ESSAIM D’ABEILLES IVRES DE MAI 68

C’ÉTAIT LE TEMPS DE TOUS ET DE DÉGUN

J’ai fait Mai à ma main m’a dit l’O.S. sur la chaîne arrêtée de chez Citroën

5  C’ÉTAIT LE TEMPS DES BAGNOLES qui sortaient à la chaîne des usines où l’on chronométrait les cadences C’était le temps de De Gaulle qui sortait son képi sur le chef - Alors on ne salue plus mon Général disaient les sales moineaux de la chienlit ? C’était le temps des barriques et des barricades Des assemblages de pavés de grilles et d’arbres de la ville C’était le temps des déesses ces ouatures sans essence qu’on poussait à la fin des fins sur le Boulmich et qui prendraient feu entourées de clameurs et de dialogues enflammés C’était le temps des mégaphones et du boucan des grenades dans les transistors où l’on collait l’oreille l’esgourde la portugaise ensablée sous les pavés C’était les pendants d’oreilles du temps des cerises Pendant que l’on écrivait sur les murs Faites l’amour pas la guerre C’était le temps d’Ulysse l’inventif déclamant l’Odyssée du quartier latin C’était le temps où tout le monde était personne et toute personne Dégun  Dégun à Marseille c’est Personne
voix jj dorio 04/03/2022

LIBÉREZ LA POÉSIE

ESSAIM D’ABEILLES IVRES DE MAI 68

La poésie n’est pas un genre littéraire, mais une activité.
 Une œuvre poétique est constituée essentiellement d’illuminations.

3  LIBÉREZ LES PRISONNIERS qui sont en vous Libérez nos camarades Libérez les cris gorgés de vie Libérez vos coups de faux sur l’herbe farouche aux cent sales mouches 1 Libérez les crs de la Sorbonne Libérez les citations des guillemets Libérez l’éclair de la nuit noire Libérez la poésie du quotidien Libérez la poésie de ceux qui lisent les yeux fermés Libérez la poésie des Odyssées et des Iliades à larmes blanches Libérez vos Arabesques et vos Gymnopédies sur le clavier des 88 notes et des 68 vœux des fraternisations Libérez le mois de Mai de 68

1 Rimbaud

voix jj dorio

LES MUSES DE MAI 68

En Mai 68 on a pris la parole comme on a pris la Bastille en 1789.
Michel de Certeau



2  DU COUP AVEC LES MUSES DE MAI qui ont quitté la scène depuis 68 On renaît par milliers dans la besace des commémorations décennales On nous avait bien caché les ouvrières et les ouvriers On travaille à feu continu…nos ulcères fleurissent chante Colette Magny pour ceux et celles de la Rodia Du coup on est tombé sur un o.s. qui en avait assez au premier chef des chefaillons Du coup à force d’entendre Devos répéter son sketch à quand les vacances à Caen les vacances Ça a mis la puce à l’oreille des ouvriers spécialisés de quelques usines du Calvados Du coup répétition générale anticipée entre crosses et grenades CRS face aux mutins caennais Du coup et blessures après la répression-répression on entend une voix qui donne le titre au film de Chris Marker et qui annonce la couleur du cinéma effervescent de Mai : À BIENTÔT J’ESPÈRE 



voix jj dorio

ESSAIM D’ABEILLES IVRES DE MAI 68

DIOGÈNE
Joyeux jubilatoire effervescent vibratoire rieur moqueur coloré insolent les yeux bleuis par les lacrymogènes
Un Diogène pluriel et singulier comme un autre soi-même ses petites lubies perso envolées en ces temps hors temps
d’une métaphysique de l’instant un chahut un chalut une balade joycienne 
dans la brèche ouverte par Mai 68
JJD


 1 ON PROCLAME ON ACCABLE et l’on hue la bourgeoise hi hi hi C’est la mort du père Ubu /bu bu bu   On promet on démet et l’on crie Philosophie Philosophie de la misère Misère de la philosophie /fi fi fi  On godille et rame sur l’arbre mort des vieilles toupies /pi pi pi  On manifeste et l’on ébranle le grand palais du résident de l’Élysée On s’insinue et l’on squeeze la cohérence interne et le rire des dieux On explore la Constellation du Chien et le champ sémantique de la Révolution La mimesis la catharsis le simulacre de tous les carnavals de Rabelais On marche on souffle on siffle le temps des cerises les merles moqueurs et l’essaim des abeilles ivres de créativité

voix Mai 68 fragment 1

DOUCE FRANCE REVISITÉE





-et dans ton rêve que cherchais-tu alors ?
-…la Douce France
- et ?
- et justement je ne savais ce que le terme recouvrait…

-la chanson de Trénet peut-être ?
- non je n’étais pas vêtu d’une blouse noire
et nulle réminiscence platonicienne n’était à l’œuvre

-ta Douce France n’était-ce pas le nom de cette claveciniste
qui jouait à merveille les barricades mystérieuses 1
-belle hypothèse
maintenant que tu l’évoques j’ai connu une douce France
qui jouait de l’épinette
et qui après les événements de Mai 68
descendit en Ariège pour vivre en communauté

-en Art Y Ai-je gagné merveilles des chemins de traverses
et d’errances
(je me souviens c’était un de tes chants naguère)

-oui un antidote à la France Rance
des discours moisis de l’an quarante
que des voix chevrotantes tentent de rétablir aujourd’hui

En regardant vers le pays de France
Paix est trésor qu’on ne peut trop louer
Je hais guerre point ne la doit priser
C’est Douce France que mon cœur doit aimer

Charles d’Orléans