MAIS D’OÙ TU PARLES ?

PAROLES CONTRE PAROLES
Paroles sur le papier
Prises de paroles en Mai 68
(Mais d’où tu parles ?)

Paroles de Haine en ligne
Paroles de l’Hymne à la Joie
Paroles au creux de l’oreille
Paroles des bons Sauvages
Paroles à tout berzingue
Paroles plus que lentes
Paroles d’un trait de plume
Paroles d’un sang d’encre
Paroles qui ont bifurqué
D’oboles en paraboles
De paroles venues des dieux
En paroles dont le nom
Nous a paru d’éternité


– Mais d’où tu parles ? – De paroles sauvages en écrits raffinés, je me lance, je croise et ne suis jamais satisfait.
– Un exemple ?
– Agile Argile Fragile agitent ce texte dont j’ai perdu les clefs.
– Et alors ?
– Rien. Je ne me hâte pas de les retrouver.
J’aime naviguer dans le labyrinthe de l’obscurité, entrecoupé de rires et de fragments de récits d’explorations.
– Tu parles d’un chantier !
– Un champ de fouille, un atelier ; chacune et chacun s’y attelle, s’y confronte, s’y conforte, s’y réfugie, s’y reflète, s’y décale, s’y aventure, s’y rêve…
Et les voix s’entrecroisent multiples, profuses, futiles, incoercibles et par-dessus tout…cherchant inlassablement la voie.


Illustration résonances Maria-Dolores Cano

Join the Conversation

  1. Avatar de Jean Jacques Dorio

3 Comments

  1. En mai 68 on a pris la parole comme on a pris la Bastille

    Michel de Certeau

    Prise de paroles en Mai 68 — mise en contexte

    En Mai 68, « prendre la parole » devient un acte central, presque révolutionnaire.
    C’est l’un des gestes fondateurs du mouvement.

    On parle alors de :

    1. La parole libérée

    Étudiants, ouvriers, enseignants, passants… chacun se met à parler en public, dans la rue, dans les facultés occupées, dans les usines en grève. On discute, on débat, on contredit. La parole n’est plus réservée aux autorités : elle devient un bien commun

    .2. La parole collective

    Des assemblées générales se tiennent partout, parfois jour et nuit. On y vote, on y crie, on improvise. La parole circule, se contredit, s’enrichit. Elle se cherche plus qu’elle ne s’impose.

    3. La parole écrite

    Les murs de Paris deviennent un immense livre ouvert :
    affiches, slogans, pochoirs, graffitis.
    « Sous les pavés, la plage », « Il est interdit d’interdire », etc.
    C’est une prise de parole graphique, immédiate, inventive.

    4. La parole comme lieu de lutte

    Les manifestants réclament le droit de s’exprimer contre les institutions jugées autoritaires : l’université, l’État, les médias.
    Dire Je parle devient une manière de dire J’existe.

    5. La parole adressée

    La fameuse question — “Mais d’où tu parles ?” — naît de cette effervescence.
    Elle signifie :
    D’où viens-tu, qui es-tu, quel est ton point de vue, ton histoire ?
    C’est une interrogation politique autant que poétique.

    J’aime

Laisser un commentaire