LA CLEF DES CHAMPS

LA CLEF DES CHAMPS

La clef des champs, c’est ce matin un stylo bleu, qui prend la fuite, mais que l’on retient.

La clef des champs, c’est une sonate que fit Ludwig avant sa mort, et que l’on joue au clair de lune, apasionata. Les clefs se passent de sol en ut. Ses interprètes exercent leurs doigts, prennent la mesure, note après note, chacun refait le mouvement, le doigt pointé.

La clef des champs, soudain frappée, dix doigts, deux mains, c’est le destin. Et cependant, nul n’est prophète, nul n’est poète. Chacun essaie, et tous le sont, et tous les sons se font chopin.

La clef des champs, on croise les doigts, on croise les mains sur le clavier. Temps aboli, c’est l’éternel, c’est l’éphémère de la main gauche, de la main proche du cœur des hommes, de leurs oreilles, leurs émotions.

La clef des champs, on l’a cachée, dans le poing droit. Le pouce frotte toutes les notes, de bas en haut. Et puis reprend la mélopée, cherche la paix, l’oubli de soi.

Les ondes miroitent. On prend la clef…et l’on s’en va.

DE LIVRES EN LÈVRES BAISERS VOLÉS

Comme un baiser
D’eau et de sable
Lignes infinies
De lèvres en livres
 
Comme la ferveur
D’un cri d’enfance
Le jeu de barre
Les facéties
 
Comme en silence
Cette présence
D’une jeune fille
Aux longs cils
 
Épître en vers
Et contre tout
L’art de mêler 
L’air et le feu
 
L’esprit le cœur
Rêve d’un rêve
Jadis naguère
Où Jeunesse irradiait

Baisers volés *
Sur cette barque
De nos amours
Dont il ne reste

Que ces quelques lignes
De livres en lèvres
Rêves de rêves
D’une vie en allée

*Charles Trénet Que reste-t-il de nos amours ?

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LES POÈMES QUE L’ON RÉCITAIT À L’ÉCOLE PRIMAIRE

FIGURES QUI BOUGENT (encore) UN PEU, c’est le beau titre d’un recueil de poèmes de James Sacré, né à Cougou (Vendée) en 1939, dit la notice. Il reste dans l’obscurité de nos contemporains lecteurs, qui en suivant, hélas, le tapage des industriels du livre relayés par leurs plumitifs, ne savent pas qu’il se publie encore des centaines de livres de poésie, bon an, mal an. La Figure 10 évoque les poèmes un peu mièvre qu’on récitait à l’école primaire… Et cependant dans la neige qui tombe il y a toujours le thème de l’oiseau mort. Ça devait être une récitation de François Coppée ajoute Sacré. Moi, dont le nom est encore plus méconnu dans la galaxie noire de la poésie contemporaine, je me souviens alors, du sujet d’une « composition française »donnée au cours complémentaire de Montesquieu Volvestre. Je devais développer la phrase suivante : les sveltes peupliers qui se mirent dans l’eau. Ce n’est que cette nuit, un demi-siècle après, que j’en compte les douze pieds, comme nous disions alors. On ne m’avait pas dit que c’était un alexandrin de ce satané François Coppée. Merci Sacré !

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ÂMES PERDUES CROISÉES SUR LE PAPIER

ÂMES PERDUES De tous les lieux propices à la rencontre avec nos âmes perdues le livre conserve toutes mes faveurs Le livre et ce cahier sur lequel je prolonge mes rencontres de lectures inopinées :  sur un banc de Genève entre le vieux et le jeune Borges, le café de mon adolescence où dans un nuage de fumée de tabac gris je faisais le concours de belote du samedi avec le cantonnier du village pour partenaire, les croisements d’existences et de rues, Martin Luther King Boulevard et Malcom X Bd, opposés dans les moyens de lutte, réunis dans leurs tragiques assassinats. Âmes perdues et retrouvées, dans ces esquisses de rencontres et de portraits croisés…sur le papier.

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Onirodessin du dimanche 6 décembre 1971 jean jacques dorio

COMME UN BOUQUET FINAL

Cela s’est passé diront un jour ceux et celles qui liront mes carnets de nuit Cela s’est passé et ne s’est pas passé Cela s’est passé jeté sur le papier sans souci d’être lu : bouillons de rivière brouillons hâtifs brouillages de passages venus sans crier gare sous la pointe du stylo sans repentirs Cela s’est passé Cela est venu Cela a bifurqué de parades en paronymes d’oboles en paraboles de paroles soufflées en paroles retenues dans l’oreille en secret Cela c’est aussi le passé simple et le passé composé la nuit blanche et la nuit transfigurée le je comme moi et le je comme un autre Cela c’est la neige qui noircit ma page et c’est le repiquage de poèmes absents de toute anthologie Cela c’est comme on dit des feux d’artifice une sorte de bouquet final

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