EN PLEINE NUIT MIDI
J’écris d’un coup de tête
Sorti du ventre de ma mère
En pleine nuit
Je dis oc
Ma langue d’origine
J’écris dans le sillage de Peire Vidal
Le nom porté par ma branche maternelle
Je forge ce poème maladroit
Mais vivant et têtu
Dans ce verbe trobar
Qui célébrait les Dames
et l’amour de Courtoisie
En pleine nuit midi
Ses douze coups
Qui vibrent dans la tête
D’un troubadour perdu
.
Pas de trône – ce pose-cul des rimeurs d’antan – pas de chaises à porteur
– pour les prélats les soldats et le roi des cons – mais la chaise de Vincent
et la fleur inverse du troubadour Raimbaut pas de bois mort dont on fait les croix et les cercueils et pas de lettres mortes dont on fait les bibles et les abolis bibelots mais la sève des ronciers le bleu des chardons et le rire non-rire de Buster Keaton pas de chant sacré sans la clef donnée à qui veut bien chercher
à la saisir pour en jouer et déjouer le trobar clus des troubadours d’hier et de maintenant maintenant la ferveur subversive du chant

