QUAND PEU À PEU ON QUITTE BIEN MALGRÉ SOI LE PARADIS DE SA BIBLIOTHÈQUE

JE LIS JE LISAIS JE NE LIS PLUS

Les vrais paradis qui existent sont ceux que lon a perdus

Marcel Proust

Je lis des livres en entier, des sagas, des sagaies plantées dans les faux souvenirs dun danseur balinais, dun chasseur de baleines à qui il manque un pied Je lis les livres dhommes remarquables terrassés par lennui de se répéter Je lis des femmes qui de leur vie vivante furent dillustres inconnues dans lombre de leur mari et que la postérité encense Je lis des livres en miroir pour tenter de voir ce quil y a sous leurs mots Je lis des livres de Zygomars qui gloussent et pouffent vouant un culte à leur zygomatiques Je lis des livres de boniments blablas baratins verbiages absent on ne sait pourquoi de tous les dictionnaires de citations (sauf le mien tenu secret dans un application de mon ordinateur) Je lis des livres sur le café dont celui du professeur Dac qui démontre bol à lappui que si on en donnait à boire aux vaches « on trairait du café au lait »

Je lisais des livres au café mais cétait avant la pandémie Je lus aussi au cinéma une unique fois pendant la projection de La chinoise prélude à Mai 68 côté Mao Je lisais nolens volens des livres de poésie mais depuis quils ont disparu du « Monde des Livres » jai jugé bon de men délivrer Je lisais aussi en public en sortant dune librairie à la plage sur un banc public (banc public) dans le métro (boulot dodo) au bar du PMU (en attendant la course du tiercé changée en quinté +) à lécole des écoliers puis de ceux qui en rendant leur tablier gris revêtent leur tenue professorale Et enfin je lisais déjà bébé sur les lèvres de ma mère lOye et les volutes de fumée de mon papa Pipu

Mais c’est fini depuis que je fais partie de la liste des disparus je n’ai plus accès au paradis de ma bibliothèque je ne lis plus

https://www.leseditionsdunet.com/livre/un-dictionnaire-part-moi

ma mère dans ton ventre déjà









ma mère

dans ton ventre déjà

j’inventais des roses

avec des crayons de toutes les couleurs

et des aquarelles

dans lesquelles tu me baignais

ma mère

à l’abri du monde violent

de l’Histoire des années 40

dans ta grotte Chauvet de l’enfance première

j’écoutais les pulsations de ton sang

et les musiques du Grand Récit

JE N’AI JAMAIS VU PHÈDRE

Je n’ai jamais vu Phèdre




Je n’ai jamais vu Phèdre de Jean Racine mais j’en ai lu les 1654 alexandrins

Je n’ai jamais dit Crénom de dieu mais je l’écris ce soir et j’ajoute de mémoire :

Ceux qui disent Cré Nom, ceux qui disent macache…écrit par cet ado insolent

qui visait ainsi les Soldats…débris d’empire…retraités (sic)

Je n’ai jamais au grand jamais mis un képi sur ma caboche

Mais j’ai souvent donné Quartier libre à mes petits collégiens

Qui laissant le képi dans la cage laissaient un oiseau des îles gazouiller sur leur tête

Je n’ai jamais bu une absinthe au Moulin de la Galette avec Amedeo Modigliani,

mais j’ai souvent vu affiché la reproduction de son Grand nu

dans les turnes des copains de fac de Toulouse

Je n’ai jamais eu de petit âne gris ni d’étable pleine de brebis et d’agneaux,

mais j’ai souvent chanté m’accompagnant sur ma guitare cette histoire qu’on m’a racontée

Je n’ai jamais été capable de faire un travail au crochet, mais ma mère si,

Elle y excellait et me fit un béret mauve et une pièce patchwork bariolée

Je n’ai jamais croisé le fer avec un représentant du Roi ou de Dieu mais le faire ne m’aurait pas déplu

Je n’ai jamais…





Avec Racine, Rimbaud, Prévert, Modigliani, Hugues Auffray…et ma maman.

UNE FOIS N’EST PAS COUTUME





Une fois n’est pas coutume

La nuit ne m’a pas donné son poème rituel

La page au réveil me reluque

et demande son dû

Mais je n’ai que ces mots de travers

a lui donner comme perruque





(C’est un peu comme la chanson

Que l’artiste doit ajouter

Pour que son album

Tienne la distance)





Une fois n’est pas coutume

La brume l’écume la plume

écrit machinalement ses rimes

L’expression (répétée) vient de ma mère

Qui me disait aussi

« Chante chante petit oiseau ! »

C’était pour dire qu’elle ne croyait pas

En mes sornettes

Nous en riions bien sûr





Il pleut il pleut bergère !

La page qui a eu son dû

À présent me libère





une fois n’est pas coutume : voix

30/01/2021

*

MIDI EN PLEIN MINUIT





En pleine nuit midi

J’écris d’un coup de tête

Sorti du ventre de ma mère





En pleine nuit

Je dis oc

Ma langue d’origine





J’écris dans le sillage de Peire Vidal

Le nom porté par ma branche maternelle

Je forge ce poème maladroit

Mais vivant et têtu

Dans ce verbe trobar

Qui célébrait les Dames

et l’amour de Courtoisie





En pleine nuit midi

Ses douze coups

Qui vibrent dans la tête

D’un troubadour perdu





09/01/2021