BESOIN DE POÉSIE

« Nous survenons en quelque sorte, au beau milieu d’une conversation qui est déjà commencée et dans laquelle nous essayons de nous orienter afin de pouvoir à notre tour y apporter notre contribution. »

Paul Ricœur

Impro du soir À l’heure où l’oiseau de Minerve prend son vol La solitude la vraie peuplée de lectures folles et de musiques Après le concert pour violon de Beethoven où la concertiste se prend bien trop au sérieux Du jazz aimé en concert où les notes et les oreilles se libèrent des semelles de plomb Car maintenant et ici dans notre grande maison où notre est devenu ma par arrêt du corps de mon autre – l’unique amour vécu d’une vie – Ici et maintenant on peut voir le pianiste – Léo Genovese barbe de rabbin  cheveux frisés et mains qui se croisent – la contrebassiste Esperanza Spalding qui joue un peu la ravie – Esperanza Esperanza yo no puedo bailar tchatchatcha – Jack DeJohnette que tous les fervents de Keith Jarret connaissent – et Joe Lovano soufflant son sax comme la blanche baleine Quatre noms magiques si l’on veut bien les décliner Impro du soir aux couleurs des confins d’un monde inédit où se conjuguent les pratiques millénaires des lecteurs avec le cercle ouvert des nouvelles technologies – l’écran plat du salon qui diffuse les images et les sons à ma demande me refusant à tous les directs, l’écran de cet écrit où je joue mon texte bricollé comme une partition

On dirait On en dirait tant On dirait le temps en suspens Ô lac

On dirait Ulysse rentrant à Ithaque et ne sachant pas que Pénélope est morte

On dirait Orphée qui ne s’est jamais retourné mais qui n’en a pas moins perdu son Eurydice

On dirait Heureux mortels

Accrochez-vous au poitrail à la gorge pourpre et aux ailes d’or de l’oiseau Phénix Mourant et renaissant

Accrochez-vous aux livres des disparu(e)s  qui  sont dans toutes les bibliothèques mais qui attendent d’être réveillés par le peuple des interprètes

Des musiciens d’un soir et des aèdes de toute éternité

JJ Dorio

sur poésie

mode d’emploi

le 6/01/2016

ce 07/02/2026

non stop

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  1. Avatar de Jean Jacques Dorio

1 Comment

  1. Note en marge (2026)

    Ce texte a été écrit quand le monde tenait encore par des fils visibles.
    Depuis, les fils se sont multipliés, emmêlés, virtualisés, mais la question demeure :
    où entrer dans la conversation ?

    L’impro n’était pas une échappée —
    c’était une manière de rester fidèle au rythme quand le sol manquait.
    Le jazz, les mythes déplacés, les écrans choisis plutôt que subis :
    autant de façons de dire oui au différé sans renoncer à la présence.

    Relu aujourd’hui, ce poème ne parle pas de solitude,
    mais d’un compagnonnage discret :
    les morts lisibles, les musiciens rejouables,
    les amours irrévocables qui continuent d’accorder le temps.

    Si Pénélope est morte, ce n’est pas pour que l’attente cesse,
    mais pour que la fidélité change de forme.
    Si Orphée ne se retourne pas, la perte n’est pas annulée —
    elle devient source.

    Impro du soir, toujours.
    Non comme un instant, mais comme une méthode.
    Tenir la phrase ouverte.
    Faire confiance au peuple des interprètes.

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