J’aurai rêvé ma vie à l’instar des poèmes
que j’ai lus, écrits, pensés, ruminés,
Vivant en même temps le feu et la rivière.
.
Qui je fus ? qui je suis ? Je cherche dans la nuit,
la source, l’océan, je cherche l’or du temps,
L’oublieuse mémoire d’un forçat innocent.

Je ne vois plus le jour
Qu’au travers de ma nuit
C’est un petit bruit sourd
Dans un autre pays
Jules Supervielle
Le forçat innocent
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J’aurai rêvé ma vie à l’instar des rivières
Vivant en même temps la source et l’océan
Sans pouvoir me fixer même un mince moment
Entre le mont, la plaine et les plages dernières
.
Suis-je ici, suis-je là? Mes rives coutumières
Changent de part et d’autre et me laissent errant.
Jules Supervielle Oublieuse mémoire
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Ces textes sont nés d’une fréquentation ancienne et fidèle de Jules Supervielle.
Non pour lui répondre, encore moins pour l’expliquer, mais pour marcher un moment à ses côtés, dans cette zone incertaine où la poésie continue après la disparition.
Supervielle a écrit une œuvre de passages : entre la source et l’océan, la veille et la nuit, le monde visible et ses puissances invisibles.
Relire ses poèmes aujourd’hui, c’est éprouver que certaines voix ne se taisent pas, mais changent de mode de présence.
Le Tombeau de Supervielle n’est pas un hommage figé. Il prolonge une question laissée ouverte :
qui parle quand un poème traverse le temps ?
Qui se souvient quand la mémoire devient oublieuse ?
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