LES DÉCASSYLABES DE JANVIER
Agenda 2013
The Metropolitan Museum of Art
Une année vouée aux décasyllabes
Avec le trépied des poésies :
le monde la langue et le sujet.
Raisons de vivre heureux
et Songes des poètes de la Renaissance
Et à la fin janvier
Janus retourne le sablier
C’est le premier janvier deux mille treize
Sur cet agenda du Métropoli
tan museum of art : la mort n’y mord
Une année vouée aux décasyllabes
Marcher sauvagement sur des sentiers
de traverse Il n’est meilleur souhait
que celui que l’on transmet sans rien dire
Commencer Comment c’est une année neuve ?
C’est plein de tensions, d’articulations,
de phonèmes ravageurs ou charmeurs.
Attentions et utilités poétiques
Renouvelant notre frêle bonheur.
Tresses : le monde, obscure fournaise;
Treize : la langue, fadas et fadaises;
Et moi et moi : je(u) entre parenthèses.
Raisons de vivre heureux : les cabrioles
des nouveau-nés, le nez de l’amitié,
les Constellations de Miró, le clown
de soi-même comme une autre personne,
P’soa l’inquiet, un chat dans un papier,
les mathématiques et l’art des quantas,
et cétéra. Blancheur, couleur des nuits
qui neigent sur les Songes des poètes
de la Renaissance. Onirocris :
les Amours, les Tragiques, les Regrets.
Délie de Scève : Souffrir non souffrir,
Tu es le Corps, Dame et je suis ton ombre
Et à la fin, quand le fin mot advient,
Fini Janvier, retournez le sablier.
Le trépied — le monde, la langue et le sujet — est très juste :
Janvier est ici janusien au sens plein : ouverture et retournement. Le poème commence par l’agenda (objet du temps compté) et s’achève par le sablier (temps vécu, renversable). Entre les deux, la mort est nommée mais tenue à distance — la mort n’y mord — comme si la poésie, au moins pour ce mois, faisait office de talisman.
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