POUR MÉMOIRE 31/35

Et pour oublier le temps

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Je me souviens qu’il est difficile d’aimer qu’il est difficile

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Je me souviens de Jean Mineur jetant sa pioche sur la cible de l’écran du cinéma publicité

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Je me souviens d’Achille au pied léger et d’Eschyle le chauve tué par une tortue lancée par un gypaète barbu

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Je me souviens de la machine Singer qu’utilisait ma mère

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Je me souviens que c’est beau la photographie (n’oubliez pas comme les frères Jacques de prononcer le « e » final)

MAI 68 ce commencement qui n’en finit pas 20/68

20/68

Mes rêves révèlent une sorte de mémoire palimpseste

 C’est un luxe après chaque réveil de mes songes d’endormi de pouvoir en laisser trace

Je suis dans une assemblée dernier carré de Mai 68 qui s’arc-boute dans une petite salle de l’Université de Lettres de Toulouse

Je prends la parole pour me désolidariser de leur action de désespérados 

L. une trotskyste avec qui j’ai des relations amicales vient me rejoindre à ma sortie pour essayer de me convaincre qu’il faut continuer le combat 

Mais ses propos s’effilochent et nos relations se transforment en préludes d’un autre ordre

C’est maintenant la rentrée des classes (j’ai quitté l’Université depuis 2 ans pour enseigner en collège)

 Je vois une pagaille d’élèves autour de moi mais je n’arrive pas en ce qui me concerne à retrouver la salle de classe qui m’a été attribuée (rêve récurrent)

Je croise C. vieux camarade d’Arreau (Hautes Pyrénées) qui me dit avec autorité :-

Tu dois établir un contact avec le ministère

Je rêve à présent que je pèche avec une gaule en bambou dans un étang

Un grand type arrive près de moi avec un chien tout vert qui se métamorphose en gros poisson plonge et disparaît (28 août 1984) 

Je suis devant un stade et n’arrive pas à trouver l’entrée

J’entends la rumeur des spectateurs à l’intérieur Je vois sur une pelouse annexe des joueurs se préparer

Et puis me voilà sur un cheval de cirque ou de carnaval…

Je fais ondoyer une longue banderole, sur laquelle on peut lire :

CE N’EST QU’UN  DÉBUT  CONTINUONS  LE  COMBAT !

SUR LES POÈTES ET LA POÉSIE courriel 76

Ici, l’échange de courriels est imaginaire. Mais non leurs auteurs : le lecteur est invité à chercher leur nom et à apprécier leur ping-pong verbal qui relève de l’entreglose et des anachronismes propres à la prolifique  » bibliothèque de Babel. »

Et, naturellement, si un lecteur inspiré ajoutait un troisième courriel aux deux présents, ce serait, pour l’auteur de cette petite série, gratifiant et inespéré.

JJ Dorio

76

M.T à V.W.

Poètes, poètes plus encore que la gloire de votre vivant, craignez les monuments posthumes et les anthologies.

V.W . à M.T.

Sur la poésie elle-même, Orlando recueillit seulement qu’elle était plus difficile à vendre que la prose, et aussi plus longue à écrire, bien que les lignes fussent plus courtes.

.

M.T.  (26 septembre 1892 – 31 août 1941 ) poète de langue russe, son œuvre fut rejetée par Staline et le régime soviétique.

V. W. (25 janvier 1882- 28 mars 1941) Écrivaine novatrice qui fait tenir tous les événements de son roman  entre le matin et le soir d’une journée de juin 1923.

DISPARITION XIV

« L’écriture a cette vertu de nous faire exister quand nous n’existons plus pour personne. »
Georges Perros

Les fragments en italique sont des paroles reprises aux disparus, puisées dans leur œuvre et particulièrement de ce qui tend à se dérober au public, après tant d’années.

Les citations d’autres auteurs sont mises entre guillemets.
Le reste — bifurcations, rebonds à sauts et à gambades, ajouts , accords et désaccords, sont de mon cru.

DISPARITION XIV

Michel Leiris

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Ce ressassement écœurant à la première personne

Je vais avoir soixante ans, j’ai encore deux livres à écrire, et j’ai calculé que pour chaque livre il me fait sept ans… mais enfin ce que j’adorerais ce serait d’écrire un très beau roman ! où il ne serait plus du tout question de confession ni d’autobiographie.

Cela ne voudrait pas dire que ce très beau roman je le considérerais comme supérieur aux choses que j’ai faites avant, mais ce serait pour moi une preuve de liberté, la preuve que je serais arrivé à une certaine émancipation par rapport à moi-même, que ce ressassement  écœurant à la première personne, dont je suis moi-même écœuré, est enfin liquidé.  Ce serait la preuve que les difficultés sont enfin domptées et que maintenant je fais ce que je veux. Que je peux passer à autre chose.

Mais je sais que je ne le ferai pas.

LES POÈMES

Les poèmes ne tombent pas du ciel

Les poèmes se travaillent vers à vers

Les poèmes font mouvement vers l’expression d’un moment unique

Les poèmes font aux penseurs la nique

Les poèmes jaillissent du noir

Soit du soleil de Nerval el desdichado

Soit de l’écran de Nougaro en ses nuits blanches

Quand l’un se pend au réverbère

L’autre se fait son cinéma

Les poèmes font leur Bohème

Leurs pieds près du coeur

Mes poèmes qui parlent au papier -même si personne ne les lit -sont indécourageables

Une image volée à Toulouse Lautrec
LES POÈMES
version 2

Les poèmes se font
Et se défont
Ver à ver
Verde que te quiero verde
.
Les poèmes
ne visent rien de moins
que ce tremblement
qui échappe à l’instant
.
Les poèmes
tirent la langue aux penseurs fatigués
et rient de leur métalangage
.
Les poèmes
Quand tout est gris :
Se dorent au soleil noir
De la mélancolie
.
Les poèmes se baladent
Entre Spleen et Bohème
Idéal en berne
Semelles dans le vent
.
Mes poèmes obstinément
Ces je-ne-sais-quoi
Et ces presque-rien
Ces commencements
Qui n’en finissent pas