LETTRES À UNE INCONNUE
Parfois il a pu arriver qu’on s’écrive à soi-même. Parfois même il nous est arrivé d’écrire aux morts. Cela n’arrive pas tous les jours, j’en conviens, mais cela peut arriver. Et il se peut aussi que les morts nous aient répondu, sous une forme qu’ils sont les seuls à connaître.
Antonio Tabucchi Si sta facendo sempre più tardi (Il se fait tard de plus en plus tard)
Ni fleurs du mal Ni fleurs du bien Mais ces quelques lettres au vent de la nuit Que je partage avec si peu de vivants Mais une infinité de disparus Le stylo trace ses lignes Apparemment sans but Tel un tisonnier avec lequel on fouaille les cendres de nos mots-clés : miettes, fragments, poussière, imagination, accents restés dans la voix d’autrui… Assis devant un livre que je feuillette Regardant les lumières des bateaux sur la passe maritime Écoutant un raga de nuit J’écris ces lettres d’Utopie J’écris dans les eaux mouvantes d’un imaginaire qui ne cède rien à la divine tragédie de notre temps en guerre contre l’audace, l’esprit de révolte, l’absence de présupposés, la persévérance, l’ostinato rigore, la concentration, la simplicité, l’aptitude au jeu amoureux, l’intense curiosité, le désintéressement, la vulnérabilité, l’humilité.