L’OUBLI DE LA TOUSSAINT

Je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert
Et de bruyère en fleur

Victor Hugo

J’ai cueilli ce brin de bruyère
L’automne est morte souviens-t-en
Nous ne nous verrons plus sur terre
Odeur du temps Temps de bruyère
Et souviens-toi que je t’attends

Guillaume Apollinaire


Cette année – allez savoir pourquoi –
J’ai oublié que le 1° novembre était le jour de Toussaint
Je l’ai décalé d’une semaine dans ma tête

Mes morts et ma morte
Ne m’en tiendront cure
Ils savent Elle sait
Que je prends soin d’eux
Et d’Elle chaque jour

Ils sont patients
Elle m’attend









L’OUBLI LE BEL OUBLI

À mesure que je vois
J’oublie j’oublie
J’oublie tout ce que je vois

Jean Tardieu


En retrait et en tension au seuil de cette écriture aussi fragile soit-elle

Retrait au sens premier puisque désormais après 40 ans de labeur tu touches ta pension

Retrait mais non « retraite » mot traitre qui semble indiquer que le combat est bel et bien terminé

En retrait et en tension mais avec « deux de tension » selon la moquerie

À d’autres les ô et les ah ! lyriques de l’excitation factice

Non, ici, tension détendue attentive à tout ce que l’on ne saurait dire qu’après un long détour où l’on active,
l’âge venu, 
une faculté décriée :

l’oubli le bel oubli.


QUI EST LÀ ?





– Qui est là ?

– En effet, je me le demande.

– Est-ce un inconnu ?

– Ça m’en a tout l’air.

– Est-ce une image de toi-même ?

– Ta question me laisse interdit.

– Est-ce un acteur de comédie ?

– Une personne qui apparaît

sur les feuilles d’un livret

dans la coulisse.

– A-t-elle un nom ?

– Elle en a mille.

– Un dernier mot ?

– Je l’ai oublié.





DIALOGUES INTÉRIEURS XIII

AU VENT LÉGER DU BEL OUBLI





Il se pourrait évidemment que de ces quelques accords jour après jour composés en silence aucune ligne ne subsiste

Aucune lumière particulière venant révéler ces quelques formes jetées sur le papier et nageant ensuite dans le bac de l’œuvre au noir

 Mais cette idée de non-reconnaissance qui m’effleure ce matin rend encore plus évidente la nécessité de cette page

     feuille d’azur qui s’en va au vent léger du bel oubli

POÈME NE NAÎT PAS D’UN DON

manuscrit avec en vis à vis des signes tracés comme en hypnose




Poème ne naît pas d’un don

À Dieu je n’en fais reproche

Lui-même est le songe insensé

Sorti d’une encyclopédie

D’aveugles poètes impies





Poème naît d’effacement

De longue errance dans les livres

D’un moi pluriel qui réalise

L’alliance de Mémoire et d’Oubli

De métaphores vives et d’ironie





Ce poème s’est tissé en égrenant les lignes

De « poema de los dones »,

Une aimable fantaisie

Dont les dons, un à un,

Se magnifient et s’annihilent.





C’est Borges qui me l’a écrit.





17/01/2021