LAISSANT COURIR SANS FIN MON IMAGINATION

Laissant sans fin courir son imagination
Parfois l’assaillait la vision d’un idiot

(deux lipogrammes en e vous aviez remarqué)

Un idiot momo à Nyouyork au Moma
Un Dorio loriot pratiquant l’art brut-plaisir
d’Artaud Tarahumaras hallucinations
Jusqu’au tournis d’Achab poursuivant Moby Dick
Qui soufflait sur l’horizon lapis-lazzuli

Bijoux d’azur bols pour ablutions nuit sur nuit
Laissant courir sans fin mon imagination

Italiques extraites de La Disparition Georges Perec





















SUR LE COURS MIRABEAU

J'ai souvent écrit sur le cours Mirabeau
Mais jamais à califourchon dans les platanes 1

J’ai écrit sur des ronds de bière
Et sur l’écorce des mêmes arbres

(et au retour dans l’atelier sur des planches
où j’avais passé préalablement le rabot)

J’ai écrit au célèbre café des 2 G
Mais jamais à mes chers G.Perec et G.Perros

J’ai écrit en haut du Cours au Roy René
Pour l’informer que les pigeons
Ornaient sa couronne de déjections

Mais il n’a pas compris 
Mon langage (trop) fleuri

Sous le pont Mirabeau coule la Seine
Sur le cours Mirabeau roulez poèmes


1	Pierre Lartigue (1936-2008)

voix jj dorio 7 juin 2022 4h00

SI ON NE SAIT Y RÉPONDRE ON PEUT ZAPPER CET ÉCRIT

on ne cesse jamais de répondre à ce qui a été écrit hors de toute réponse :
 affirmés puis mis en rivalité, puis remplacés, les sens passent, la question demeure…

Roland Barthes


le cri l’écrit
sur le papier
et dans la nuit

le cran l’écran
ça va cranter
dit le mécréant

tout en créant
cette variation
digne de Rabelais

de Perec de Queneau
et de tous les dicos
d’onomatopées

c’est du blabla
mais c’est d’un clic
que dame souris

envoie cet écrit
apparaître sur l’écran
énigmatiquement

SONNET DES PIÈGES FASCINANTS DU BONHEUR





Ils vivaient dans un monde étrange et chatoyant

L’univers miroitant de la civilisation mercantile

Les prisons de l’abondance

Les pièges fascinants du bonheur

Georges Perec





Ceux-là plutôt fauchés s’endormaient pourtant sur leurs lauriers

Rêvant chaque nuit de faire fortune

Pour s’offrir le bonheur à portée d’images

Offertes par Madame Express





Simples peignoirs de bain griffés de solitude

chaussures british à la patine exceptionnelle

et plus tard quand quelque argent leur viendrait

le divan Chesterfield avec les gants de pécari





le mobilier les bibelots les achats à la mode

Ceux-là étaient nés trop tôt pour lancer le pavé de mai 68

Qui auraient redonné sens à leur petite histoire





Ceux-là s’étaient condamnés à n’exister

Que sur le théâtre d’ombre

Des « Choses »


	

UNE FICTION brume insensée où l’on cherche son inspiration 35, 36, 37





trente-cinq

EN CE MOMENT J’ÉCRIS COMME JE RESPIRE. Et je respire selon l’attention que je porte à ma respiration. La plupart du temps, aucune.

Mais la nuit, en revanche, après avoir passé une heure à écrire comme je respire, toujours au lit et appuyé sur mon oreiller, quand j’arrête le flux, éteins la lampe de chevet, je m’aide pour tâcher de me rendormir, de l’attention que je porte alors à ma respiration (inspiration, expiration), faisant ainsi barrage aux pensées qui essaient de traverser mon esprit.

-Alors, avant de plonger dans ton sommeil qu’as-tu écrit cette nuit ?

J’ai écrit ce que personne ne lira jamais dans les écoles.

J’ai écrit, comme je les ai lus, plusieurs textes en un, ouverts à l’interprétation et aux malentendus.

J’ai puisé de mémoire dans mon rouleau de citations long comme les Champs Élysées un 14 juillet.

J’ai écrit comme je respire et sans masque à papier.





trente-six

JE ME RÉVEILLE, ce vendredi 2 octobre 2020, et je n’ose ouvrir mes volets, car j’entends le vent de la mer, prélude à une tempête.

Aussi, avant d’avaler mon petit déjeuner, j’avale les phrases d’un romancier catalan écrites en espagnol (castellano), extraites d’un roman dont le titre est puisé dans le début d’un vers de Raymond Queneau.

Non l’original « cette brume insensée », mais sa traduction.

Je lis, laissant aller, m’amusant des embrouillaminis dessinés par ce narrateur fictif, qui pour vivre, au sens littéral de gagner sa croûte, fait deux métiers à nul autre pareils.

1 Celui de « traducteur préalable », il prévoit les difficultés de traductions, qu’il envoie au traducteur vedette, dont le nom paraîtra sur la première page.

2 Celui de fournir des citations (son dada), toujours de manière subalterne, à un auteur « star » de la- littérature-qui- se-vend.

Bon, il est temps d’ouvrir mes volets parme, et d’éviter, le temps de refermer ma fenêtre, la bourrasque.





trente-sept

C’EST QUAND ON EST PERDU dans une forêt ou un texte touffu, que l’on fait appel à un souvenir heureux, une maxime, une citation, un instant précieux que l’on vécut comme une épiphanie.

Je sais bien que ce début fait un peu charabia mais je l’ai écrit. Et en l’écrivant, j’ai entendu « le mobile » qui m’annonçait un nouveau message :

Le romancier ne doit pas être un donneur de leçons, mais à partir de ce qu’il « détecte », poser

les bonnes questions. »

Je traduis de l’espagnol une phrase supposée dite par l’auteur « d’Orange Mécanique ».

-Gracias Enric, te contesto muy pronto. (Merci Henri, je te réponds bientôt)

Ça a été ma première idée d’un e-mail immédiat, mais réflexion faite, et compte tenu de la situation

brumeuse dans laquelle j’étais pris, j’ai ricoché vers mon vieux Queneau. (vieux comme un breuvage

qui s’améliore avec l’âge). Et, hasard des recherches, j’ai fait d’une pierre deux coups.

« Cette brume insensée où s’agitent des ombres, comment pourrais-je l’éclairer ? »

La phrase écrite par Raymond Queneau est mise en exergue par Georges Perec, W ou le souvenir d’enfance 1975, et par Enrique Vila-Matas, qui, de plus, a fait des trois premiers mots, le titre de son roman « Esta bruma insensata » 2019.