LA FLAMME VACILLANTE DES POÈTES DE L’EXIL





E qualquer margem serve
Para receber o lamento
Que não cabe no papel

Nuno Júdice (1949-   )

Et il est une marge qui sert
à accueilir le lamento
qui déborde du papier

(ma traduction)


Le poème évoque les poètes de l’exil
-littéralement hors sol-
Le poète cite Ovide, Dante, Camões
(beaucoup de noms, reconnaît-il, lui échappent)

Je songe à Clément Marot
Poète non pareil
Auteur de grandes merveilles
Dont le catholicisme fanatique
Eut la peau

Y sueño a Antonio Machado
Qué con facilidad
Confundia Belleza y Bondad 1

La nuit quand les mots traversent plus aisément l’Esprit
L’esprit de résistance pour celui qui maintient en lui
La flamme vacillante de la poésie

1 Et je songe à Antonio Machado
Qui, naturellement, fusionnait en lui,
Beauté et Bonté. 


flammes vacillantes hypnographies Dorio 18/12/2021

COMME LA RUE MON ROMAN EST À TOUT LE MONDE 32, 33, 34





trente-deux

LA RUE EST À TOUT LE MONDE, la poésie, « à la rue », n’est plus à personne. Ses voix se sont taries.

Mais (disons), on ne va pas en faire tout un poème. En effet, cette « voix sans personne », c’est une longue histoire. C’est Ulysse, dans l’Odyssée, c’est Pessoa (« personne » en portugais), navigant dans le desassossego, le livre de l’Intranquillité, et Jean Tardieu, le fleuve caché de tous mes poèmes.

« La rue est à tout le monde, reprenais-je, en donnant à ces mots un sens différent… »

Et puis comme ça fait du bien de passer ses belles nuits d’insomnie à lire et à recopier – comme si on en était l’inventeur – ses (ces) bagatelles proustiennes…Ces figures du sommeil où l’ « on imagine en dormant de se multiplier dans le passé »… C’est comme s’endormir « à la bonne étoile » et retrouver au matin, comme par miracle, et sans trop y croire « la durée infinie de ce qui est »*

*Isabelle Eberhardt





 trente-trois

UN COURRIEL À JO.L.

Ma chère Jo.L.,

Depuis que tu m’as laissé « à disposition » ton nouvel opus – ce livre de 427 pages – sur une table imaginaire d’un salon d’écrivain.e.s de plein air, il semble que malgré ma promesse de « m’y atteler » et d’en rendre compte, d’une manière ou d’une autre, il semble que je l’ai abandonné par d’infinies digressions qui semblent « noyer le poisson ». Mais, je te l’assure, rien de plus faux.

Pour preuve les pages 213 et 214 – oui le livre en sa moitié – que j’ai sous les yeux, et qui ont provoqué mon désir de cet email de rappel. C’est un passage, t’en souviens-tu, où tu donnes la parole à une petite fille qui porte, « un sac à dos violet sur lequel est écrit : Je pense donc je suis. »

J’espère, ma chère auteure, que toute équivoque est levée et que tu es rassurée.

Fidèlement

JJ D’OR

(Réponse désabusée ou ironique de Jo.L. « Tu parles Charles !)

la petite fille en question existe dans le roman de Lise Charles : « La Demoiselle à cœur ouvert »





trente-quatre

ENTRE MAFALDA ET MAROT

C’est vraiment un plaisir d’écrire en vis-à-vis d’un livre imaginaire que personne n’a jamais lu. Mais qui existe. Je lis la page 333, où la narratrice découvre à l’intérieur d’une bande dessinée (Mafalda de Quino « qui vient de nous quitter » ce 30 septembre 2020), la narratrice, donc, découvre le journal intime de sa fille qui vient d’entrer en 6°.

Ça me rappelle que pour chacune de mes filles (elles sont deux), j’avais, d’un commun accord familial, choisi d’être leur prof de français. (En 6°, et 5°, tant qu’à faire.) Maintenant qu’elles voguent entre trente et quarantaine, je songe qu’elles pourraient m’écrire enfin, puiser dans leurs mémoires involontaires, ce qu’elles ont vécu, retenu, pensé.

La narratrice de la page 333, elle, n’enseigne pas au collège, mais est maîtresse assistante, dans une université fantôme. C’est une spécialiste des épîtres, l’écriture épistolaire entre poètes du XVI°, qui en firent les premiers recueils imprimés de l’histoire de la poésie française.

Le titre de son étude, « qui vient de sortir », je vous le donne en mille :

La plume en l’absence.*

*Pauline Dorio (Droz) 2020


	

J’ÉCRIS opus 13





J’écris de bric et de troc
de titres de romans édités par Balland
le Seuil Albin Michel
Minuit et Calmann-Lévy

J’écris pour calmer l’ardeur à rechercher
L’homme à tête d’oiseaux, 
La femme Schibboletch,
L’enfant des grandes lessives

J’écris sans réveil, montre,
monstres marquant le temps des horloges
et qui font sommeiller la raison

J’écris d’un seul coup d’un seul
ou par à coups :
arrêts plus ou moins longs,
points morts et reprises

J’écris depuis peu aussi sur l’application Samsung Notes de mon smartphone,
premier texte devant l’exposition Zao Wou-Ki, à l’hôtel Caumont d’Aix en Provence :

l’animal l’animot le torrent de coulures les pattes de la lune la tête de Michaux […] bateau ivre à la Sainte Victoire le pin palpite sur la montagne de Cézanne saisie par un calligraphe octogénaire qui livre sans le savoir son dernier combat […]

J’écris conscient que moi aussi un jour ou plutôt une nuit je perdrais définitivement la voie

J’écris avec mon stylo fétiche V5 hi-tecpoint réfractaire à l’invention du baron Bic

J’écris ornithorynque pour voir ce que ça va donner sur le papier
(les internautes recherchent aussi échidnés, monotrème, wombat, castor, koala…)

J’écris « bec de canard cousu sur la fourrure d’un animal », comme l’écrivirent les scientifiques anglais découvrant le dessin du premier ornithorynque rencontré en Tasmanie, croyant qu’il s’agissait d’un canular

J’écris sans prétention aucune : orgueil, vanité, amour-propre, suffisance (je recopie lintern@ute)

J’écris pourtant comme s’il s’agissait de petits secrets échangés à la récré avec les élèves Perec, Montaigne, Mallarmé

J’écris imaginant les lettres échangées entre eux

J’écris à Jean Jacques Dorio comme si je m’appelais Marot

J’écris de haut en bas et quand j’ai atteint le bas, je referme les yeux et rêve de Rio de Janeiro































 




LA GAULEUSE DE VOIX

Gauler des noix comme des voix

qui tombent

une à une

Qu’y a-t-il à l’intérieur d’une voix ?

Allons racontez-moi…





Mais avant de me raconter

Posez s’il vous plaît la faux sur vos genoux

Vous l’avez bien assez aiguisée comme ça

C’est le soir

La gauleuse de noix ne viendra plus

Allons dites-moi tout…





De l’autrefois et de l’aujourd’hui

Du bon vivant et de l’endeuillé

De la faucheuse que vous avez égarée

En lui donnant un de vos hétéronymes





Je m’appelle Clément

Lui avez-vous dit

Clément Marot

Celui pour qui

La mort n’y mord