LANGUE À L’AFFÛT

Langue à l’affût lançons-nous sur la page matériau matériel maquarel (le doux juron toulousain) Langue de paroles couchées sur mon beau papier cartonné eh eh eh Eh ! le cœur bat encor Ankhor heureux que le temple khmer soit déserté depuis l’épidémie du Covid par la meute vociférante des touristes en rut Langue en alerte maximum préférant aux cataractes du Nil ou du Congo la petite rivière des Panarés amérindiens qu’ils me font traverser éternellement sur leur barque taillée dans un seul arbre mythique Langue de P. chantée par la malicieuse et si regrettée Anne Sylvestre : Mais cinq minutes de langue de pute C’est fou le bien que ça nous fait En cinq minutes on exécute Tous les amis, les faux les vrais Langue transcrite de fil en aiguille comme les dames et demoiselles Kuna cousant le monde et leurs molas -Molakana- Langue qui rame et qui cane qui tire sa langue de chien enragé de chien Ferré : À mes compaings du pain rassis À ceux qui gerçaient leur chemise au givre des Pernods-Minuit Langue cachée et qui chuchote Langue occitane interdite à l’école d’une République fréquentée par mon papa pupille de la Nation (il connut la double peine, né en 1912, son père fut tué au front au début de la guerre de 14, et dès qu’il entra en classe son « patois » des fermes et des collines fut interdit) Mais aussi mais quand même Langue Libérée dans ce voyage des formes hors-norme où l’esprit souffle, souffle et souffre, soufre et feu, air et terre, sol, soleil des solitudes, nuit étoilée sur ma toile où mélangeant lumière et ténèbres, monde d’ici et monde Autre…je shamanise.

https://www.leseditionsdunet.com/livre/un-dictionnaire-part-moi

MOLA prisée et reprisée l’Unique offerte par mon ami Michel Perrin dont on peut lire l’ouvrage d’art et de mythes (Tableaux Kuna Arthaud 1998)

CRÉER SA PROPRE LANGUE

Créer sa propre langue c’est un truc de fou ça…de fou de littérature parti en des contrées indéterminées…des années durant nourrissant en secret ses nuits de mille et une pages…qu’il brûle la journée suivante…jusqu’au jour (une nuit magique) où la langue unique et singulière prend…sur un premier cahier que l’on nomme roman du côté de chez Swann…ou bien poèmes faisant bouquets de fleurs du mal…lors les phrases en prose ou les antiphrases écrites en vers…prennent leur envol créant la propre langue de ce forçat d’une écriture…qui bat et rebat les cartes d’un je multiple…jugé par les premiers critiques qui n’ont jamais lu rien de tel…de folie pure…

MA FEMME





Ma femme à la chevelure de feu de bois
André Breton 1896-1966)

Ma femme de Mai 68
à la langue jouissive des mots des murs 
à la chevelure de sable sous les pavés
aux yeux de grenades éclatées

Ma femme à la bouche de mûres et de réglisse
au visage de madone baroque
aux lèvres d’un livre ouvert sur les promesses de l’aube
aux oreilles de mistral et de tramontane

Ma femme aux seins de mailles à partir
au nombril de voie lactée
au sexe de phénix et d’hirondelle
aux paroles de perles d’oursines

Ma femme sans fin
Aux mille couleurs d’éternité

ma femme (avec la voix de Nina Simone)

J’ÉCRIS opus 5

J’écris primo d’un murmure, secundo de lectures, tertio de figures, quarto d’une collection imprimée sur un papier de faible grammage.

J’écris sans mentir, ni ramage, ni plumage, ni vieillesse ennemie.

J’écris excentré mais non excentrique, loin des centres culturels où le commerce de ses consommateurs tel sur le papier qu’à la bouche, n’a plus ce parler simple et naïf, succulent et nerveux, court et serré, qu’affectionnait Montaigne.

J’écris sur les feuilles des arbres, le tronc de mes amandiers, les papiers timbrés de mes amendes, les pistes criardes suscitées dans le ciel d’été par les martinets.

J’écris la brume sur l’étang où nous péchions des carpes argentées, hypophthalmichthys molitrix.

J’écris toujours Merci pour la langouste des Pieds Nickelés et les bons crus font les bonnes cuites de Pierre Dac.

Je n’écris pas dac, ok, d’accord, pigé.

Au cours préparatoire je recopie inlassablement des lignes d’écriture sur le pape Pipu, l’abbé Bécasse et le curé Raimu.

J’écris au carrefour du déploiement des langues à travers l’opération poétique qui les pense. (Yannick Haenel)





 

UN POÈME QUI N’EST PAS EN ODEUR DE SAINTETÉ









Quelquefois ça devient très compliqué

De pousser un mot après l’autre

Pour arrêter l’exercice quotidien

On ferait presque vœu de chasteté

Mais chaste fait passer à châtiment

Ou pire à « caste »

Alors une langue châtiée

Ou le cercle étroit des derniers poètes disparus ?

Non merci





Les Saints lit-on dans le bréviaire des religions

Ne font pas d’enfant

Ça tombe bien car mes poèmes n’ont jamais été

En odeur de sainteté





D’où celui-ci

Maladroit bricolé compliqué

Mais comme un pied de nez

Comme les élastiques de mes vers contournés

Un pied près de mon cœur





Italique Rimbaud Ma Bohème