Mes rêves révèlent une sorte de mémoire palimpseste
C’est un luxe après chaque réveil de mes songes d’endormi de pouvoir en laisser trace
Je suis dans une assemblée dernier carré de Mai 68 qui s’arc-boute dans une petite salle de l’Université de Lettres de Toulouse
Je prends la parole pour me désolidariser de leur action de désespérados
L. une trotskyste avec qui j’ai des relations amicales vient me rejoindre à ma sortie pour essayer de me convaincre qu’il faut continuer le combat
Mais ses propos s’effilochent et nos relations se transforment en préludes d’un autre ordre
C’est maintenant la rentrée des classes (j’ai quitté l’Université depuis 2 ans pour enseigner en collège)
Je vois une pagaille d’élèves autour de moi mais je n’arrive pas en ce qui me concerne à retrouver la salle de classe qui m’a été attribuée (rêve récurrent)
Je croise C. vieux camarade d’Arreau (Hautes Pyrénées) qui me dit avec autorité :-
Tu dois établir un contact avec le ministère
Je rêve à présent que je pèche avec une gaule en bambou dans un étang
Un grand type arrive près de moi avec un chien tout vert qui se métamorphose en gros poisson plonge et disparaît (28 août 1984)
Je suis devant un stade et n’arrive pas à trouver l’entrée
J’entends la rumeur des spectateurs à l’intérieur Je vois sur une pelouse annexe des joueurs se préparer
Et puis me voilà sur un cheval de cirque ou de carnaval…
Je fais ondoyer une longue banderole, sur laquelle on peut lire :
Ici, l’échange de courriels est imaginaire. Mais non leurs auteurs : le lecteur est invité à chercher leur nom et à apprécier leur ping-pong verbal qui relève de l’entreglose et des anachronismes propres à la prolifique » bibliothèque de Babel. »
Et, naturellement, si un lecteur inspiré ajoutait un troisième courriel aux deux présents, ce serait, pour l’auteur de cette petite série, gratifiant et inespéré.
JJ Dorio
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M.T à V.W.
Poètes, poètes plus encore que la gloire de votre vivant, craignez les monuments posthumes et les anthologies.
V.W . à M.T.
Sur la poésie elle-même, Orlando recueillit seulement qu’elle était plus difficile à vendre que la prose, et aussi plus longue à écrire, bien que les lignes fussent plus courtes.
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M.T. (26 septembre 1892 – 31 août 1941 ) poète de langue russe, son œuvre fut rejetée par Staline et le régime soviétique.
V. W. (25 janvier 1882- 28 mars 1941) Écrivaine novatrice qui fait tenir tous les événements de son roman entre le matin et le soir d’une journée de juin 1923.
« L’écriture a cette vertu de nous faire exister quand nous n’existons plus pour personne. » Georges Perros
Les fragments en italique sont des paroles reprises aux disparus, puisées dans leur œuvre et particulièrement de ce qui tend à se dérober au public, après tant d’années.
Les citations d’autres auteurs sont mises entre guillemets. Le reste — bifurcations, rebonds à sauts et à gambades, ajouts , accords et désaccords, sont de mon cru.
DISPARITION XIV
Michel Leiris
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Ce ressassement écœurant à la première personne
Je vais avoir soixante ans, j’ai encore deux livres à écrire, et j’ai calculé que pour chaque livre il me fait sept ans… mais enfin ce que j’adorerais ce serait d’écrire un très beau roman ! où il ne serait plus du tout question de confession ni d’autobiographie.
Cela ne voudrait pas dire que ce très beau roman je le considérerais comme supérieur aux choses que j’ai faites avant, mais ce serait pour moi une preuve de liberté, la preuve que je serais arrivé à une certaine émancipation par rapport à moi-même, que ce ressassement écœurant à la première personne, dont je suis moi-même écœuré, est enfin liquidé. Ce serait la preuve que les difficultés sont enfin domptées et que maintenant je fais ce que je veux. Que je peux passer à autre chose.
Les poèmes font mouvement vers l’expression d’un moment unique
Les poèmes font aux penseurs la nique
Les poèmes jaillissent du noir
Soit du soleil de Nerval el desdichado
Soit de l’écran de Nougaro en ses nuits blanches
Quand l’un se pend au réverbère
L’autre se fait son cinéma
Les poèmes font leur Bohème
Leurs pieds près du coeur
Mes poèmes qui parlent au papier -même si personne ne les lit -sont indécourageables
Une image volée à Toulouse Lautrec
LES POÈMES version 2
Les poèmes se font Et se défont Ver à ver Verde que te quiero verde . Les poèmes ne visent rien de moins que ce tremblement qui échappe à l’instant . Les poèmes tirent la langue aux penseurs fatigués et rient de leur métalangage . Les poèmes Quand tout est gris : Se dorent au soleil noir De la mélancolie . Les poèmes se baladent Entre Spleen et Bohème Idéal en berne Semelles dans le vent . Mes poèmes obstinément Ces je-ne-sais-quoi Et ces presque-rien Ces commencements Qui n’en finissent pas