TU LIS DES POÈMES

tu lis des poèmes

ronds bien faits

sympathiques finalement

mais qui s’effondrent

au second regard

tu lis des poèmes

à mesure que tu les

récris à ta manière

tu lis des poèmes

chiens d’aveugle

tu lis des poèmes

au revoir et merci

tu lis des poèmes

trous noirs galaxies

du sang d’encre

dans du lait de brebis

tu lis des poèmes

qui n’en finissent pas

de commencer

c’est leur marque

de fabrique

tu lis des poèmes

qui t’agassent

qui te gavent

et te cavent les yeux

tu lis des poèmes

tu ne sais plus

si c’est bien toi

qui les écrivit

tu lis des poèmes

inattendus

de ceux qui ont attendu

leur dernier souffle

pour être lus

tu lis des poèmes

en perdant leur fil

ce sont les pièces

que tu préfères

tu lis des poèmes

de boue en boules

journaux de papier

de feu et de sang

tu lis des poèmes

une fois dernière

dans la sciure de bois

d’un cirque enfantin

tu lis des poèmes

d’insectes de gratte-ciels

de craie sur un ciel noir

de bananiers dans la neige*

*une fantaisie du peintre Wang Wei

 tu lis des poèmes

tu lies les bottes secrètes

qui brûlent les yeux

des poètes égarés

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