CHANSON D’AUTOMNE ET DE FIDÉLITÉ

Oh ! l’automne l’automne a fait mourir l’été


Guillaume Apollinaire

Je pense donc je suis n’est pas ma tasse de thé
Je pense au petit café où nous avions rendez-vous
Je pense au jukebox et au citron pressé
Je pense à nos têtes qui tournaient
Aux sons de mon manège à moi
Je pense aux flonflons de la fête
Et aux toiles de Manet
Je pense aux froufrous de ta robe soie
Ce 22 septembre où pour toi je chantonne
Cette chanson d’amour et de fidélité


sur mon cahier d’écolier un dessin du 27 mars 1972

QUE RESTE-T-IL DE NOS AMOURS DE LA POÉSIE ?

La « quête » de ce que lon a perdu, ou bien la « crainte ». On hésite en lisant ce manuscrit aux vers raturés, supprimés ou réécrits. Le thème en est cette chanson écrite au mitan de la guerre et qui manifeste, pour filer la métaphore, une belle résistance : Que reste-t-il de nos amours ?   Cest la quête de ce qui fut et de ce qui aurait pu être : Baisers volés, rêves mouvants. Baisers volés dans la paille dun grenier qui excitait nos sens premiers. (Les cris aigus dune fille chatouillée.)  

Rêves mouvants que génèrent ces voix séculaires, « littéralement et dans tous les sens. »

Au mitan de la guerre, « dans le mitant du lit, la rivière est profonde » de nos chanceuses vies ou de nos morts subites. « (Ce) long abus de la littérature », faisant écho au dernier vers mémorable de Verlaine sur son « Art poétique ». Mais, ici, modestement mais fermement, cest le vers premier que l’on veut rappeler : De la musique avant toute chose, car il faut craindre que la méconnaissance de tout art poétique, rende vaine la quête de ce quon a perdu, lamour des formes et toutes les nuances de mots où lindécis au précis se joint.

Avec Charles Trénet (Que reste-t-il de nos amours ? 1942) Paul Verlaine (Art poétique), cette « tant belle fille » Aux marches du palais, et quelques autres faiseurs de poésies.

https://www.leseditionsdunet.com/livre/un-dictionnaire-part-moi

J’ouvre la fenêtre et laisse entrer quelques instants

la fraîcheur après un orage

sur la passe maritime

Un poème nouveau m’attend

dans sa discontinuité essentielle

et son essai de recomposition

L’éclair d’un geste

Qui ouvre sans le vouloir

La porte de ce poème

Comme un éventail

AMOUR AMOR

Je ne sais pas ce que tu sais
Tu sais je n’ai pas oublié
Les mots doux que tu me disais
La mort n’est rien la vie est tout

Tu ne sais plus ce que je sais
Cinq ans déjà que se sont éteintes
Les lumières de tes pensées
Les saveurs d’exister

La joie de nous entendre
Chanter cette rengaine
Sur le sable et la mer
Toujours recommencée

https://www.leseditionsdunet.com/livre/un-dictionnaire-part-moi

Je poste mon poème du jour à 3h35. Il s’intitule Amor. C’est une entrée de mon livre qui vient de paraître « un dictionnaire à part moi « . A 3h36, la fenêtre de mon blog m’informe de mon premier lecteur : il vit au Cameroun !

LA MAIN FRATERNELLE DE L’HUMOUR ET L’AMOUR DES CITATIONS

La politesse de l’humour
L’humour proche de l’amour
L’amour de la discrétion
La discrétion qui peut à la longue verser dans la résignation
La résignation de l’à-quoi-bon
À quoi bon tendre la main fraternelle de l’humour
à ceux qui sont plus manchots que les pingouins 1
Les pingouins qui selon Wikipédia désignent des hommes 
vêtus d’un complet noir et d’une chemise blanche
ou d’un smoking
Veste à carreaux ou bien smoking 
Un portefeuille dans la tête
Chemise en soie pour les meetings
Déjà voûté par les courbettes
C’est l’homme
L’homme ironique de Léo Ferré lié à une sorte de désespoir 
Le désespoir de Françoise la servante au grand cœur
« au sourire noir et gluant » parce que chassée par la Mère poule
de la chambre  du narrateur d’À la Recherche du temps perdu
Perdu pour perdu 
Pratiquant à contre-poil la figure de l’épanorthose 2
(ça ça vous épate bien un peu, non ?)
Un peu de citations en trompe l’œil
Qui se mordent la queue
La queue coupée du chien d’Alcibiade
L’ami de Socrate à la laideur charmante
Telle ces petites figurines que l’on appelait dans l’Antiquité les Silènes :
vue de l’extérieur elles représentaient un joueur de flûte grotesque
mais à l’intérieur était cachée la figure d’une divinité
Divine Muse qui accompagne ceux qui aiment
l’allure poétique : à sauts et à gambades
et surtout ajoutait Montaigne en vers latin d’Horace
Divine Muse et toi Divin Apollon
Accordez-moi de jouir (…) d’une santé robuste
Avec toutes mes facultés intellectuelles
Accordez-moi de ne pas traîner une vieillesse honteuse
Et privée de la Lyre

encre de Chine sur toile blanche 60×80 cm dorio 15 juin 2022

FLAMBÉE BAROQUE

Je regardais une flambée brûler d’un seul coup un roman que j’avais mis des millions de minutes à écrire.

Marcel Proust


Baroque sérieux et parodique
J’ajoute ici ma part modique
Celle d’un pauvre extravagant
Foufou toctoc éternel errant

Dans son petit canton imparfait
Chaque matin il retire les cendres
(de la précédente journée)
Dresse une brassée de petit bois mort
Et met à jour ses flammes poémiques

Un peu de miel issue de cendres
Un amour follet traduit à mort (d’amor)
Et pensées plus légères que violons ailés 1

1	Luis de Góngora

une voix sans personne soutenue par Miles Davis