Jamais je n’écris un texte sans avoir recours au moins une fois au dictionnaire. Cette nuit par exemple il s’agissait de m’assurer de l’adjectif insigne. Mes livres Poèmes à ma morte et Un dictionnaire à part moi, suivent la forme abécédaire. Je feuillete essentiellement Le Petit Robert, je me perds dans ses étymologies, je lis l’alphabet phonétique pour vérifier la prononciation standard. Je m’égare dans le personnage perecquien de Cinoc, le tueur de mots qui partent à la casse, je pastiche le chanteur Sansévérino, qui répète la cigarette la cigarette la cigarette et moile dictionnaire le dictionnaire le dictionnaire Ma diction erre de cadavres exquis en enchanteur pourrissant, dans l’impitoyable partage entre les mots et les choses, bricà brac et frictions entre réel et fiction.
Tout peut toujours recommencer par l’écriture ce miracle faisant chanter le papier
Tout peut recommencer à La Bastide de Besplas ce petit village où je naquis dans les années maquis
Tout peut recommencer ce jour où je te prends en stop et que je t’amène àBarcelone en haut d’une tour en construction de la Sagrada
Tout peut reprendre le rythme de la contrebasse de Mingus une nuit étoilée sur les hauteurs de Chateauvallon
Tout peut reprendre la forme élancée des Tours Jumelles inaugurées le jour de tes 20 ans le 4 avril 1973
Tout peut encore s’inventer une fiction à la jonction du rêve et du réel cette nuit particulière où à 3 heures du matin on remet les pendules à l’heure de 2 heures
Une heure passée à écrire sur le papier qui quoi qu’on en pense n’a jamais existé