CIEL BLEU CIEL NOIR

Gracias a la vida
Que me ha dado tanto
Me ha dado la risa
Y me ha dado el llanto

Violeta Parra

Merci la Vie
Qui tant me donna
Me donna Fou Rire
Et me donna Pleurs Amers

ma traduction



Le ciel est d’un bleu qui jubile
écrivit en dix-neuf cent vingt
Madame Anna de Noailles

C’était après quatre ans de guerre
Affreuse, atroce, infâme, terrible.
Un temps où par milliers
Les morts ont tué les vivants

Ce vers de la très chère amie de Marcel Proust
Que j’interprète ici
à l’inverse de la formule optimiste
comme
La mort est plus forte que l’amour

C’est ce que démontrent hélas
tous les tyrans rouges ou blancs
les autocrates les dictateurs
Et aujourd’hui l’horrible Poutine
le sacrificateur
qui tel cet obscur général franquiste
crie dans un stade rempli de figurants
Vive la mort !

Le ciel est d’un noir indélébile















EN TEMPS DE GUERRE ÉCRIRE EN PAIX ?

Lire écrire en paix
À l’écart des destins obscurs
Sans défaillance sans remords Anna de Noailles

Laisser trace d’une ivresse
Pour ne pas sentir l’horrible fardeau du Temps Baudelaire
Pour témoigner de ces instants précieux
Rares courts éphémères insoucieux

Ces droits infinis de protéger
Et de bercer l’enfance de l’art
De la mort qui mord
Les civils suppliciés
Par le Russe meurtrier


Lire écrire en paix
Comme au fond des ténèbres
Ressentir ce chant funèbre
Où l’Amour ne peut rien
Contre la détresse
De mourir en une guerre
Absurde Injuste Barbare
Insensée

Martigues en Provence 19 mars 2022


Encre Acrylique 40x50 cm Dorio 18/03/2022

ESSAIS





COMMENCER

Emportez-moi dans une douce caravelle.  Henri Michaux

Commencer, recommencer sans cesse…et poursuivre ses commencements qui n’en finissent pas. Et surtout ne pas s’embarquer sur les flots plus ou moins déchaînés pour, dès les premiers cahots, abandonner sa barque (caravelle disait l’autre), naviguer au mieux, chalouper…quitte à se louper. Mais on aura fait dans un état second son Essai, sa tentative inaboutie, inachevée…et à la moindre occasion, à recommencer. 

ISOLEMENT

Je n’ai pas recherché l’isolement, mais je l’ai subi, après la mort trop tôt venue de mon épouse, ma semblance. Subi, mais sans me plaindre, et au contraire, par une force insoupçonnée, tâcher d’en tirer profit. Isolé et fréquentant à distance esprits vigoureux et réglés 1 autant que ce raisonné dérèglement de tous les sens. 2.

1 Montaigne 2 Rimbaud

L’AMOUR

L’amour, cette unique passion qui me tienne en haleine, me met en mesure d’être vigilant, m’oblige à sobriété, à prendre soin de ma personne, à faire de l’écriture une grâce, me protège des grimaces difformes et pitoyables de Vieillesse, m’encourage aux études, aux recherches, aux lectures, ôtant à mon esprit le triste deuil de mon amie, en le raccointant (le reliant intimement) à ce soi-même (comme un autre), marque de fabrique de ceux qui étant nés à la société et à l’amitié, ont cette sensibilité qui leur permet de se couler dans la vie d’autrui, le semblable et le différent.      

Une écriture réactualisée de Montaigne mon ami le plus sûr avec une touche de Paul Ricœur



CHANTS D’HIVER FIN D’ANNÉE





Trois poèmes embrouillés
Chants d’hiver Fin de l’année
Ne leur jetez pas d’anathèmes
Faites plutôt grandir leurs thèmes :

Ne pas vieillir
Ne pas haïr
Et toujours à contre-courant
Dire ses quatre vérités

1

Comme pour s’empêcher de vieillir
Troubadour chantait à sa dame Amour
Mais par crainte de se faire occire
Le nom de sa dona restait secret

(C’était comme une énigme
Proche du chant des Sirènes
Qui perdait les navigateurs
Exceptés ceux dont les oreilles 
Sentaient la cire)

Comme pour m’empêcher de vieillir
Je prose ces vers maladroits
Pour celle qui me fit connaître la Joie
Et qui cent fois hélas
N’est plus 

2

Même Juive ou Sarrazine
Un vers traduit de la langue d’oc
Dit bien que le désir
Transcende les préjugés

Ab atraich d’amor doussana
Par l’attrait de douce amour
La plume d’un troubadour
Élève la voix vers la beauté
À contre-courant des malédictions
Sources des guerres de religions

3

Chant d’amour pareil au cœur d’un jeune enfant
Qui attend pour s’endormir
Le baiser de Maman

Chant de mort
La douleur sans espoir que nul ne peut conter

Et toi ô cher Esprit
Tu chantes l’un et l’autre
Joie et Tristesse Tristesse et Joie