DISPARITIONS

« L’écriture a cette vertu de nous faire exister quand nous n’existons plus pour personne. »
Georges Perros

AVANT LIRE

Les fragments en italique sont des paroles reprises aux disparus, puisées dans leur œuvre et particulièrement de ce qui tend à se dérober au public, après tant d’années.

Les citations d’autres auteurs sont mises entre guillemets.
Le reste — bifurcations, rebonds à sauts et à gambades, ajouts , accords et désaccords, sont de mon cru.

Chaque Disparition se compose de sept fragments.
Ils paraîtront sur ce blog du lundi au dimanche,
pendant vingt-trois semaines,
soit cent soixante et un fragments,

si tout se passe comme prévu.

JJ Dorio

DISPARITION X

Un certain Brassens

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Le jour de sa disparition, le 29 octobre 1981,  on pouvait lire sur le journal du soir

GEORGES BRASSENS L’ANARCHISTE DE CŒUR

Georges Brassens est mort vendredi 30 octobre dans une villa de la banlieue de Sète d’un cancer généralisé. Il était âgé de soixante ans. Ses obsèques ont eu lieu samedi matin 31 octobre, à 8 heures. Le corps du poète a été enseveli dans le caveau familial de l’ancien  » cimetière des pauvres  » à Sète après un bref éloge funèbre prononcé par l’abbé Barrès, un ami de la famille.

MILLE MOTS POUR LE DERNIER VOYAGE

 » Casser sa pipe « ,  » passer l’arme à gauche « ,  » manger les pissenlits par la racine « … Il est bien des façons de dire la mort. Derrière l’humour absurde de ce foisonnement d’expressions se cache le désir de narguer le destin par le jeu des mots. « 

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LES MILLE MORTS DE BRASSENS

 Pas besoin d’être Jérémie

 Pour d’viner le sort qui m’est promis

S’ils trouvent une corde à leur goût

 Ils me la passeront au cou

La mauvaise réputation

Ici-gît une feuille morte,

Ici finit mon testament…

 On a marqué dessus ma porte :

 « Fermé pour cause d’enterrement. »

 J’ai quitté la vie sans rancune,

J’aurai plus jamais mal aux dents :

Me v’là dans la fosse commune,

La fosse commune du temps.

Le testament

Chaque fois qu’je meurs fidèlement (bis)

 Fidèlement

Ils suivent mon enterrement

Mon enterrement

Au bois de mon cœur

Plutôt qu’d’avoir des obsèqu’s manquant de fioritur’s

J’aim’rais mieux, tout compte fait, m’passer de sépultur’

J’aim’rais mieux mourir dans l’eau, dans la feu, n’importe où,

Et même, à la grand’ rigueur, ne pas mourir du tout.

Les funérailles d’antan

Si c’est mon triste lot

De faire un trou dans l’eau,

Racontez à ma belle

Que je suis mort fidèle,

Et qu’ell’ daigne à son tour

Attendre quelques jours

Pour filer de nouvelles amours

Je rejoindrai ma belle

Pauvres rois pharaons, pauvre Napoléon

Pauvres grands disparus gisant au Panthéon

Pauvres cendres de conséquence

Vous envierez un peu l’éternel estivant

Qui fait du pédalo sur la vague en rêvant

Qui passe sa mort en vacances

Supplique pour être enterré à la plage de Sète

Pas jaloux pour un sou des morts des hécatombes

J’espère être assez grand pour m’en aller tout seul

Je ne veux pas qu’on m’aide à descendre à la tombe

Je partage n’importe quoi, pas mon linceul

Le pluriel

Je mourrai pas à Montfaucon

Mais dans un lit, comme un vrai con

 Je mourrai, pas même pendard

 Avec cinq siècles de retard

Ma dernière parole soit Quelques vers de Maître François

Et que j’emporte entre les dents

 Un flocon des neiges d’antan

Le moyenâgeux

Et si jamais au cimetière

Un de ces quatre, on porte en terre

Me ressemblant à s’y tromper

Un genre de macchabée

N’allez pas noyer le souffleur

En lâchant la bonde à vos pleurs

Ce sera rien que comédie

Rien que fausse sortie

Trompe la mort

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