ON PEUT TOUJOURS RÊVER

lecture à haute voix d’un rêveur qui s’efforce de rester éveillé

On peut toujours rêver sur les rives de la mer noire sur les pages blanches d’un certain Monsieur Plume sur les rêves éveillés d’un autre que soi qui aurait pour nom Ovide ou Michaux

On peut toujours faire abondance d’images orageuses de propos de tavernes et de chercheurs d’étoiles qui peignent les comètes

On peut faire d’écriture mouvement et méditation sur le monde sans fin sur la langue que tel un fourmilier du grand llano l’on déplie sur le soi dont l’assise est à réinventer

On peut toujours faire l’écart de côté d’un haïku débridé être grenouille libellule papillon qui rêve de Tchouang Tseu faire plouf comme dans la cour d’une école où l’on jouait aux barres à la marelle et à passez pompom les carillons

On peut toujours ouvrir les portes ou les fermer être cette persona non grata dans la cité du poison des publicités

On peut toujours rêver avec Métis la Ruse avec Mathis et Alice les enfants de nos filles qui furent elles aussi enfants avant que d’être mères

On peut toujours se baigner dans les prophéties d’un vieil héros de l’Odyssée qu’aucun prétendant n’apprécie

On peut toujours boucler cette correspondance d’un autre âge en évoquant l’enfance de l’Art et les tables tournantes de personnages de romans qui alimentent nos belles rêveries

1° juillet 2022

https://www.leseditionsdunet.com/livre/un-dictionnaire-part-moi

LA MAIN SECONDE

…effleurer et pincer par la tête ou par les pieds tantôt un auteur, tantôt un autre ;
nullement pour former mes opinions ;
mais pour les assister piéç'a (depuis longtemps) formées,
seconder et servir.
Michel de Montaigne

Vivre de peu de chose
Accoudé au balcon de sa nuit sauvage 1

Vivre de ces citations glanées
par un guetteur placé à la plus haute cime 2
Celle où il s’interdit de tourner son regard
vers la mer 
cet horrible papier de verre
qui gratte les rochers,
les corps et les âmes 3

Laisser courir cette plume d’un pays inconnu
Qui décortique chaque voyelle de son nom interdit 4 

Vivre de ces images innocentes, imprévues,
puisées dans des livres absents depuis belle lurette
de  toute librairie…


La main seconde est une étude sur les citations d’Antoine Compagnon
1 Julien Gracq (nom de plume) 1910-2007 2 Hubert Juin (nom de plume) 1926-1987 3 Jean Giono (1895-1970) 4 Paol Keineg (1944-    ) 







SOMMEIL

Ha ! Sommeil je t’entends, tu montres en ton silence
Que la mort, non pas toi, me doit fermer les yeux.
Etienne Durand (1586-1618)


Sommeil est un pays où l’on s’enfonce
sans coup férir 

C’est une succession d’images venue de souvenirs
Où se mêlent les personnages de nos lectures
Les fantômes de nos disparu.e.s
Les fragments de notre vie réelle revisitée

Sommeil est diaprure d’un roman de soi
Que Mort effacera


POÈME D’ÉCHOUAGE





Poème perdu dans l’entre-soi
Dans l’entresol de nos pensées

Poème tissé dans la soie
Reflet de nos impensés

Poème tu qui nous échappe
Et nous prive d’images

Poème d’échouage

Poème qui joue à s’écarquer
À s’écarter de nos stridences

Poème de nos lyres arquées
De danses en contredanses

Poème des nymphes divinisées
Courant nos livres de sable

Poème mort qui resurgit
Dans le corps d’une initiée

Poème qui échoue sur
Une grève oubliée


Poème de partage






poème d’échouage

POÈMES ENTERRÉS





Tous mes derniers poèmes sont ratés

Ou plutôt selon l’expression à la mode

Ils ont des trous dans la raquette.





La raquette en l’occurrence c’est la page

sur laquelle, entre deux silences,

je distille en toute innocence

les mots de la tribu des poètes disparus.

Dilués et perdus dans des lignes sans fin

en lutte avec le sens, l’image, l’aporie.





Tous mes derniers poèmes sont à enterrer,

à déposer dans le carré de mon jardin

prévu à cet effet.

« Afin que quelqu’un d’autre puisse les reprendre un jour »

Ou jamais.





source :

À la fin d’une histoire le conteur africain appuie la paume de la main

contre la terre en disant :

« Je dépose ici mon histoire »

Puis après un silence, il ajoute la formule qui clôt ce poème.





tous mes derniers poèmes sont ratés