DISPARITION
II
MICHEL B.
08
Nous avons besoin de poésie pour nous libérer de la guerre des dieux, pour déclarer notre amour, pour nous guérir, et aussi pour comprendre ce qui se passe à l’intérieur de notre langage.
Si la vie d’un écrivain fait intégralement partie de son œuvre, comme l’affirmait Michel P., qu’en est-il de sa disparition ? Un mauvais feuilleton pensait-il, lui, qui sa vie durant, contre vents et marées, écrivait ses pages sous l’influence de la bonne nouvelle. Paroles d’évangile d’un agnostique qui persuadait ses lecteurs qu’avec l’enfer quotidien qui nous entoure, nous devons en nos écrits fabriquer du paradis, nous ouvrir vers un monde qu’on veut toujours nous cadenasser.
09
Je suis un encyclopédiste de l’ignorance. Au XVIII° siècle les philosophes pensaient qu’on pouvait tout savoir. Aujourd’hui cette attitude est chimérique, donc je me contente de mesurer mes ignorances, de poser des questions, de rêver sur l’érudition, un peu à la façon de Borges.
*
« Nada se edifica sobre la piedra, todo sobre la arena, pero nuestro deber es edificar como si fuera piedra la arena »…Borges
On ne bâtit rien sur la pierre, tout se fait sur le sable, mais notre devoir est de construire comme si le sable était la pierre…
10
Le jour de la disparition de Michel B. le 24 août 2016, on pouvait lire sur un journal du soir :
EN ITALIE LA VILE D’AMATRICE A DISPARU AUX TROIS QUARTS
De nombreux témoignages dans la presse italienne décrivent l’horreur survenue dans cette petite ville touristique du Latium.
HORACIO SALGAN LE MAESTRO CENTENAIRE DU TANGO EST MORT
Le pianiste argentin est décédé à Buenos Aires, vendredi 19 août, deux mois après avoir fêté ses 100 ans.
L’ÉCRIVAIN MICHEL BUTOR FIGURE DU NOUVEAU ROMAN EST MORT
Insatiable curieux, il est connu pour « La Modification », Prix Renaudot 1957, dont le mode de narration a marqué la littérature.
MICHEL BUTOR « LE SOUVENIR D’UN GÉANT AUX YEUX AILÉS »
Témoignage de Mireille Calle-Gruber, qui a édité les « Œuvres complètes » de Michel Butor, mort mercredi à l’âge de 89 ans. En marge d’une photographie où nous sommes tous deux pris devant un tableau qu’il pointe du doigt, Michel a écrit cette dédicace : « C’était à l’exposition “Fables du paysage flamand”. Nous nous enfoncions dans ces lointains lumineux comme si nous avions des ailes. J’espère que nous en verrons beaucoup avions des ailes. J’espère que nous en verrons beaucoup d’autres. 20/6/13 »