Tout ce qui est éternel dans l’instant
Tout ce qui accompagne son écriture
Une nuit de pleine lune
Le galop d’un cheval bai
(dont la robe est alezane
précise le dictionnaire)
Tout ce qui est éphémère dans l’éternel
L’usure des langues de Babel
Le conflit de l’oeil et de l’oreille
devant un vers pensé par Mallarmé
Tout ce qu’on tire de toutes ces nuits
Où maya l’illusion
Nous met des bâtons dans les roues
Nous fait perdre le fil
L’innocence primitive
Nous rend incapable de boucler
ces lignes présentes
La poésie ne saurait être suspens du langage au guet de la présence, ni l’ombre machinée d’un piège. Ce qu’elle convoite c’est ceci seulement : l’exigence impitoyable d’être elle-même avec les seuls moyens qui sont à sa disposition, pauvres. Pauvres moyens destinés à périr lors du surgissement essentiel, c’est cela, fondamentalement, qu’on appelle en poésie, l’innocence. L’innocence refuse tout recours, tout discours : pauvreté essentielle.
Salah Stétié
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je ne sais ce qui est éternel
un cheval aubère ou une langue de Babel
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