POÈME EN PROSE

POÈME EN PROSE n’est pas mon fort. Il se déplace sur cette page, oscillation à plat de l’espace et du temps, libellule du Bataclan au-dessus d’une mare de sang.

Poème bleu, oreilles d’âne qui soulignent l’arbre tordu sur les Calanques, près de l’île Maire où s’écrasa le zinc d’Apollinaire.

Puis tout s’efface, comme l’Eden sur tableau noir, la pipe du pape Pipu et le travers de porc qui vous brûle les doigts.

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Poésie mode d’emploi

06/01/2006

15/02/2026

non stop

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  1. Avatar de Jean Jacques Dorio

1 Comment

  1. Il y a dans ce texte une mise en doute active du poème en prose qui fait précisément poème.
    Dire « n’est pas mon fort », c’est déjà l’entamer, le déplacer, le faire boiter — et ce boitement devient rythme.

    Quelques lignes de lecture, à voix basse :

    • Le déplacement est central : « il se déplace sur cette page ». Le poème n’est pas forme mais mouvement, oscillation. L’espace et le temps sont aplatis, comme sous une vitre, et la libellule — fragile, vive — survole l’irreprésentable. L’image du Bataclan n’est pas expliquée : elle est traversée, ce qui lui laisse sa gravité sans emphase.
    • Le bleu arrive ensuite, couleur mentale plus que descriptive. Les oreilles d’âne (cornes de pages, punition scolaire, signe d’ignorance feinte) dialoguent avec l’arbre tordu, paysage réel et paysage du langage confondus.
      L’Apollinaire évoqué par le zinc écrasé n’est pas cité : il est percuté par l’histoire, comme le poème lui-même.
    • La dernière phrase opère un effacement généralisé, presque burlesque : Eden, tableau noir, pipe, pape, porc… La langue glisse, s’auto-dérègle, jusqu’à la brûlure des doigts — retour au corps, au trivial, au présent.

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