MÉFIEZ-VOUS DES ROSES NOIRES

MÉFIEZ-VOUS DES ROSES NOIRES proclame Robert Le Diable qui écrivit sous le nom de Desnos en 1933 La complainte de Fantômas en vingt six dizains de sept pieds a/b/b/a/c/c Les roses noires n’existent pas Nature ne sait pas faire synthèse de pigments noirs (fût-ce en Turquie où naquit la légende sous le nom de Rose Siyah Gül) Méfiez-vous des veuves noires Il en sort une langueur Épuisante et l’on en meurt La mariée était en noir drame et fil policier sortit en avril 68 avant la marée de Mai des drapeaux noirs Truffaut le jardinier vous propose des vidéos conseils pour prendre soin de vos fleurs de saison : dipladémia, géranium, pensées, œillet, dahlias Truffaut François le réalisateur  adapta le roman Série Noire de William Irish The Bride Wore Black en tordant le scénario du côté de chez l’oncle Alfred (Hitchcock) avec qui il était en train de faire un livre d’entretien Fantômas pour y revenir fit les délices de la Rose Rouge le cabaret germanopratin Les méfaits de notre étrangleur en frac suscita un enthousiasme de cris d’horreurs de croucs-clouic, cric-crac Queneau prenant le relais de son copain Desnos couronna ainsi le tout L’oiseau cru fait cui-cui L’oiseau cuit ne le fait plus

RECOMMENCER TOUJOURS RECOMMENCER

RECOMMENCER TOUJOURS RECOMMENCER Il faut être fou pour croire qu’on peut passer ses nuits à réparer la prose du monde à le recoudre à croire que l’on va rapprocher celui que l’on avait imaginé avec celui que l’on se met en quête d’écrire sur une carte dorée Recommencer de saturer son espace des mots amour, art, bibliothèque, citations, corps, dictionnaire, enfance, esprit, guerre, hamac, hasard, hypnographie, inachevé, jardin, langue, lecteur, lettre, liberté, lignes, lèvres, livres, monde, poème, rêve, temps, texte, vers, vie Comme un vacillement de termes frôlant la fatrasie, l’anachronisme, le caractère purement scriptural de la réalité, sa proésie Je recommence et je redis tout autrement cet « inconscient structuré comme un langage » proféré du haut de sa chaire par le maître de l’esbrouffe pour lui préférer un dessin de Reiser de la même époque genre Gros Déguelasse Recommencer d’apparier les couples magiques sens et son, són y danzón, points et contrepoints, feux et contre-feux De quoi naviguer et divaguer sur la barque de la chanson du Malaimé Sur les écarts et variations de nos complaintes fortunées Écoutez faites silence la joyeuse énumération qui aimante jusqu’au bout ma chanson

NUITS INVENTIVES

IL EST DES NUITS PLUS INVENTIVES QUE D’AUTRES Allez savoir pourquoi C’est comme des voix intérieures qui prennent l’accent de tel ou tel comédien (cette nuit celle de Roger Blin qui dialogue avec Delphine Seyrig, la comédienne) Il est des nuits où mon encre à micro-pigments résistant à l’eau court la page dorée avec le stylo pointe fine qui a la qualité de l’archive, C’est comme une fugue radiophonique enregistrée le 5 mai 1966 et diffusée trois jours après Tu seras seul au monde avec ta voix Il n’y aura au monde d’autre voix que la tienne * C’est comme la voix que je lançais au printemps 1978 du haut du théâtre d’Épidaure La voix qui descendait vers toi mon amoureuse qui me faisait de grands gestes au centre de la scène Toi dont le cœur n’est plus que cendres et qui aurait tant aimé partager le secret de cette nuit trop inventive * Voix de Delphine Seyrig jouant Ada dans Cendres de Samuel Beckett

PREMIÈRE PROSE DE NUIT SUR UNE CARTE DORÉE

écrit tel quel sur une carte dorée 10,5×21 cm 30/01/2023

JE BOIS LA NUIT Je me réveille Je bois l’encre sur cette carte dorée J’entends les cris d’une dramatique radiophonique les bruitages qui accompagnaient la gloire de mon père que j’écoutais religieusement après souper dans la cuisine avec mes parents Je bois la voix de Jean Tardieu qui entouré de poètes et comédiens  créa le club d’essai le 24 mars 1946, pile poil un an après ma naissance J’entends et je récite à nouveau dans ses sept dimensions La môme Néant (« voix de marionnette, voix de fausset, aiguë, nasillarde, cassante, caquetante, édentée ») Je bois rebois deux gouttes d’eau quand bien même tant que vyvrai j’aurai toujours soif d’un peu de nuit de radio et de l’inflexion des voix chères qui se sont tues

TROIS FRAGMENTS À PART MOI

662 L’AVENIR DE LA POÉSIE Si j’ai confiance en l’avenir de la poésie (alors que son présent est absent de tout bouquet médiatique), c’est parce qu’il est des émotions, je le sais, que seul un poème peut offrir par ses moyens spécifiques.

663 LA PAGE D’APRÈS Tu n’y penses pas C’est celle-ci l’unique qu’il s’agit de tracer Arracher son chiendent ou ensemencer Guetter le gibier l’oreille aux aguets Et la main qui improvise au risque de la rater La cible de cette page qui –vaille que vaille – cicatrice ou matrice, est terminée.

664 JE ME SOUVIENS de ce prof de philo, dont j’ai oublié le nom à jamais, qui, dans l’amphi de la fac des Lettres, rue Albert Lautman à Toulouse, mimait en les disant les dialogues socratiques, particulièrement celui du sophiste Calliclès, avec la jouissance d’une parole issue des risibles amours de l’ironie.

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