POUR MÉMOIRE 61/65

Oublier le temps

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Je me souviens de temps en temps qu’il faudrait que je relise quelques histoires de La vie mode d’emploi.

Une lecture plus attentive de ces vies imaginaires permettrait sans doute d’en détecter les clés…G.P.

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Je me souviens de mon petit vélo rouge d’enfant que je rangeais la nuit dans l’étable à côté de la maie des cochons (toute la différence avec « le petit vélo à guidon chromé au fond de la cour » de Georges Perec)

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Je me souviens de ma première bagnole, une deuch bleue associée aux gauloises bleues que nous fumions comme des perdus

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Je me souviens aussi de la Terre est bleue comme une orange, mais la suite que je relis ce soir, ne me donne plus à chanter

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Je me souviens de Si sta facendo sempre più tarde (Il se fait tard, de plus en plus tard) « Entre temps la vie s’est écoulée, on ne peut plus la rattraper » me confie Antonio Tabucchi

MAI 68 ce commencement qui n’en finit pas

26/68

LES DIMANCHES DE MAI 68

En Mai chaque jour fut un dimanche

Rires fraternels galettes de rois

Nos reines étaient endimanchées

Leur jupe à ras l’bonbon

Flower Power contre baïonnette au canon

Ce fut la vie jouissive d’une épiphanie

Dont les cendres pour les derniers fervents

Ne s’éteindront qu’à leur disparition

DEUX PEINTRES ET LEURS TOILES courriels 83

COURRIELS

Ici, l’échange de courriels est imaginaire. Mais non leurs auteurs : le lecteur est invité à chercher leur nom et à apprécier leur ping-pong verbal qui relève de l’entreglose et des anachronismes propres à la prolifique  » bibliothèque de Babel. »

Et, naturellement, si un lecteur inspiré ajoutait un troisième courriel aux deux présents, ce serait, pour l’auteur de cette petite série, gratifiant et inespéré.

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J.B. à G.S.

En vérité nous avons l’impression de construire la toile, de la « créer », alors que c’est elle qui nous construit et qui nous crée.

Si nous y mettons tant d’acharnement et d’amour, est-ce parce que c’est notre image qu’à longueur de vie nous nous efforçons de discerner dans l’eau mouvante du tableau ?

G.S à  J.B.

Le réel c’est ce que je n’avais pas vu avant et qui brusquement apparaît sous le pinceau ou le crayon. Le réel est pour moi la révélation, une forme, un signe que je ne connaissais pas. Recommencer éternellement la même toile, s’imiter soi-même c’est déjà la mort. Le réel c’est la toile que je ferai demain.

.

J.B. (21 décembre 1904-4 mars 2001)

G.S. 11 février 1909-5 mai 1984)

J.B. Lune et oiseau de nuit 1947 130×97 cm

G.S. Arlequin 1948 73×50 cm

DISPARITIONS XV ROGER CAILLOIS

DISPARITIONS

« L’écriture a cette vertu de nous faire exister quand nous n’existons plus pour personne. »
Georges Perros

AVANT LIRE

Les fragments en italique sont des paroles reprises aux disparus, puisées dans leur œuvre et particulièrement de ce qui tend à se dérober au public, après tant d’années.

Les citations d’autres auteurs sont mises entre guillemets.
Le reste — bifurcations, rebonds à sauts et à gambades, ajouts , accords et désaccords, sont de mon cru.


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Le jour de sa disparition, le 21 décembre 1978, on pouvait lire sur le journal du soir :

ROGER MUNIER, PHILOSOPHE ET POÈTE DE L’ÉVEIL

À la question :  » Êtes-vous ce que vous faites ? « , Roger Munier répond dans son dernier ouvrage, le Contour, l’Éclat.  » Pas de façon constante – qui pourrait y prétendre ? Mais au sommet, sans doute. Et le sommet est de l’ordre de l’instant qui exhausse et valide le reste du temps. « 

UN CRISTAL DANS LA NUIT

Roger Caillois, de l’Académie française, est mort le 21 décembre à Paris des suites d’une hémorragie cérébrale. Il était âgé de soixante-cinq ans. Normalien, agrégé de grammaire, sociologue, haut fonctionnaire de l’UNESCO, essayiste encyclopédique, il a publié une trentaine d’ouvrages allant de la littérature sud-américaine, qu’il a introduite en France, à la sociologie du sacré, l’art poétique et la contemplation des pierres, sa passion. Mieux connue à l’étranger qu’en France, son œuvre constitue une tentative exceptionnelle de la pensée moderne pour rapprocher et percer les mystères de l’univers, sans renier l’héritage de la raison ni l’art du langage clair.

MA VIE À MOI

Ma vie à moi

À toi à tu

Ma vie parlée

Et ma vie tue

.

Ma vie sans moi

Ah! Quel beau titre

Ma vie dans une figue

Une  noix

Une figure de style

.

Ma vie de passager

D’une poésie clandestine

Ma vie devant soi

Selon Ajar

Pseudo Gary

.

Ma vie de bâtons

Et de lettres

Reposant

Au père Lachaise

.

Ma vie et toi

Ma conscience

Ma vie latente

Dans mon subconscient

.

Ma vie s’en va

De vieilles lunes

En soleils noirs

De rimes croisant

Des contre rimes

Ma vie s’en va

Sans pairs

Ni hoirs