AU RYTHME DU CINÉMA MUET





Rythme poétique et saccadé
(comme au cinéma muet)

Tentative de déchiffrer l’informulé
(selon Charles Baudelaire)

Images fantasques passées comme le couteau
(sans manche auquel il manque la lame) 1
à la meule à eau symbolique

Images forgées par mes chers amis Montaigne et Brassens
Pour essayer d’oublier leurs coliques néphrétiques

(pour Georges soudain la lune écoute aux portes 2
et c’est vivre à propos qui importe à Michel)

Le reste de mon propos manque…
(ou c’est, qu’à la lettre, il s’est volatilisé)

1 Lichtemberg  2  un roman de Brassens autoédité à 50 exemplaires en 1947

IL Y A HASARD ET HASARD

composition manuscrit hypnographies dorio dessin « cadavre exquis  » des surréalistes à Marseille en 1940-1941

Après que le pas a été ouvert à l’esprit, j’ai trouvé comme il advient ordinairement, que nous avions pris pour un exercice malaisé et d’un rare sujet, ce qui ne l’est aucunement.  Michel de Montaigne (Des vaines subtilités)





Il y a hasard et hasard

et je n’écris pas ça

par hasard





je jette les dés

je sors les mots

de mon chapeau

j’oublie ce que je vais dire

je frotte mon stylo feutre

sur le grain de folie

de ce papier d’artiste





Il y a hasard et hasard

et j’écris ça

par hasard





j’en fais don

aux enfants

joyeux joyeux

innocents et sans

arrière-pensées





j’en fais don

aux patients

et aux obstinés

qui ouvrent le pas

à la liberté incertaine

mais exaltante

des exercices artistiques

propres à notre Esprit


	

J’ÉCRIS opus 8









J’écris à deux heures du matin

Ces neuf syllabes

Qui à présent sont vingt





J’écris aux anges et aux démons

Qui sur le papier s’affrontent





J’écris à l’éternelle amour

Que le chevalier Gauvain porte

Aux jeunes filles en détresse





J’écris harponné par Achab

Non le roi maudit d’Israël

Mais le chasseur ardent de Melville





J’écris à la campagne et à la ville

Faisant de Moby Dick

L’allégorie de mes nuits blanches





J’écris aux cinq doigts de la main

Aux six faces du dé

Aux 7 jours de la semaine

Qui évoquent la Genèse





J’écris à la suite d’Arthur

Ce chant qui au bois vous arrête

Et vous fait rougir





J’écris Donne-moi ta bouche

O ma jolie fraise





J’écris on ne peut mieux

De l’utile et de l’honnête

Ces fadaises qui parlant au papier

Échappent à Montaigne





J’écris Jeunesse

juventud divino tesoro

à n’en plus finir





J’écris en vain à la princesse des contes

Où l’espoir est plus léger qu’un brin de paille dans l’étable





J’écris croisant Darío (Ruben)

Quand il veut pleurer il ne pleure

Et il pleure sans le souhaiter





J’écris comme dans la vie se superposent bien des formes de discours





J’écris Sur la route dans le souffle du blues

et du rouge mis au studio d’enregistrement

d’une interminable Jam Session





J’écris la nuit comme il se doit

Au doigt mouillé et à l’oreille…

Jusqu’au petit matin





Italiques Paul Fort Montaigne Ruben Dario Verlaine Kerouac

S’il est impossible de voir « un kangourou tourner un moulin à café », il est encore possible de lire « la chanson du jardinier fou »









S’il est impossible de voir un kangourou tourner un moulin à café, il est encore possible de lire la chanson du jardinier fou, imaginée par Lewis Carroll et traduite de l’angliche.

S’il est impossibled’entendre la voix de Montaigne enregistrée sur bande magnétique, il est encore possible de le lire comme s’il parlait au papier.

S’il est impossible de sauver la planète bleue, il est encore possible de la peindre en vert.

S’il est impossible d’assister à son enterrement, il est encore possible d’en faire une répétition en invitant la fanfare des Quatr’z’arts.

S’il est impossible d’ouvrir la lame du couteau auquel il manque le manche, il est encore possible chaque dimanche d’offrir des roses blanches à sa jolie maman.

S’il est impossible que mes morts hâblent, il est encore possible, en utilisant une rime équivoquée,  d’écrire cet aphorisme mémorable.

S’il est impossible de coucher son malheur sur un cahier d’écolier, il est encore possible de se coucher bonne heure à la Recherche du temps perdu.


	

ET LE RIRE ALORS ?





– Et le rire alors ?

– Ah ! l’humour toujours l’humour !

– Tu as toujours aimé « badiner », non ?

– Oui. C’était une tradition dans mon village,

quand on croisait quelqu’un on avait un mot pour la blague.

– Et ça marchait ?

– Oh pas toujours. Certains prenaient mal la plaisanterie.

Ils craignaient de devenir la risée du village,

le badin de la farce.

– Encore une « farciçure » de Gascon, non ?

– Oui, un farcis aux petits oignons de notre cher Montaigne.          





    

Dialogues intérieurs IV