MA SEMBLANCE





J’ai écrit sur tout et sur rien 
bien avant de t’avoir connue

Mais après ta mort
qui m’a laissé sur le c.
(pardon mon amour pour « le gros mot » suggéré)
Écrire pour continuer à vivre
est devenu mon viatique
 ma p’tite folie 

Plus que jamais 
et dans la nuit
Je forge à ma manière ces Essais
Nés pour Montaigne aussi
de la mort de son ami La Boétie

Celui qui, à ma connaissance,
fut le seul vivant à appeler son épouse 
ma semblance

Plus que jamais
Mes paroles ont semblance
d’un homme qui sème
sur un chemin 
voué à l’effacement


UN TEMPS SANS MONTRE





J’ay un dictionnaire tout à part moi
Je passe le temps…quand il est mauvais et incommode
Quand il est bon je ne veux le passer
Je m’y tiens
Montaigne

Je vis un temps sans montre
Montre au poignet
Et montre comme on dit « il s’exhibe » 
« Il se montre »

Je vis dans la durée vécue du maintenant,
Dans les livres (ma patrie)
Dans l’Histoire et ma micro-histoire
(qui me fait vivre le temps présent comme l’avenir du passé)
Dans l’écriture
(antidote à une identité figée)

Je vis Mes humanités contrariées
Par les ravages de la modernité,
Dont le consumérisme effréné
Est le symbole

Je vis en retrait
Cultivant l’anticonformisme
…et la convivialité


AU RYTHME DU CINÉMA MUET





Rythme poétique et saccadé
(comme au cinéma muet)

Tentative de déchiffrer l’informulé
(selon Charles Baudelaire)

Images fantasques passées comme le couteau
(sans manche auquel il manque la lame) 1
à la meule à eau symbolique

Images forgées par mes chers amis Montaigne et Brassens
Pour essayer d’oublier leurs coliques néphrétiques

(pour Georges soudain la lune écoute aux portes 2
et c’est vivre à propos qui importe à Michel)

Le reste de mon propos manque…
(ou c’est, qu’à la lettre, il s’est volatilisé)

1 Lichtemberg  2  un roman de Brassens autoédité à 50 exemplaires en 1947

IL Y A HASARD ET HASARD

composition manuscrit hypnographies dorio dessin « cadavre exquis  » des surréalistes à Marseille en 1940-1941

Après que le pas a été ouvert à l’esprit, j’ai trouvé comme il advient ordinairement, que nous avions pris pour un exercice malaisé et d’un rare sujet, ce qui ne l’est aucunement.  Michel de Montaigne (Des vaines subtilités)





Il y a hasard et hasard

et je n’écris pas ça

par hasard





je jette les dés

je sors les mots

de mon chapeau

j’oublie ce que je vais dire

je frotte mon stylo feutre

sur le grain de folie

de ce papier d’artiste





Il y a hasard et hasard

et j’écris ça

par hasard





j’en fais don

aux enfants

joyeux joyeux

innocents et sans

arrière-pensées





j’en fais don

aux patients

et aux obstinés

qui ouvrent le pas

à la liberté incertaine

mais exaltante

des exercices artistiques

propres à notre Esprit


	

J’ÉCRIS opus 8









J’écris à deux heures du matin

Ces neuf syllabes

Qui à présent sont vingt





J’écris aux anges et aux démons

Qui sur le papier s’affrontent





J’écris à l’éternelle amour

Que le chevalier Gauvain porte

Aux jeunes filles en détresse





J’écris harponné par Achab

Non le roi maudit d’Israël

Mais le chasseur ardent de Melville





J’écris à la campagne et à la ville

Faisant de Moby Dick

L’allégorie de mes nuits blanches





J’écris aux cinq doigts de la main

Aux six faces du dé

Aux 7 jours de la semaine

Qui évoquent la Genèse





J’écris à la suite d’Arthur

Ce chant qui au bois vous arrête

Et vous fait rougir





J’écris Donne-moi ta bouche

O ma jolie fraise





J’écris on ne peut mieux

De l’utile et de l’honnête

Ces fadaises qui parlant au papier

Échappent à Montaigne





J’écris Jeunesse

juventud divino tesoro

à n’en plus finir





J’écris en vain à la princesse des contes

Où l’espoir est plus léger qu’un brin de paille dans l’étable





J’écris croisant Darío (Ruben)

Quand il veut pleurer il ne pleure

Et il pleure sans le souhaiter





J’écris comme dans la vie se superposent bien des formes de discours





J’écris Sur la route dans le souffle du blues

et du rouge mis au studio d’enregistrement

d’une interminable Jam Session





J’écris la nuit comme il se doit

Au doigt mouillé et à l’oreille…

Jusqu’au petit matin





Italiques Paul Fort Montaigne Ruben Dario Verlaine Kerouac