BÛCHER





Faire quelque chose de rien et surtout Tout savoir suprême non-sens.

Paul Valéry


Je bûche des bouquins du temps d’Hugo, de Baudelaire

Je ne suis rien, je le sais, mais je compose mon rien, avec un petit morceau de tout.

Rien n’égale en longueur les boiteuses journées
Quand…l’Ennui fruit de la morne incuriosité
Prend les proportions de l’Immortalité

J’ai de quoi avec ça m’occuper longtemps
à ricocher
à composer, à mon tour
et depuis ma modeste place,
une petite pièce, bribe, esquisse, 
écrites avec une insatiable curiosité.

La poésie des mots venus de rien,
Qui se languissent sur ma page ;
Des mots qui boitent,
Toc, toc, toc.

(La poésie doit être faite par tous. Non par un.
Pauvre Lautréamont, tic, tic, tic, tic.)

La poésie des cris des martinets,
que mon père appelait les faucilhs.
Tout un poème,
Troué d’un air d’azur
Qui vire au noir
Quand vient la mort.1


1 Noël Dorio (03/12/1912-03/12/199)


Martigues 03/12/2021

DITES-MOI OÙ N’EN QUEL PAYS









Dites-moi où n’en quel pays

chantait Gastibelza

l’homme à la carabine

Léandre le Sot,

Pierrot,

ou la nonne 

doña Padilla del Flor





Dites-moi si vous connaissez

Berthe au grand pied,

Biétris, Allys,

La vieille maugrabine d’Antequerra

et la frêle enfant,

méchante





Dites-moi si mon chant vous remémore

les neiges d’antan

Danser chanter dans la Tour Magne

Prendre le voile à Tolède

Franchir avec Cassandre le buisson

D’un saut de puce





Dites-moi pourquoi ces poésies et ballades

de Villon, Verlaine, Hugo,

chantées par l’illustre Brassens

me rendent fou, fou, fou.

L’OUBLI DE LA TOUSSAINT

Je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert
Et de bruyère en fleur

Victor Hugo

J’ai cueilli ce brin de bruyère
L’automne est morte souviens-t-en
Nous ne nous verrons plus sur terre
Odeur du temps Temps de bruyère
Et souviens-toi que je t’attends

Guillaume Apollinaire


Cette année – allez savoir pourquoi –
J’ai oublié que le 1° novembre était le jour de Toussaint
Je l’ai décalé d’une semaine dans ma tête

Mes morts et ma morte
Ne m’en tiendront cure
Ils savent Elle sait
Que je prends soin d’eux
Et d’Elle chaque jour

Ils sont patients
Elle m’attend









DÉFENSE À DIEU D’ENTRER





SURTOUT N’EN PARLONS PAS





Surtout n’en parlons pas

Mais de qui mais de quoi ?

Devinez écrivez

Faites appel à votre ange

On dit qu’il en a un





Relisez le sonnet

En X de Mallarmé

Avec ce seul objet

D’identité sonore

Pour mieux vous égarer





Ou plus trivialement

Enfourchez le solex

D’Alceste ou d’Alex

Pour aller au grand Rex

Voir un film rince l’œil





Défense à Dieu d’entrer

Seul Hugo put écrire en vain

Cet interdit divin

Dieu était dans la tombe

Et regardait Caïn





Défense d’en parler

Mais on peut à Orsay

Contempler ce Courbet

Acheté par Lacan

Au turco-égyptien

Appelé Khalil-Bey





Voie lactée ô sœur lumineuse

Des blancs ruisseaux de Chanaan

Chanson du Mal-Aimé

Guillaume Apollinaire

Nous fait voir les rondeurs

De dame damascène





Décidément nous digressons

Changeant de rythme et de rimes

Kss kss dit Flaubert à Emma

Couchée sur ses carnets intimes

Ainsi finit notre chanson


	

MÉMORABLE MAIS MORT HÂBLE





Mémorable

Mais mort hâble

Une rime équivoquée

Prisée par Victor





Hugo évoquait le fantôme

De ce pauvre marmot

Croqué par Ogrouski

L’ogre de Moscovie

Amoureux d’une fée

La maman du petit





Cette histoire a un titre

Bon conseil aux amants

On rit encore de la lire

Amoureux de la lyre

D’un barde échevelé

Écrivant sur vélin

Ce conte de vilain