comme une vieille chanson du jeune temps
.
C’était dans mes poches crevées
Les amours splendides
Que j’avais rêvées
C’était ma culotte
De petit Poucet rêveur
Et son large trou
Les étoiles au ciel
Avec leur doux froufrou
C’était ma bohème
Revisitée maintenant
que je suis vieux
les yeux fermés
Mais je n’oublie pas
Ce parcours idéal
Dont je fus le féal
C’était tout un poème
De rosée à mon front
Comme un vin de vigueur
Et les élastiques de mes souliers
Que je tirais comme une lyre
Un pied près de mon cœur
voix de mademoiselle Lia
MA BOHÈME
(Fantaisie)
Je m’en allais, les poings dans mes poches crevées ;
Mon paletot aussi devenait idéal ;
J’allais sous le ciel, Muse ! et j’étais ton féal ;
Oh ! là ! là ! que d’amours splendides j’ai rêvées !
Mon unique culotte avait un large trou.
– Petit-Poucet rêveur, j’égrenais dans ma course
Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse.
– Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou
Et je les écoutais, assis au bord des routes,
Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes
De rosée à mon front, comme un vin de vigueur ;
Où, rimant au milieu des ombres fantastiques,
Comme des lyres, je tirais les élastiques
De mes souliers blessés, un pied près de mon cœur
Arthur Rimbaud
Repentir de Rimbaud correction à la plume sur son manuscrit :
Un pied tout près du cœur
La Revue indépendante janvier-février 1889
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