tout et son contraire

Il faut écrire a contrario ce qui ne signifie en rien « au contraire »

Il faut lire ce qui précède comme un texte écrit par une personne dont la fable imite l’action (ou le contraire)

https://www.leseditionsdunet.com/livre/un-dictionnaire-part-moi

UN LECTEUR

Je suis un lecteur devant qui les livres sont simultanément ouverts 1

Je suis un lecteur qui pille et qui grapille
(avec deux p s’il vous plaît)

Je suis un lecteur de raisins verts et de raisons obscures

Je suis un lecteur hautement spécialisé en Fusions et Confusions

Je suis un lecteur sur pilotis qui écrit -je vous le donne en mille !- avec un pilot noir pointe fine

Je suis un lecteur qui confond dans un même vers Hugo, Baudelaire, Nerval, Verlaine
et Anna de Noailles

Je suis un lecteur peu recommandable


1 Paul Ricœur

PRUDEMMENT « caute » (reprise du poème 1)





Je reprends le poème
Mais c’est pas gagné

Je reprends le suspens
Prudemment caute

Je n’ai nulle envie
De me faire spoiler

Je reprends Je reprise
Je refais une blague

À la page vierge
Au lecteur hypothétique

Je refais le coup
Non de l’hypocrite lecteur baudelairien
(mon semblable mon frère)

Mais du lecteur blasonné…
Fol lunatique Fol erratique
(…par Rabelais)

C’est peut-être pas la forme olympique
Mais cette reprise m’a donné des idées

(Prudemment Caute)*



*c’est dans le sceau de Spinoza qu’on peut lire cette devise latine 




UN DIALOGUE INTÉRIEUR PEUT EN CACHER UN AUTRE

Nous survenons en quelque sorte, au beau milieu d’une conversation qui est déjà commencée et dans laquelle nous essayons de nous orienter afin de pouvoir à notre tour y apporter notre contribution. Paul Ricœur





– Je te remercie de bien vouloir continuer à répondre à mes questions sur ce dialogue intérieur que nul ne lit.

– Mais c’est le concept non ?

– Je sais bien mais quand même il arrive que des journaux intimes soient édités.

– Journaux faussement intimes. En revanche pour nous deux, tu es bien placé pour le savoir, il s’agit de véritables dialogues intérieurs.

– Tu peux en donner une preuve au lecteur ?

– Bien sûr, quand nos dialogues intérieurs feront l’objet d’un livre, il serait inconcevable qu’un autre que toi m’interroge pour en parler à la télévision.





Dialogues intérieurs XXI