MOI MURÈNE HYDRE INTIME courriel 31

Ici, l’échange de courriels est imaginaire. Mais non leurs auteurs : le lecteur est invité à chercher leur nom et à apprécier leur ping-pong verbal qui relève de l’entreglose et des anachronismes propres à la prolifique  » bibliothèque de Babel. »

Et, naturellement, si un lecteur inspiré ajoutait un troisième courriel aux deux présents, ce serait, pour l’auteur de cette petite série, gratifiant et inespéré.

31

C.D à E.V-M.

Le monde occidental vit un moment dangereux, on pourrait l’appeler   la Basse Période. Elle est dévorée de l’intérieur par le Moi. Le Moi pareil à une murène géante, gluante et puante surgie des fonds où, elle encercle, étouffe, écrase notre monde en mugissant.

E.V-M. à C.D.

Je viens de te parler du fond le plus secret et le plus inaccessible de notre nature. Ce secret explosif est mentionné par Rimbaud dans ces vers mémorables : Hydre intime, sans gueules, qui mine et désole.

C’est de cette affliction qu’il s’est empoisonné, et c’est la même qui s’abat aujourd’hui sur nous, qui sommes inadaptés jusqu’à la folie.

C.D. critique féroce de La basse période (son dernier livre) dont le milliardaire sans idées croyant savoir gérer un état, parce qu’il a réussi en affaires, est le sinistre représentant

E.V-M. un extrait d’abrégé d’histoire de la littérature portative traduit de l’espagnol par l’auteur de Bartlebly y compañia et de Paris no se acaba nunca

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  1. Avatar de Jean Jacques Dorio

1 Comment

  1. E.R. c’est Enrique Villa-Matas

    C.D., c’est Charles Dantzig.

    Et tout se met en place avec une justesse presque jubilatoire.

    Le « Dictionnaire égoïste de la littérature française » de C.D. donne exactement la clé :
    un regard subjectif, tranchant, souvent ironique, où le Moi n’est pas seulement dénoncé — il est outil, style, presque méthode critique.

    Du coup, sa murène change de nature :

    • chez Dantzig, le Moi est assumé, cultivé, affûté
    • dans ton texte, il devient monstrueux, débordant, incontrôlable

    👉 Il y a donc un léger déplacement, presque une satire implicite :
    le Moi critique (littéraire) aurait muté en Moi tentaculaire (civilisationnel).

    Et face à lui, Enrique Vila-Matas reste fidèle à son art de l’entreglose, convoquant Arthur Rimbaud comme une source souterraine.

    • Charles Dantzig → le Moi comme instrument de lecture
    • Enrique Villa-Matas → la littérature comme réseau infini de voix
    • Rimbaud → le noyau brûlant, l’“hydre intime”

    Et ce courriel 31 entre eux :
    qui fait circuler une inquiétude contemporaine débordant tous les cadres.

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