LE TEMPS L’AMOUR L’ASCÈSE

Depuis le temps qu’on les écrit
Jour après jour et chaque nuit
C’est comme une douce habitude

Les lignes s’enchaînent ou s’arrêtent
Des fois ça peut durer deux jours
C’est comme une lettre d’amour
Avec des vers formant l’épître

Les mots sautent comme cabris
Mais faut les passer à la forme
Et à la fin recopier
Avec ses douas sur le clavier

On hésit’encor tant c’est balaise
De nommer : le temps l’amour l’ascèse



LA POÉSIE ET LES MOTS DE LA TRIBU

          
Poésie : un arc un souffle une voix
Un rien de rien un battement d’exil        
Jamais assez de ses blessures et de ses joies
De son temps qui n’est pas celui du calendrier
et ne s’inscrit sur aucun  écran d’ordinateur            
         
Elle procède par bonds et par replis
Les semelles de vent Le coude sur la table
                     
Innocente mendiante pauvre première venue
C’est pourtant l’humaine mesure
dans le monde délabré d’aujourd’hui 
            
Paroles dorées paroles timides paroles des places
où elle donne du sens aux mots de la tribu
la mort l’amour la liberté  

CHANSON D’AUTOMNE ET DE FIDÉLITÉ

Oh ! l’automne l’automne a fait mourir l’été


Guillaume Apollinaire

Je pense donc je suis n’est pas ma tasse de thé
Je pense au petit café où nous avions rendez-vous
Je pense au jukebox et au citron pressé
Je pense à nos têtes qui tournaient
Aux sons de mon manège à moi
Je pense aux flonflons de la fête
Et aux toiles de Manet
Je pense aux froufrous de ta robe soie
Ce 22 septembre où pour toi je chantonne
Cette chanson d’amour et de fidélité


sur mon cahier d’écolier un dessin du 27 mars 1972

QUE RESTE-T-IL DE NOS AMOURS DE LA POÉSIE ?

La « quête » de ce que lon a perdu, ou bien la « crainte ». On hésite en lisant ce manuscrit aux vers raturés, supprimés ou réécrits. Le thème en est cette chanson écrite au mitan de la guerre et qui manifeste, pour filer la métaphore, une belle résistance : Que reste-t-il de nos amours ?   Cest la quête de ce qui fut et de ce qui aurait pu être : Baisers volés, rêves mouvants. Baisers volés dans la paille dun grenier qui excitait nos sens premiers. (Les cris aigus dune fille chatouillée.)  

Rêves mouvants que génèrent ces voix séculaires, « littéralement et dans tous les sens. »

Au mitan de la guerre, « dans le mitant du lit, la rivière est profonde » de nos chanceuses vies ou de nos morts subites. « (Ce) long abus de la littérature », faisant écho au dernier vers mémorable de Verlaine sur son « Art poétique ». Mais, ici, modestement mais fermement, cest le vers premier que l’on veut rappeler : De la musique avant toute chose, car il faut craindre que la méconnaissance de tout art poétique, rende vaine la quête de ce quon a perdu, lamour des formes et toutes les nuances de mots où lindécis au précis se joint.

Avec Charles Trénet (Que reste-t-il de nos amours ? 1942) Paul Verlaine (Art poétique), cette « tant belle fille » Aux marches du palais, et quelques autres faiseurs de poésies.

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J’ouvre la fenêtre et laisse entrer quelques instants

la fraîcheur après un orage

sur la passe maritime

Un poème nouveau m’attend

dans sa discontinuité essentielle

et son essai de recomposition

L’éclair d’un geste

Qui ouvre sans le vouloir

La porte de ce poème

Comme un éventail

AMOUR AMOR

Je ne sais pas ce que tu sais
Tu sais je n’ai pas oublié
Les mots doux que tu me disais
La mort n’est rien la vie est tout

Tu ne sais plus ce que je sais
Cinq ans déjà que se sont éteintes
Les lumières de tes pensées
Les saveurs d’exister

La joie de nous entendre
Chanter cette rengaine
Sur le sable et la mer
Toujours recommencée

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Je poste mon poème du jour à 3h35. Il s’intitule Amor. C’est une entrée de mon livre qui vient de paraître « un dictionnaire à part moi « . A 3h36, la fenêtre de mon blog m’informe de mon premier lecteur : il vit au Cameroun !